Depuis quelques années, les grands studios ont pris conscience de la mine d'or que représentait la bande dessinée en ce qui a trait au scénario. Depuis le succès fulgurant de Batman en 1989, ils achètent systématiquement des options sur tout ce qui se publie et qui remporte un quelconque succès. La plupart du temps, ces options ne se concrétisent jamais en un film, mais quelques histoires réussissent tout de même à intéresser des producteurs. Les exemples les plus évidents sont bien entendu Spider-Man, Daredevil, X-Men et Hulk. Mais, contrairement à la croyance populaire, les "comic books" américains ne sont pas exclusivement réservés aux histoires de "superhéros en collant". Ainsi, plusieurs de ces bandes dessinées "alternatives" se voient porter au grand écran: From Hell, Men in Black, Heavy Metal, Conan the Barbarian et prochainement League of Extraordinary Gentlemen en sont les meilleurs exemples. C'est donc d'une bande dessinée que Sam Mendes (le réalisateur d'Americain Beauty) a décidé de s'inspirer pour réaliser son dernier film. Road to Perdition, originellement publié en 1998 par DC Comics, sous sa bannière Paradox Press, est écrit par Max Allan Collins et dessiné par Richard Piers Rayner. Collins, réalisateur à ses heures, a aussi écrit quelques scénarios de film et une dizaine de romans historiques (en prose) du même genre. Notons d'ailleurs que l'influence de ses antécédents prosodiques se fait bien sentir dans le style de la bande dessinée: les dialogues sont réduits au minimum et la narration est employée.
L'histoire nous transporte en 1931, en pleine dépression, dans une petite ville en banlieue de Chicago. Michael Jr. et son jeune frère sont très intrigués par le travail de leur père; à part de savoir qu'il est employé par un certain M. Rooney (Paul Newmann), ils n'ont pas la moindre idée de ce qu'il fait. Rongé par la curiosité, Michael Jr. décide d'agir et se cache dans la voiture de son père lorsque celui-ci quitte pour une de ses "missions". Horrifié, il découvre ce que son père fait comme gagne-pain en étant témoin d'un massacre perpétré par celui-ci: il est l'homme de main de M. Rooney. Malgré le fait que Michael Jr. promet à son père et à M. Rooney de ne jamais faire mention de ce qu'il a vu, le fils de ce dernier n'en est pas convaincu. Il décide donc, sans l'accord ni la complicité de personne, de tuer la famille de Sullivan. Mais il se méprend et, au lieu de tuer Michael, il tue Peter, le jeune frère. Après avoir constaté l'odieux massacre, Sullivan décide de venger sa famille et de tuer "fiston", même s'il est protégé pour des raisons d'affaires par les grands patrons de la pègre; Al Capone et Frank Nitty. Après plusieurs tueries et vols de banque, en plus d'être en constante fuite devant un tueur à gage spécifiquement engagé pour le tuer (Jude Law), Sullivan finira par obtenir vengeance, non sans rendre son fils orphelin.
Bien que la plupart des personnages aient existé, le récit est toutefois fictif. Il existait bel et bien un clan Rooney, un Frank Nitty et nul besoin de rappeler l'existence d'Al Capone. Par contre, le personnage de Maguire, lui, est totalement fictif (et n'est d'ailleurs pas présent dans la bande dessinée) et même si historiquement il y eut bel et bien un lieutenant de la famille Rooney qui fut trahi, le personnage Sullivan est aussi inventé de toutes pièces. Notons aussi que les événements qui lui sont attribués ont réellement eu lieu, mais ont probablement tous été perpétrés par des gens différents. L'apport réel de Max Alan Collins fut de rassembler tous ces éléments en une histoire cohérente et palpitante, même si bien peu de ces détails se sont retrouvés dans le film. Ce récit se veut aussi un hommage à la célèbre manga japonaise The Lone Wolf and the Cub, du scénariste Kazuo Koike et du dessinateur Goseki Kojima, paru en 1970, et présentement réédité sur le marché américain (une série de films en avait d'ailleurs été inspirée).
Ce DVD a été mis en marché sous trois formats; Plein écran avec bande sonore Dolby Digital, panoramique avec bande sonore DTS et panoramique avec bande sonore Dolby Digital. C'est cette dernière version qui a été évaluée. La qualité vidéo est superbe; le rendu est tout à fait digne des images de Sam Mendes. Les couleurs sont vives, les noirs profonds, et la colorimétrie très riche. Les scènes plus sombres ont tous les détails nécessaires, même dans l'extrême. Bref, une numérisation à la hauteur de la beauté des images du film. Soulignons le choix des couleurs du film, presque monochromatiques, qui apportent beaucoup à l'ambiance noire du film. Notons aussi que plusieurs plans sont directement issus des dessins de Rayner, témoignant encore une fois de la proximité des deux modes de diffusions artistiques.
La piste sonore de ce film est tout simplement magnifique. Les effets d'ambiophonies sont bien mixés, spécialement dans les scènes extérieures où les plans sonores nous immergent dans les images. L'utilisation du haut-parleur d'extrême-grave est bien dosée, notamment pour les moteurs de voitures et les scènes de fusillades où sa présence est subtile, mais sentie. Les dialogues sont clairs et précis, même lors des passages musicaux. Ajoutons aussi que l'absence presque complète de narration est totalement contraire au style employé dans la bande dessinée (même si ce style d'écriture est assez peu commun au genre américain). Étant donnée la splendeur de la bande sonore, il serait inapproprié de passer sous silence l'excellent travail des monteurs et des mixeurs qui ont su choisir et tempérer la bande sonore; le film est d'ailleurs en nomination pour six Oscars cette année, dont pour à peu près tout ce qui est en rapport au son.
Pour ce qui est des suppléments, on nous offre tout d'abord une piste commentée par Sam Mendes. Les détails et aspects du film qu'il explique sont très pertinents et jamais ennuyeux; il nous y donne beaucoup d'explications sur le travail de son directeur photo (feu Conrad L. Hall), sur l'aspect sonore, sur l'adaptation de la bande dessinée, etc. Bref, les deux heures d'écoute de cette piste passent très rapidement. On nous présente aussi un documentaire sur la production. Quoique bref, il est toutefois intéressant, et se concentre beaucoup sur l'aspect visuel du film (encore une fois sur le directeur photo). Malheureusement, comme dans la plupart de ces documentaires, on omet complètement l'aspect sonore. Aussi présents sur le DVD sont des photos de production, les filmographies des acteurs et artisans principaux ainsi qu'un texte anecdotique sur la production. Finalement, on nous présente onze scènes allongées; la plus intéressante étant celle avec Al Capone. Quant aux menus, précisons que le principal est animé avec la superbe musique du film en arrière-plan. Par contre, les couleurs pâles employées rendent pénible la lecture de certains textes, par exemple dans les filmographies.
Bref, un excellent film, avec un excellent traitement audiovisuel. Les suppléments, même si adéquats, auraient grandement gagné à être en plus grand nombre, quitte à inclure un DVD supplémentaire. De ces suppléments, le plus intéressant reste le commentaire du réalisateur. Notons aussi que la version sonore DTS devrait être supérieure à la piste sonore ci-incluse.
| Film | 8 |
| Menu | 5 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 9 |