Reservation Road
Alliance Vivafilm

Réalisateur: Terry George
Année: 2007
Classification: 14A
Durée: 103 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 20
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Martin Gignac
9 mars 2008

Quatre excellents comédiens affrontent les injustices de la vie dans "Reservation Road", une œuvre au potentiel certain légèrement embourbée dans une mise en scène d'une étonnante lourdeur. Un sujet dérangeant qui ne reçoit pas toujours le traitement escompté.

Ethan (Joaquin Phoenix) et son épouse Grace (Jennifer Connelly) sont confrontés au pire drame que peuvent vivre des parents: un de leur enfant perd la vie à la suite d'un délit de fuite. Le chauffard (Mark Ruffalo), un avocat bien en vue, n'ose pas s'arrêter pour ne pas faire peur à son fils et être encore plus en retard auprès de son ex-femme (Mira Sorvino). Les remords le rongent rapidement, tout comme les sentiments de vengeance du père éploré par cette tragédie. Ces deux destins, liés à tout jamais sur la "Reservation Road", vont se recroiser à maintes reprises, jusqu'au moment où un des deux hommes va demander justice...

Cette adaptation du roman de John Burnham Schwartz par le réalisateur de Hotel Rwanda Terry George aurait pu s'inscrire comme un des meilleurs drames de l'année. Les thèmes abordés sont déchirants, tout comme la détresse psychologique des personnages et ces dérèglements pénaux qui ne condamnent pas nécessairement bien les fautifs. De quoi faire discuter dans les chaumières. Sauf que le long métrage est loin d'avoir le même impact qu'un certain In the Bedroom. Dès la septième minute, le rythme devient lourd, suffocant, et tout est prétexte à faire pleurer. Le réalisateur manipule l'émotion, jouant sur les bas instincts de la nature humaine, sans offrir de dialogues ou de situations particulièrement mémorables. La progression se déroule sans surprise, et les drôles de hasards se succèdent au sein d'un village qui semble très petit.

La force du film réside donc dans les mains des interprètes et ils s'en tirent avec les lauriers. Étrangement, les femmes sont un peu en retrait. Mira Sorvino n'a presque aucune scène de qualité à défendre, alors que Jennifer Connelly sait être intense aux bons moments. Ce sont donc les hommes qui défendent la plupart des enjeux. Pris dans un engrenage qui le dépasse, Mark Ruffalo s'avère particulièrement crédible en être qui cherche à expurger ses démons. Dommage que la relation avec son fils se résume uniquement à du sport. De son côté, Joaquin Phoenix se veut touchant dans la première tranche de la production et plus épeurant par la suite. Il sait se transformer, se terrer derrière sa barbe, pour prendre possession de son adversaire (fabuleuse confrontation des deux personnages masculins sur les lieux du crime).

Les paysages foncés apportent beaucoup à la création de l'atmosphère. Les couleurs sombres laissent éclater quelques reflets plus lumineux, qui trouvent leur source des superbes contrastes toujours très précis. Il n'y a que le blocage ici et là qui peut distraire l'attention l'espace de quelques secondes, avant d'être totalement oublié par la belle définition des contours et des détails souvent justes. Plus sobres sont ces pistes sonores en Dolby Digital 5.1 en français et en anglais qui utilisent des klaxons et des bruits de foule pour rendre confus les protagonistes. La musique, généralement triste et mélancolique, évite d'être trop appuyée, et elle n'enterre jamais les voix qui demeurent audibles. Entre une correcte traduction francophone et de très beaux sous-titres blancs, il n'y a aucun mauvais choix.

La pochette déçoit légèrement. Le visage des acteurs est fragmenté et il y a une voiture émanant d'une route en bas du boîtier. Rien pour attirer l'attention pendant très longtemps. Plus réussi est le sobre menu principal du DVD qui montre deux existences se côtoyer sur un fond musical tristounet. Les suppléments sont également peu nombreux. Un documentaire de quinze minutes permet d'en savoir davantage sur les thèmes et les sujets, tout en allant plus en profondeur dans la psychologie des personnages. Une piste de commentaires des acteurs et du metteur en scène aurait été plus pertinente. Il y a enfin huit minutes de scènes retranchées montrant une souffrance encore plus brute et intense... qui n'ont heureusement pas été conservées dans le montage final.

"Reservation Road" est une œuvre de comédiens. Sans eux, le film n'est rien. Heureusement, il y a de belles interprétations au menu, et les plus convaincantes s'avèrent les jeux de chats et de souris entre Joaquin Phoenix et Mark Ruffalo. Le reste ne s'éloigne jamais du chemin déjà arpenté. Surtout que la progression dramatique s'avère particulièrement lourde et mécanique. Les fans de la belle distribution réunie y trouveront leur dû... tout en se rendant à l'évidence que le tout aurait pu être bien supérieur.


Cotes

Film6
Présentation6
Suppléments4
Vidéo8
Audio7