De nos jours, le phénomène des gangs de rues semble faire partie intégrante de la vie des grandes villes. Sauf que pour un endroit comme South Central L.A., où le taux d'homicide est cinq fois plus élevé que la moyenne nationale avec un nombre de victimes se comptant par milliers depuis le début des années 70, on peut presque parler de zone de guerre. Joindre un gang de rues pour les jeunes habitants de ce quartier n'est donc pas simplement une question de pouvoir et d'argent facile (trafic de drogues, prostitution, etc.), mais une question de survie, la justice de la rue se substituant à la protection policière. Réalisé par Vonde Curtis Hall (qui a pondu l'infâme Glitter), "Redemption" nous raconte l'histoire vécue de Stan "Tookie" Williams, le cofondateur du célèbre gang des Crips qui, incarcéré depuis des années à la prison de San Quentin, est déterminé à stopper la violence qu'il a lui-même aidé à créer.
Condamné à mort en 1981 pour un quadruple meurtre, Stan "Tookie" Williams (Jamie Foxx) croupit dans sa cellule sur "death row" dans l'attente de son exécution maintes fois reportée. La journaliste Barbara Becnel (Lynn Whitfield), qui veut écrire un livre sur les gangs de rues, lui envoie plusieurs lettres dans le but de le rencontrer et, après l'avoir totalement ignorée pendant des mois, il finit par accepter. Au fil de leurs conversations et par l'utilisation de retours en arrière, on suit le cheminement de Williams depuis son enfance en Louisiane. On assiste à son arrivée à South Central à l'âge de neuf ans où il n'eut d'autre choix que d'apprendre à se battre, à son rejet par son père dans une chambre de motel minable d'Oakland, à sa vie de voyou au sein des Crips, et finalement à son emprisonnement. En parallèle, Williams se met à lire et à écrire et poursuit son propre cheminement intérieur vers la rédemption. Il propose à la journaliste de mettre en veilleuse son projet de livre et de l'aider à propager son message antigang. Elle accepte et il se met à l'écriture de livres destinés aux jeunes de niveau primaire et secondaire, qui seront publiés non seulement aux États-Unis, mais un peu partout dans le monde. Il recevra même la visite de Winnie Mandela et sera nominé pour le prix Nobel de la paix ainsi que pour le prix Nobel de littérature.
Quant on parle de réhabilitation, le piège à éviter est de parvenir à traiter du sujet sans glorifier un individu qui, il ne faut pas l'oublier, a quand même été condamné à mort pour quatre meurtres. À ce niveau, le film est plutôt réussi même si le réalisateur ne s'attarde pas sur les circonstances entourant les homicides. Tourné pour la télé, "Redemption" est donc un film dépourvu de gros mots et de violence extrême. La direction de Vonde Curtis Hall est compétente et il a fait le bon choix en laissant de côté les prouesses techniques pour laisser parler les protagonistes. Un choix qui s'imposait, en particulier quand on a entre les mains un personnage aussi charismatique que Williams. Jamie Foxx, surtout reconnu pour ses talents de comique, offre une prestation remarquable. Il projette avec brio une assurance tranquille et menaçante qui cache un être aux prises avec ses démons intérieurs. Le talent de Foxx a par ailleurs été récemment confirmé par son rôle de chauffeur de taxi dans Collateral et j'ai bien hâte de le voir dans Ray, où il aura la lourde tâche d'incarner le chanteur et pianiste aveugle Ray Charles.
L'aspect vidéo est sans reproches. L'image du transfert plein écran est si claire et détaillée qu'elle me donne à penser que le film a été tourné à la caméra numérique haute définition. Le contraste et le rendu des noirs sont toujours excellents, un plus étant donné que la grande majorité des scènes prennent place dans l'environnement sombre de la prison. En fait, et cela pourra paraître un peu bizarre, je me demandais si une image un peu plus sale et granuleuse n'aurait pas mieux servi l'atmosphère du film! Rien à redire côté sonore. Les haut-parleurs arrière sont peu mis à contribution, normal puisqu'il s'agit ici d'un film basé sur les dialogues. Ces derniers étant toujours clairs, sans distorsion et facilement audibles. Nous n'avons, par conséquent, aucun problème à comprendre Williams qui s'exprime souvent à voix basse. Les menus sont simples, statiques et de navigation aisée. Il n'y a pas d'encart dans le boîtier du DVD.
Comme suppléments, on retrouve tout d'abord une piste audio commentaire avec le réalisateur Vonde Curtis Hall, la responsable du montage Terylin Shropshire et la journaliste Barbaba Becnel qui a coproduit le film et écrit le scénario. Cette dernière est d'ailleurs la seule à offrir des informations intéressantes et à pouvoir donner le point de vue du vrai Stan "Tookie" Williams puisqu'elle a été en contact avec lui. On aurait aimé cependant avoir les commentaires de Jamie Foxx et de Williams lui-même, chose évidemment impossible dans le second cas. On a par contre droit, comme autres suppléments, à deux messages d'un peu plus de quatre minutes chacun, enregistrés par Williams à la prison, dans lesquels il parle brièvement du film, mais se concentre surtout à livrer son message de non-violence aux jeunes.
"Redemption" nous propose un film bien fait sur un personnage charismatique brillamment interprété par un acteur dont on entendra beaucoup parler dans les années à venir. Notez qu'après 23 ans sur "death row" et de nombreuses procédures d'appel rejetées, les avocats de Williams essaient toujours de faire commuer sa sentence en peine de prison à vie.
Ajout à la critique le 13 décembre 2005 : Après avoir épuisé toutes les procédures d'appel, le sort de Stanley "Tookie" Williams était entre les mains du gouverneur de la Californie Arnold Schwartzeneger qui a rejeté la demande de clémence. Williams a été executé aujourd'hui, le 13 décembre 2005, par injection(s) à la prison de San Quentin à San Francisco.
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