Porté par un sujet prometteur, mais finalement plus ou moins bien développé, la première réalisation de l'acteur Bob Hoskins "Raggedy Rawney" intéresse et rebute au même moment, obligeant le spectateur à rester en surface plutôt que de s'investir dans la quête intérieure des personnages.
Un soldat (Dexter Fletcher) déserte l'armée après avoir frappé son supérieur. Errant dans les bois, il se retrouve dans une communauté de Gypsies. Afin de les approcher, le jeune homme décide de se déguiser en femme. Croyant que sa venue est un signe de bonne fortune, Darky (Bob Hoskins) désenchante rapidement lorsque ses proches sont frappés de malchance. Il n'a encore rien vu, des soldats armés jusqu'aux dents sont sur le point de débarquer...
Surtout connu pour avoir défendu les traits du héros "humain" dans Who Framed Roger Rabbit, le comédien Bob Hoskins poursuit une carrière enviable - ces derniers temps il est surtout le spécialise des seconds rôles - depuis plus de trois décennies. En 1989, il a décidé d'ajouter une nouvelle corde à son arc en se tournant vers la mise en scène. Le résultat déconcerte. Malgré sa prometteuse prémisse, son soin apporté aux détails et la performance généralement juste des comédiens, "Raggedy Rawney" fait rapidement du surplace.
Il faut avouer que les enjeux dramatiques manquent de finition et que les motivations des individus sont difficiles à cerner. Dans un univers riche en possibilités, les situations - parfois comiques, dramatiques, horrifiques ou inutilement sexuelles - n'aboutissent jamais réellement à quelque chose de tangible, ce qui est toujours frustrant. Le cinéphile attend patiemment que la pâte lève, et lorsque c'est le temps, la conclusion apparaît, privant des éléments les plus intéressants de l'histoire.
Les qualités techniques flirtent entre le "potable" et le "peut faire mieux". Dans la première catégorie se trouve cette très correcte piste sonore anglophone en Dolby Digital 2.0 qui traduit avec précaution de multiples bruits, dont ceux de cris, d'aboiements, d'explosions, de corbeaux et de pluie. Quel dommage que les voix soient un peu faibles et qu'aucun sous-titre ne soit disponible. La musique précise et inquiétante de Michael Kamen amène cependant un peu de tension. La déception est parfois présente sur le plan des images un peu trop délavées. Les égratignures s'avèrent de la partie, les couleurs ne sont pas assez vives et les contrastes un poil trop sombres gâchent légèrement cette ambiance onirique.
La pochette noire réunissant les deux protagonistes n'est pas particulièrement attirante. Il en va de même du menu principal du DVD qui reprend statiquement et sans mélodie une photo de Dexter Fletcher. Outre regarder le long-métrage ou choisir une scène en particulier, il n'est rien possible de faire d'autre. Il faudra donc se passer du moindre supplément.
"Raggedy Rawney" est une œuvre moyenne qui comporte de bons moments, mais également de sévères lacunes qui empêchent d'adhérer totalement à l'entreprise. Encore une fois, il faudra accuser ce développement qui n'arrive pas à exploiter correctement sa thématique qui avait pourtant un potentiel certain. Pas surprenant que depuis cet essai, le cinéaste, le scénariste et surtout l'interprète n'est presque pas retourné derrière la caméra. Ce qu'il sait faire de mieux, c'est de rendre vivant un personnage.
| Film | 5 |
| Présentation | 2 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 5 |
| Audio | 6 |