Le film original "Scarface", réalisé en 1932 par Howard Hawks, avait à l'époque créé toute une controverse. La sortie du film a d'ailleurs été retardée de deux années à cause de la censure. C'est en grande partie à cause de "Scarface" que le code Hays sur la censure fut établi, et ce, jusqu'en 1966. Mais, contrairement au "remake" ici critiqué, ce film indignait davantage par la relation incestueuse et l'apologie du gangstérisme que par la violence, même si cette dernière était tout de même très présente. Bref, même s'il est extrêmement difficile de pouvoir en faire le visionnement de nos jours, il n'en demeure pas moins que ce film vaut la peine d'être vu, ne serait-ce que parce qu'il est considéré par plusieurs comme le tout premier film de gangsters. Quant à elle, la version de 1983 doit son existence à Martin Bregman. En quête d'un projet pour son acteur-fétiche Al Pacino, il se lance dans la production d'une nouvelle version du film. Après plusieurs choix difficiles et abandons, c'est finalement à Oliver Stone que revient la tâche d'écrire le scénario, en transposant temporellement et physiquement l'action, alors que c'est Brian De Palma qui assure la réalisation. Malheureusement, à sa sortie en salle, le film a été complètement détruit par la critique; mais son succès, comme beaucoup d'autres, est plutôt venu de la reconnaissance publique.
L'histoire du film est celle de Tony Montana, alias Scarface. Des suites de l'exode massif de Cubains en mai 1980, Tony se retrouve dans un camp de réfugiés en Floride. Il se rend bien compte que la voie la plus rapide pour se sortir de sa situation est la même qu'il avait empruntée dans son pays natal: la criminalité. Mais même une fois sorti, c'est cette méthode qu'il emploiera pour entamer son ascension vers le succès. Tout d'abord homme de main pour le plus gros caïd de la cocaïne de Miami, il gravit rapidement les échelons de l'organisation, pour en prendre la tête. Il va même jusqu'à obtenir l'ultime trophée: la femme de son ex-patron. Mais bien vite, toute cette vie d'excès lui monte à la tête, et une suite d'événements dont il est le seul responsable le mènera à sa perte.
Le présent film s'est grandement inspiré de celui de 1932 sur plusieurs points, mais son âme et sa forme sont toutefois complètement différentes. Certains aspects, par exemple la violence, sont beaucoup plus et beaucoup mieux exploités (censure oblige), mais d'autres le sont nettement moins. La relation incestueuse avec sa soeur, par exemple, joue un rôle bien plus important dans le film original, et aide à comprendre, sans justifier sa présence, la façon dont elle est abordée dans la version de De Palma. Du côté purement esthétique, le film a toutefois mal vieilli. Les décors "sentent" le studio, et la musique est tout à fait typique des années 80, et ce, d'une façon péjorative. Ces détails peuvent réellement empêcher un néophyte de ressentir ce que les fanatiques du film ont pu vivre à sa sortie.
La piste vidéo présentée sur cette édition DVD, sans être la norme, consiste en une nette amélioration par rapport à celle présentée sur l'édition déjà parue. L'image est toutefois encore très granuleuse, avec un fourmillement constant dans toutes les scènes. Les noirs manquent aussi nettement de profondeur et on note plusieurs séquences avec des flous en arrière-plan. Néanmoins, la plupart des égratignures et poussières ont été nettoyées, et le contraste des couleurs est bien rendu. On soupçonne que le matériel source est à l'origine de ce manque de qualité, malgré le fait que les 4 pistes sonores, dont 2 en 5.1, obligent une plus grande compression au niveau de l'image.
Du côté sonore, la piste offerte est d'une bonne qualité (en 5.1, on nous en propose une en format Dolby Digital et une en DTS), même si elle souffre des limitations de l'époque. L'ambiophonie est limitée, n'offrant qu'une spatialité à l'image sonore. Au point de vue du dynamisme en fréquence, les hautes fréquences sont coupées et les basses fréquences pratiquement absentes (particulièrement décevant dans la scène finale). Le dynamisme en intensité laisse aussi à désirer, mais laisse tout de même transparaître des dialogues clairs et audibles. Bref, hors contexte, la piste n'est pas des plus convaincante.
Tous les suppléments sont regroupés sur le second disque. Pour commencer, on nous propose trois documentaires. Le premier, intitulé "Scarface: The Rebirth", nous entretient de la genèse du film, principalement à travers des interviews de Oliver Stone et de Martin Bregman, le scénariste et le producteur, respectivement. Le second, "Scarface: Acting", discute de la façon dont le film a été abordé. On nous y présente la manière dont les acteurs ont été choisis (ou, dans le cas d'Al Pacino, comment le film a été conçu pour lui...). On y voit aussi comment les artisans interagissaient dans la façon dont les acteurs interprétaient leurs scènes. Le troisième documentaire, "Scarface: Creating" expose tout le côté physique du film, c'est-à-dire les endroits où le film a été tourné ainsi que les décors et maquillages. Il est à noter qu'il est possible de voir ces documentaires d'un seul trait.
En plus de ces documentaires exhaustifs, on nous propose aussi un bref documentaire sur la version de "Scarface" diffusée à la télévision. Avec tous les sacres, les insanités et la violence, de rendre ce film présentable à un public de tous âges est un tour de force. Par contre, après ce traitement, ce n'est plus du tout le même film... Aussi présentes sont des scènes retranchées; bien qu'elles soient amusantes à regarder, il aurait été intéressant d'y inclure les commentaires du réalisateur. On nous présente ensuite un étrange documentaire sous la bannière Def Jam, nous présentant de courtes interviews de rappeurs célèbres, par exemple Snoop Dog. Ils nous décrivent à quel point "Scarface" a été un modèle pour eux, voire même une idole. Peut-être le montage est-il à blâmer, mais il est tout de même troublant de voir toutes ces personnalités vanter les "qualités" de Tony Montana... La section de suppléments est complétée par une filmographie des acteurs et artisans.
Les menus des DVD sont très bien réalisés, en plus d'être clairs et bien hiérarchisés. Les menus principaux sont animés, avec un montage des scènes et personnages du film, avec la musique caractéristique en arrière-plan. Ils sont aussi entrecoupés d'animations. Toutefois, sur le disque de bonus, le menu principal est totalement superflu puisqu'il n'offre qu'une seule possibilité, celle de mener vers la section des extras.
Bref, cette édition DVD est largement supérieure à la version précédente, sans toutefois qu'elle soit exceptionnelle. Les suppléments inclus sont pertinents et en justifient amplement la présence. Quant au film de 1932, Universal a eu la délicatesse de l'inclure dans la version luxueuse de cette édition DVD (le coffret). Espérons néanmoins qu'il soit disponible autrement dans un futur très peu lointain.
| Film | 7 |
| Menu | 9 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |