"Être entre deux eaux" résume très bien la mentalité du dernier film de Manon Briand. L'entre-deux eaux est le point de rencontre des personnages, des spectateurs, de la réalisatrice et de l'histoire. C'est un entre deux où on passe de la mort à la naissance, où les contradictions s'entrechoquent, où la marée s'arrête pour laisser ressurgir une marée d'émotions. Ce phénomène survient à Baie-Comeau, petite ville du Québec située au nord du fleuve St-Laurent. Petite ville au passé douteux et aux habitants mystérieux qui sont certains que la marée est la cause de phénomènes insolites qui surviennent depuis ce fameux jeudi 16h00 où tout semble s'être figé. Incapable d'expliquer le phénomène, le gouvernement fait appel à une compagnie japonaise qui se spécialise dans les séismes. Là-bas les phénomènes précurseurs sont étudiés et ils croient que l'arrêt de la marée en serait un. Précurseur de quoi? On laisse le spectateur dans l'ambiguïté. La société dépêche sur les lieux Alice, japonaise d'adoption, mais native du coin. Elle s'y rend contre sa volonté pour élucider un phénomène scientifique qui sera vite dépassé par l'irrationnel et ce qu'on pourrait nommer le destin...
La fluidité est le caractère de ce qui est changeant et insaisissable et dans ce film tout est en perpétuel mouvement et en constante évolution autant sur le plan scientifique que sur le plan surnaturel. On pourrait croire que le film est un subterfuge pour seulement révéler une histoire d'amour. Au contraire, Briand va au-delà de ce simple stratagème et trouve un sens beaucoup plus profond aux événements qui évoluent. Son film est un questionnement profond sur la vie. "La Turbulence des Fluides" est un film de synchronicité. Quand on se met à décortiquer l'univers de Briand on y retrouve des signes, des symboles et des métaphores et on se rend compte que chaque élément est précurseur du dénouement. En détruisant un phénomène scientifique irréfutable, elle vient nous montrer que rien ne peut être acquis dans la vie et certainement pas nos sentiments. Elle est audacieuse, elle réussit à rendre vraisemblable un phénomène qui ne se peut pas, du moins pas sur une si longue durée. On se retrouve plongé dans un univers chaotique, où le désordre et le destin se rencontrent. Pourtant c'est crédible et c'est ce que nous aimons chez Briand sa façon de rendre perceptible ce qui est au plus profond de nous et qui nous semble impossible d'extérioriser. Finalement, ce film, c'est une véritable expérience charnelle et émotionnelle et un véritable petit coup de cœur! Les acteurs sont excellents et moi-même qui commence à être blasée de voir Pascale Bussière dans beaucoup de films québécois, j'ai pu apprécier son jeu et elle a su rendre crédible cette Alice et faire vivre cette histoire.
Manon Briand a eu la chance, avec ce film, de faire le montage sonore en France dans les studios de production de Luc Besson. Celui-ci a co-produit le long-métrage avec Roger Frappier. En écoutant le film, on sent et entend qu'une grande importance a été apportée à la bande sonore du film. Je me souviens qu'au cinéma, le son était excellent et celui-ci nous transportait ingénieusement dans l'univers de Briand. Malheureusement, celui-ci est de moins bonne qualité sur le DVD. Le transfert laisse à désirer et parfois l'ambiance sonore est trop forte comparativement aux dialogues. Dans certaines scènes, nous devons augmenter le son pour bien suivre la conversation entre les personnages. On retrouve ce même problème sur différents films québécois qu'Alliance a produit telle La Grande séduction. Ce détail ne nous empêche pas d'apprécier le film, mais est décevant sachant que la piste sonore joue un très grand rôle dans l'histoire.
Il y a peu de suppléments sur le DVD. On y retrouve deux bandes-annonce du film, une produite pour le Canada et l'autre pour la France (le film a gagné un Jutra pour le film s'étant le plus illustré à l'extérieur du Québec). C'est intéressant de voir la différence entre celles-ci, car cela nous fait prendre conscience qu'il est important de planifier le marketing en conséquence des différents publics. Par la suite, on retrouve le tournage avec les avions CL-415 (ceux qui éteignent les feux). Ce tournage dure quelques minutes et n'est en réalité qu'un montage des différentes images qui ont été tournées avec les avions. Il n'y a pas grand-chose que nous ne voyons pas déjà dans le film, à l'exception de quelques plans et de photos prises sur le tournage. On retrouve aussi une vingtaine de photos diverses prises sur le tournage, mais rien de vraiment extraordinaire. Finalement, le dernier supplément retrouvé sur le DVD est un commentaire sur le film de Manon Briand et de Roger Frappier. J'ai pris un grand plaisir à écouter le film avec les commentaires. On y apprend beaucoup de choses ; la réalisatrice explique chaque choix des acteurs, des lieux, toute sa démarche artistique, ses différents choix techniques, un hommage fait au défunt réalisateur Jean-Claude Lauzon et même des erreurs techniques. Cette bande sonore supplémentaire est une petite mine d'or d'informations et est d'un grand divertissement.
"La Turbulence des fluides" est pour moi une véritable petite trouvaille. Manon Briand a su se surpasser une fois de plus et la barre était très haute pour elle, puisque son premier film, 2 secondes, avait été acclamé par la critique. Par contre, plusieurs personnes ont critiqué son dernier film en disant que celui-ci donnait l'impression que tout était arrangé avec le gars des vues. Au contraire, je crois que dans la vie il y a un temps où les pièces du puzzle s'assemblent et c'est ce que le film nous véhicule comme philosophie de vie!
| Film | 8 |
| Menu | 7 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |