Amateur de faits divers morbides, le cinéaste Tom Kalin n'avait rien réalisé depuis son inquiétant Swoon en 1991. Le voilà retourner derrière la caméra pour l'aussi déstabilisant, mais ultimement moins excitant "Savage Grace" qui repose presque entièrement sur les épaules de Julianne Moore.
Une crise familiale latente aura des répercussions souvent bouleversantes sur tous ses membres. De 1946 à 1972, notamment à New York, Paris et Londres, les disputes entre le riche Brooks (Stephen Dillane) et son épouse Barbara (Moore) mettront en danger l'équilibre psychologique de leur fils homosexuel Tony (Eddie Redmayne). Peu à peu, la raison cède le pas à la folie. Celle qui arrive progressivement, en sourdine, et qui peut survenir à chaque instant.
Transposition d'un roman qui était lui-même inspiré d'une histoire vraie, "Savage Grace" suscite le malaise. À ce chapitre, la dernière demi-heure pourfend la morale, dévoilant à coup de détails les relations souvent tordues qui peuvent unir les membres de cette famille dysfonctionnelle. Surtout que l'interprétation, intense et maîtrisée, joue à l'unisson sans jamais faiblir. Devant un Stephen Dillane effacé, Julianne Moore offre une de ses meilleures performances depuis des lustres, éclipsant même celle - presque aussi électrisante - dans le très bon Blindness. Face à elle, Eddie Redmayne ne s'en laisse pas imposer et il deviendra certainement un jeune premier dont la tête ne cessera d'apparaître dans des productions futures.
Avant d'arriver à cette conclusion poignante, il faut toutefois affronter le reste du long-métrage qui est beaucoup moins mémorable. À force de changer d'années et de pays, le récit s'installe difficilement. Surtout que les personnages ne sont pratiquement jamais attachants. Ce qui débute comme une variation du supérieur The House of Mirth se voit saupoudrer de quelques touches mélodramatiques et sociales à la Douglas Sirk, pour ultimement dériver vers le grotesque sexuel. Une évolution pas toujours évidente, tout en rupture de tons et en paradoxes, que le trio vient sauver à la dernière minute.
La jolie photographie bénéficie d'intéressantes images aux couleurs amples et soignées. Le niveau des détails demeure conséquent et les contrastes précis perdent un peu de leur homogénéité lors de quelques moments clés. La piste sonore anglophone en Dolby Digital 5.1 utilise peu les multiples haut-parleurs (il n'y a que des bruits d'oiseaux, d'un bateau, du verre qui se brise, etc.). En revanche, les voix s'entendent sans problème et les accents ne sont pas difficiles à déchiffrer. Une excellente nouvelle, car les sous-titres jaunes ne sont pas toujours aisés à lire. La musique enveloppante et jazzée est très présente, accompagnant généralement les actions des protagonistes.
L'élégante pochette est à l'effigie des visages de Julianne Moore et d'Eddie Redmayne. Le menu principal ne se veut qu'une simple variation du boîtier. La mélodie triste compense presque pour le ton statique de l'ensemble. Les suppléments, peu nombreux et surtout très limités d'un point de vue nutritionnel, offrent deux cours documentaires (moins de dix minutes au total) où les comédiens et le metteur en scène parlent du scénario qui risque de faire polémique et des thèmes chauds soulevés. C'est bien peu.
Curiosité ponctuée de hauts et de bas, "Savage Grace" ne se laisse pas toujours apprécier à sa juste valeur. En dehors de la finesse de Moore et de ses partenaires masculins, le récit tarde à lever, la réalisation ne casse rien et le sort des personnages intéresse difficilement. Dans un genre similaire (mais avec un traitement totalement différent), le magnifique Far From Heaven de Todd Haynes se veut beaucoup plus pertinent.
| Film | 5 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 2 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 6 |