"Robert Altman Collection" est un magnifique coffret où nous retrouvons quatre films de qualité, soit "M*A*S*H", "A Perfect Couple", "Quintet" et "A Wedding". Robert Altman est probablement le cinéaste le plus rebelle de sa confrérie. Derrière l'objectif de sa caméra, il n'a jamais eu peur de montrer et de dire ce qu'il pense. Si ses images froissent certaines âmes bien pensantes de la société états-unienne, il n'en a rien à cirer, même au risque de ternir le sacro-saint du patriotisme américain: "Quand je vois un drapeau américain flotter, je rigole." Comme il le disait à un journaliste du journal Le Figaro, le 3 janvier 2001: "Je n'invente rien, je montre ce que je vois." Il dira aussi que pour lui, "Les Américains sont enfantins et ils se prennent très au sérieux. Et que la politique en soi, ce n'est pas très sérieux. Ses conséquences, oui, hélas!" Et si ce côté provocateur en fait bondir certains, d'autres se réjouissent car il en use avec talent dans bon nombre de ses films.
La détermination d'Altman de mettre à nu la fourberie et l'inhumanité absurde de l'American Way of Life se révèle à travers son objectif cynique et clairvoyant. Il porte un regard ironique et amusé sur ses semblables à travers ses œuvres cinématographiques dans lesquelles il aime mettre en valeur la vie et ses légendes urbaines et s'attaque avec intelligence aux symboles comme la mode, dans Prêt-à-porter, la société américaine avec Short Cuts ou l'aristocratie dans Gosford Park.
Né le 20 février 1925 à Kansas City, Robert Altman s'enrôle dans l'armée de l'air durant la Seconde Guerre mondiale. Pour lui, la réalité de la guerre ne cache rien de moins qu'un vaste massacre ordonné par des généraux et des politiciens arrivistes et sans âmes. À la fin du conflit, le jeune Altman revient au pays profondément choqué. Il s'installe à Hollywood et rêve de faire du cinéma. Ce n'est qu'en 1957 que son nom résonnera aux oreilles des grands bonzes de l'industrie grâce à son extraordinaire documentaire The James Dean Story, ce film lui permettant d'aller faire par la suite son apprentissage dans le monde de la télévision.
Il faudra attendre l'année 1970 pour voir enfin éclore sur grand écran le génie satirique de ce géant du septième art, avec une comédie sarcastique qui se déroule pendant la guerre de Corée intitulée "M*A*S*H" où les hélicoptères et ambulances ramènent du champ de bataille les corps meurtris et mutilés de jeunes soldats vers des hôpitaux de fortune. Ils y seront soignés par des médecins dévoués qui essayent tant bien que mal de s'amuser avec désinvolture afin d'échapper à l'horreur de leur quotidien. Ce regard cynique de la guerre fut récompensé entre autres par la Palme d'Or à Cannes, l'Oscar de la meilleure adaptation cinématographique, le Golden Globe du meilleur film et le Prix de la Critique. Pour les cinéphiles avertis "M*A*S*H" demeure encore aujourd'hui comme étant le film le plus impitoyable et le plus contestataire du réalisateur envers l'Amérique. Afin d'en savoir un peu plus long sur cette comédie mordante, je vous suggère d'aller lire la remarquable critique de mon collègue Martin Albert qu'il a écrite le 29 décembre 2001 pour l'édition "Five Star" malheureusement discontinuée.
S'il connaît également beaucoup de succès aux box-offices en 1975 avec son splendide Nashville, Robert Altman tourne malheureusement une série de revers commerciaux à la fin des années soixante-dix avec les films "Quintet", "A Wedding" et "A Perfect Couple"; étrangement, ce sont les trois autres titres qui font partie de ce coffret.
Tout d'abord "Quintet" est un film futuriste où la terre est revenue à l'ère glacière. Essex (Paul Newman) et sa femme, Vivia (Brigitte Fossey), arrivent dans une ville-labyrinthe où les habitants jouent à un jeu mystérieux appelé Quintet, un jeu de dés, mais aussi un jeu de vie et de mort. Vivia, qui est enceinte, porte en elle le seul espoir de renouveau de cette société en décomposition. Mais par malheur, elle est tuée. Par la suite, Essex se retrouve bien malgré lui embarqué à une partie de Quintet sous l'œil hypocrite d'un meneur qui en modifie les règles selon son bon plaisir. Ce long-métrage fut tourné à Montréal sur l'île Notre-Dame, site de l'Exposition universelle de 1967 sur la Terre-des-Hommes, où nous voyons encore debout les fameux pavillons thématiques (les pavillons en formes octogonales reliés entre eux par des passerelles) de l'homme interroge l'univers, le génie créateur de l'homme, l'homme dans la cité, l'homme et l'alimentation et l'homme à l'œuvre. Malheureusement, ces vestiges ont été détruits par la ville de Montréal au milieu des années quatre-vingt. Aujourd'hui, seuls les anciens pavillons des États-Unis (la biosphère), de la France et du Québec (le Casino) ont été épargnés par la démolition. Afin de montrer que le monde de demain se résume à ce petit espace clos où survivent des gens entourés par un univers de glace, le cinéaste choisit sciemment des acteurs de différentes nationalités: Paul Newman (États-Unis), Fernando Rey (Espagne), Vittorio Gassman (Italie), Bibi Anderson (Suède), Brigitte Fossey (France) et Monique Mercure (Canada).
