Un des fleurons de la cuvée 1996, "Secrets and Lies" constitue, avec son petit dernier Vera Drake, la crème de la filmographie du cinéaste britannique Mike Leigh. Utilisant un style où prime l'improvisation qui laisse beaucoup de place aux acteurs, il nous offre un film sincère d'une grande spontanéité, une des meilleures études de caractères qu'il m'ait été donné de voir ces dernières années.
Hortense (Marianne Jean-Baptiste) est une jeune optométriste noire dont la mère adoptive vient de mourir. Elle se met à la recherche de sa mère biologique qu'elle retrouve en la personne de Cynthia (Brenda Blethyn), une femme de race blanche qui vit seule avec sa fille Roxanne (Claire Rushbrook) dans un quartier défavorisé du sud de Londres. Maurice (Timothy Spall), le frère de Cynthia, photographe de son métier, mène une existence confortable dans une banlieue aisée avec sa femme Monica (Phyllis Logan). Hortense prend contact avec Cynthia et, après le choc initial, les deux femmes deviennent amies. Mais lorsque tout ce beau monde se retrouve chez Maurice pour célébrer le 21e anniversaire de Roxanne, un tas de squelettes sortiront du placard.
En surface, on se retrouve en territoire connu de la classe ouvrière du Londres contemporain. Mais Mike Leigh développe ici ses personnages et pousse l'heureux mélange entre la comédie et le drame aussi loin que l'on puisse aller. La comédie s'abreuve le plus souvent à la source de la gêne et de l'inconfort social entre gens de différents milieux et le drame, qui ne verse jamais dans le mélo, vient de la douleur causée par des secrets trop longtemps intériorisés. Ces deux aspects sont brillamment intégrés et, malgré la longueur du film qui fait 142 minutes, on s'attache rapidement aux protagonistes et on devient absorbé par le réalisme de leur quotidien. Mike Leigh n'est pas considéré comme un cinéaste très visuel, mais sa caméra est toujours placée au bon endroit. Il parvient, soit par de longs plans fixes où en alternant des plans plus courts entre deux personnages, à capter l'essence des rapprochements et des conflits qui sont au coeur du drame. Les acteurs sont d'ailleurs fabuleux. Brenda Blethyn, nominée aux Oscars (remporté par Frances McDormand pour Fargo) est remarquable dans un rôle où elle aurait pu facilement tomber dans la surenchère puisque Cynthia est un véritable volcan d'émotions. Marianne Jean-Baptiste et Timothy Spall offrent également de solides performances.
L'image du transfert anamorphosé est granuleuse et les couleurs paraissent un peu délavées, mais puisque ceci concorde avec la vision du réalisateur, on ne peut pas parler de défauts. Le niveau des détails est acceptable, mais on retrouve un problème d'accentuation des contours lors des scènes où le contraste est élevé. Quelques taches et égratignures sont également visibles à l'occasion, mais cela demeure mineur. La seule piste sonore incluse est de format Dolby Digital 2.0, mais puisqu'il s'agit d'un film essentiellement basé sur les dialogues, cela m'a paru suffisant, ceux-ci étant toujours clairs et facilement audibles. L'excellente trame musicale mélancolique d'Anthony Dickson était également claire et jouit d'une bonne séparation des canaux avant. Les menus sont statiques et sans accompagnement musical. Aucun supplément n'est offert à part la bande-annonce du film et celles de Author! Author!, Blood and Wine et Class Action.
"Secrets and Lies" est un drame émouvant, mais pas dénué d'humour, qui bénéficie d'une distribution remarquable. Pour moins de douze dollars, je vous le recommande fortement.
| Film | 9 |
| Menu | 4 |
| Suppléments | 1 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 7 |