On se demandait bien vers quels bas-fonds se dirigeait la carrière du vétéran cinéaste John Frankeimer quand il nous a offert l'exécrable Island of Doctor Moreau en 1996. Heureusement, il nous revint deux ans plus tard avec "Ronin", un thriller qui rappelle les films d'espionnage classiques des années 1960-1970. Il constituait d'ailleurs une sorte de retour aux sources pour Frankenheimer qui avait tourné plusieurs films du genre à cette époque, les plus mémorables mettant en vedette Steve McQueen et Frank Sinatra dans des aventures se déroulant un peu partout dans le monde. "Ronin" est le 42e film du réalisateur et cette édition est la seconde offerte en format DVD. Le premier disque reproduit le contenu de la première version offerte en 1999, mais propose en plus un second disque rempli de suppléments.
"Dans le Japon féodal, les samouraïs juraient de sacrifier leur vie pour protéger leur maître. Quand ce dernier mourrait, la honte s'abattait sur eux et ils se voyaient contraints à une vie d'errance, cherchant du travail comme bandits ou mercenaires. Ces guerriers sans maître ne répondaient plus au nom de samouraï, on les appelait "ronin".
C'est avec ce prologue que débute le film alors qu'un groupe de mercenaires disparates sont engagés par une jolie femme à l'accent irlandais pour récupérer une mystérieuse mallette. Ils ne connaissent ni son contenu, ni l'identité de ceux qui la possèdent, ni celle de leur employeur. Ils devront mettre à profit leurs divers talents, mais réaliseront rapidement que plusieurs puissantes organisations rivales veulent s'emparer du précieux objet et que pour accomplir leur mission, ils devront se faire confiance l'un l'autre. Mais dans un monde où prime le secret et où il vaut mieux ne faire confiance à personne, la tâche s'annonce difficile...
"Ronin" fait la preuve qu'on a pas besoin de caméra hyper nerveuse qui donne mal au coeur et d'un montage de style vidéoclip avec une coupure aux deux secondes pour produire un bon film d'action. Après la mise en place des personnages qui fait une vingtaine de minutes, le film s'emporte littéralement dans une course folle qui nous tient en haleine jusqu'à la fin. L'intrigue, pourtant simple au départ, gagne en complexité lorsque les protagonistes deviennent antagonistes, laissant le spectateur dans l'ombre quant à l'identité des bons et des méchants. La surprise se mêle à la tension et aux dialogues astucieux et on ne sait pas trop sur quel pied danser alors que les revirements de situations se multiplient et que le comportement des personnages devient quasi imprévisible. En deçà du cachet distinctif apporté par les décors naturels du sud de la France, l'élément le plus accrocheur est sans contredit les furieuses poursuites en voitures. Rapides et explosives, on n'avait rien vu de tel depuis Bullitt et The French Connection. Que ce soit dans les rues étroites de Nice, sur les routes sinueuses bordées de précipices de la Riviera et à l'envers du trafic sur l'autoroute, l'efficacité de ces scènes qui vous rivent à votre siège est à couper le souffle.
Menée par un Robert de Niro en plein contrôle de son personnage (Sam) de mercenaire expérimenté, mais aigri par des années de travail en solitaire, la distribution est exemplaire. Jean Reno campe avec subtilité un Vincent déterminé et énergique, mais lui insuffle une dose d'humanité qui fait contraste avec Sam, avec qui il nouera une relation d'amitié éphémère, le temps d'une mission. Natascha McElhone, Jonathan Pryce et Stellan Skarsgard sont également excellents. Et en guise de clin d'oeil à Hitchcock et à son célèbre "McGuffin", on ne saura jamais ce qui se trouve dans la mystérieuse mallette!
Les éléments techniques m'ont paru identiques à ceux de la version précédente. La palette de couleurs sombres et grisâtres est bien rendue et l'image demeure claire, pratiquement exempte de taches et d'égratignures, bien qu'elle soit parfois un peu granuleuse. L'étalement des noirs et le niveau des contrastes et des détails sont adéquats. On note parfois un léger effet d'escalier lors de certaines scènes, mais il s'agit d'un problème mineur. Un bon transfert qui aurait cependant bénéficié d'un petit coup de balai numérique. La piste sonore en Dolby Digital 5.1 est dynamique et équilibrée. La séparation des canaux est nette et l'apport soutenu des enceintes arrière et du haut-parleur des graves contribue à l'efficacité des scènes d'action. L'excellente musique, tantôt rythmée et tantôt mélancolique, rend l'environnement sonore encore plus immersif. Les dialogues sont clairs et dénués de distorsion, et l'apport des sous-titres est parfois le bienvenu puisque certains accents très prononcés sont difficiles à comprendre. Le boîtier double disque est inséré dans une jaquette cartonnée qui reproduit les images recto/verso du boîtier. Un encart est inclus, mais n'offre qu'un contenu publicitaire. Les menus ont un aspect vieillot qui rend bien l'atmosphère de "Ronin" et sont accompagnés d'extraits du film et de musique.
Côté suppléments, le premier disque nous propose une excellente piste audio de commentaires avec John Frankenheimer. Il y a bien quelques moments de silence, mais le réalisateur nous révèle une foule d'informations intéressantes sur le tournage, les cascades spectaculaires, les acteurs et sa vision d'ensemble du projet. On retrouve également une fin alternative beaucoup moins convaincante que celle retenue. Le second disque nous offre plusieurs revuettes qui couvrent plusieurs aspects de la production. Pour débuter, "Ronin: Filming in the Fast Lane" nous amène dans les coulisses du tournage et se concentre sur l'approche utilisée par le réalisateur. "Through the Lens" s'attarde au travail du directeur photo Robert Fraisse et au look qu'il a donné au film et "The Driving in Ronin" aborde les dessous des spectaculaires poursuites en voitures qui parsèment le film. Par la suite, "Natascha McElhone: An Actor's Process" nous permet de faire connaissance avec l'actrice qui nous raconte son expérience sur le plateau de tournage, alors que "Composing the Ronin Score" nous entraîne dans le monde du compositeur Elia Cmaril. Quant à la revuette "In the Cutting Room", elle nous donne un aperçu informatif du processus de montage. Pour terminer, on retrouve une galerie photo animée et le segment "Venice Film Fest Interviews", où De Niro, Reno et McElhone y vont de leurs commentaires sur le film. On aurait espéré quelques scènes retranchées et la bande-annonce, mais le contenu de ce second disque demeure intéressant pour les fans.
Quand on remplace le tape-à-l'oeil et les orgies d'effets spéciaux par un scénario solide (de David Mamet, mais crédité au pseudonyme Richard Weisz), une brochette d'acteurs talentueux qui campent des personnages complexes et le style traditionnel, mais rigoureux de John Frankenheimer, on se retrouve au final avec un film intelligent et divertissant qui nous force à réévaluer constamment notre point de vue des événements et de leurs conséquences. "Ronin" est vraiment un thriller haut de gamme que je vous recommande sans hésiter.
| Film | 8 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 8 |