Vient ensuite dans le coffret, "A Wedding". Ce film raconte l'histoire de cinquante personnes de deux familles qui se retrouvent dans les environs de Chicago à l'occasion d'un grand mariage. La mariée est issue d'une famille de modestes parvenus et le marié d'une vieille famille de la grande bourgeoisie du Midwest. Mais Nettie, l'aïeule, meurt subitement dans son lit ce jour là. Pour ne pas gâcher la fête, les personnes au courant du décès ne disent rien. Au fil de la journée, chaque convive se dévoile sous sa vraie nature. À bas les masques! Le cinéaste réussit avec doigté à mêler plusieurs histoires avec une habilité diabolique. Ce magnifique long-métrage met en vedette des acteurs chevronnés tels Carol Burnett, Mia Farrow, Geraldine Chaplin, Howard Duff, Vittorio Gassman et Lilian Gish pour ne nommer que ceux-ci. Malgré sa piètre performance lors de sa sortie en salle, "A Wedding" s'illustra outre-mer et reçu, en 1979, une nomination pour le César du meilleur film étranger.
Et pour finir, "A Perfect Couple". Dès les premières images du film, l'objectif de la caméra de Robert Altman plonge brutalement le spectateur au cœur du remue-ménage qui règne dans cette vie de couple. Ce qui est original ici ce n'est donc pas l'histoire, celle d'un couple qui décide de se séparer après quinze ans de vie commune, mais la façon dont elle est filmée. Nous sommes en tant que spectateurs des intrus qui entrent dans l'intimité de ce couple, alors que nous ne faisons pas partie de leur vie. Malgré quelque longueurs ici et là, l'histoire de ce couple parfait se regarde avec un plaisir assuré. Malheureusement, c'est l'unique film du coffret "Robert Altman Collection" où l'on ne retrouve aucune bande audio ou sous-titre en français qui aurait permis de mieux suivre les tribulations romantiques d'Alex Theodopoulos (Paul Dooley) et de Sheila Shea (Marta Heflin).
En somme, si les films de Robert Altman n'ont pas toujours été des succès populaires, parfois à tort, parfois à raison, la filmographie de l'un des derniers plus grands réalisateurs nord-américains vivants est prodigieuse. D'ailleurs, il reçut le 5 mars dernier au Kodak Theatre de Los Angeles, un Oscar honorifique pour l'ensemble de sa carrière, preuve que ses pairs ont enfin reconnu l'apport de ses œuvres au grand livre du cinéma états-uniens.
Chaque disque DVD du "Robert Altman Collection" a des suppléments fort instructifs tels des entrevues où les principaux artisans des films analysent et expliquent avec un malin plaisir leurs labeurs sur ces productions cinématographiques. Vous trouverez également des bandes-annonces. Toutefois, c'est dans le menu (interactif) du DVD "M*A*S*H" que vous trouverez le plus de suppléments dont un commentaire du réalisateur, une galerie de photos lors du tournage du film et le magnifique documentaire de l'émission de télévision "Backstory" qui fut présenté sur la chaîne AMC où vous y découvrirez tous les secrets de cette comédie culte des années soixante-dix.
Bref, un coffret de quatre disques exceptionnels de par leur qualité cinématographique que ce soit image, son, photographie, scénario, jeux d'acteurs et bien sûr, la mise en scène. Un achat indispensable pour les fans de Robert Altman et tous ceux et celles qui désirent regarder des œuvres qui ont une vision assez juste de la société américaine.
| Film | 8 / 7 / 7 / 6 |
| Présentation | 7 / 5 / 5 / 5 |
| Suppléments | 7 / 5 / 5 / 5 |
| Vidéo | 8 / 7 / 8 / 7 |
| Audio | 7 / 7 / 8 / 6 |