"Death Race 2000 Special Edition" est une parodie grossière de la société américaine. Le réalisateur Paul Bartel ridiculise non seulement les grandes institutions qui dirigent les États-Unis, mais également la religion et les médias où l'animateur de télévision Junior Bruce (Don Steele) est d'une débilité profonde qui ne cesse de glorifier la violence des coureurs automobile. Cette caricature semblerait complètement insignifiante sans une dose d'humour et le scénario de Robert Thom et de Charles B. Griffith, inspiré d'une nouvelle d'Ib Melchior, regorge d'idées extravagantes telles que vous marquez des points si vous écrasez des gens... une femme vaut dix points, un adolescent équivaut à quarante points, un enfant en bas de douze ans égale soixante-dix points et un pauvre handicapé c'est le summum avec cent points de récolte. D'ailleurs, vous verrez une scène des plus tordantes où les infirmières profitent de la course pour vider un hôpital de patients à mobilité très réduite et les installent en plein milieu de la route. C'est d'ailleurs ce penchant pour la dérision qui fait la qualité de "Death Race 2000". Et que dire des concurrents et de leurs voitures plus ridicules les unes que les autres...
Produit au sein de la New World, la compagnie de Roger Corman, "Death Race 2000" est un film typique des autres productions de série B de la maison. L'histoire raconte une course de la mort. La cinquième édition de la course transcontinentale des Provinces-Unies d'Amérique est organisée, les participants partent de New York et doivent se rendre à Los Angeles. Ils marquent des points en écrasant les passants. Cinq voitures aux formes bizarres, pilotées par des personnages folkloriques sont au départ. Vous avez Mathilda the Hun (Roberta Collins) qui conduit un véhicule aux couleurs de l'Allemagne nazi et Nero the Hero (Martin Kove), un égocentrique atteint de narcissisme. Ensuite, il y a Calamity Jane (Mary Woronov), une rebelle sudiste qui n'a pas froid aux yeux; vous avez pareillement Machine-Gun Joe Viterbo (Sylvester Stallone), une sorte de gangster des années trente et finalement, le légendaire Frankenstein (David Carradine), gagnant des deux précédentes épreuves.
Le cinéaste Paul Bartel nous envoie l'avertissement d'être toujours sur nos gardes et de ne pas nous prélasser aveuglément dans notre confort moderne. Bien sûr que ce film, avant d'être une critique ou un portrait caricatural d'une société hégémonique, est avant tout un pur divertissement dans la tradition de la série B. Le rythme est soutenu, et durant ses quelques 78 minutes, on ne s'ennuie pas un seul instant à travers les différentes situations loufoques et surtout que le réalisateur ne fait pas dans la dentelle avec l'écrabouillement, l'empalement et toute l'hémoglobine qui gicle devant nous comme une fontaine. Il faut avouer que le cinéma de Roger Corman fut assez distinct des autres créateurs tout au long de sa carrière et que l'horreur est souvent à l'honneur dans ses productions cinématographiques. Par ailleurs, lors d'une entrevue, un journaliste lui posa la question suivante: Quelles sont les limites du genre horrifique? Roger Corman répondit: "En ce qui concerne les limites techniques, elles sont celles de mes compétences de réalisateur. En ce qui concerne les limites morales... Je suis un libéral, politiquement et socialement. Je montre donc ce que j'ai envie de montrer tout en ne poussant pas trop loin...".
Et à la dernière question: Pensez-vous, comme certains conservateurs, que le cinéma d'horreur peut amener certaines personnes à commettre des actes meurtriers? Roger Corman réfuta cette allégation par la réponse suivante: "Je rejette totalement cette idée que les actes sanglants soient dus aux films. Le problème vient de l'inconscient de ces personnes, à des évènements enfouis en eux. J'aimerais penser que les films ont le pouvoir de générer ce genre de réaction mais ce n'est pas vrai. Les films les plus durs ne sont rien en comparaison des images que l'on peut voir à la télévision. Cette dernière diffuse des tragédies réelles beaucoup plus dures. L'anniversaire d'Auschwitz est la preuve que des événements bien plus terribles et inimaginables peuvent arriver.". Peu importe si ce film peut paraître pour certains à un hors-d'œuvre plutôt qu'à un chef-d'œuvre, j'ai quant à moi regardé ce "Death Race 2000 Special Edition" avec beaucoup de plaisir.
La netteté et la définition de l'image n'offrent pas toujours le contraste voulu, mais demeure néanmoins acceptables. Les parties sombres sont décemment détaillées, mais sans plus. Il y a absence de profondeur et de constance au niveau des noirs. Les tons de peaux paraissent assez naturels dans les circonstances. L'image est entachée de nombreux parasites de toutes sortes tels des points, des traits, des rayures et autres poussières de même acabit. À vrai dire, la définition générale passe de médiocre à passable au début du film, à tout à fait acceptable pour le reste du film. Il faut dire que ce film datant de 1975 aurait dû à mon avis recevoir une meilleure restauration de la part du distributeur, toutefois le produit demeure très convenable.
La bande-son anglaise Dolby Digital 2.0 (monophonique) propose une dynamique acceptable et une présence honnête pour cette production de Roger Corman. Les dialogues sont en permanence parfaitement intelligibles. En ce qui concerne les suppléments, vous trouverez la bande-annonce originale du film ainsi qu'une entrevue avec Roger Corman et les acteurs Martin Kove et Mary Woronov ainsi que le scénariste Charles Griffith qui raconte avec beaucoup de plaisir l'histoire du tournage et les dessous de ce film de science-fiction hors du commun. En plus, vous pouvez accéder durant la projection du long-métrage à un commentaire audio de Roger Corman et de Mary Woronov qui nous analysent ce film fort distrayant.
Y a-t-il une grosse différence entre cette édition spéciale et l'ancienne version qui existe encore sur le marché? Je réponds oui à la question puisque dans la vieille version DVD il n'y avait pas l'entrevue, l'image était au format de 1.33:1 (plein écran) et aucun sous-titre n'était disponible.
Voici la chance de découvrir ce savoureux et passionnant petit film culte de série B, avec une vision bien particulière du metteur en scène qui vous amusera tout au long de cette histoire rocambolesque. À mon point de vue, il s'agit là d'un investissement qui en vaut réellement la peine.
| Film | 6 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | 3 |
| Vidéo | 4 |
| Audio | 5 |