En visionnant "She's Gotta Have It", plus de vingt ans après sa sortie en salle, on comprend aisément pourquoi son réalisateur, le New-Yorkais afro-américain Spike Lee, reçu alors le surnom de "Woody Allen noir". Frais, humoristique, névrosé à point, fait avec spontanéité et une bonne dose d'amateurisme, le ton de ce film en noir et blanc rappelle effectivement les grandes années de Woody Allen, celles des Annie Hall, Manhattan et autres Play It Again, Sam. C'est d'ailleurs le ton qu'il garda pour son deuxième film Do the Right Thing (son troisième en fait, mais le vrai deuxième, Schooldaze, ne trouva distributeur qu'après le succès de son successeur), bien qu'il durcit son propos, qui le propulsa au sommet du jet set cinématographique américain. On peut aussi dire que c'est l'abandon de cet esprit mi-sérieux, mi-humoristique, pour un ton décidément plus critique et lourd qui ont fait que les films subséquents du réalisateur n'ont pas autant su trouver leur place dans le cœur des cinéphiles et au panthéon des grandes œuvres. L'approche prêchi-prêcha que Lee a adopté dans presque toutes ses réalisations depuis Malcolm X a, à mon sens, gravement nuit à sa crédibilité et à son charme. La fraîcheur de ses premières œuvres (qui contenaient quand même un message critique cher à son réalisateur) est malheureusement disparue et le grand Spike Lee s'est perdu dans une mer de prétention...
Heureusement, avec la sortie en DVD de ce premier long-métrage, on peut facilement replonger dans la joie et respirer à nouveau cette bouffée de bonheur qu'on avait eu au premier visionnement du film. Scénarisé, réalisé, monté et joué par Spike Lee, ce film fait avec peu de moyens, mais beaucoup d'imagination et d'inventivité est un petit bijou du cinéma. Bien que visant principalement un public afro-américain (pas un seul blanc dans tous le film), cette histoire de sexe et d'amour transcende aisément les races et se laisse regarder avec plaisir par tout le monde.
Il s'agit de l'histoire d'amour compliquée de Nora Darling (Tracy Camila Johns), une jeune femme libérée aimant le sexe et de ses trois amants (John Canada Terrell en mannequin narcissique, Redmond Hicks en bon gars et Spike Lee en Joe Cool). Filmé à la fois en forme de documentaire avec les différents participants dialoguant avec la caméra, ou en simple format fiction, où la caméra n'existe plus, l'histoire, les personnages et les dialogues sont simplement savoureux et hilarants. Le jeu quelque peu ordinaire, voire parfois mauvais, des principaux acteurs (sauf peut-être Spike Lee, brillant en jeune homme branché de Brooklyn avec ses colliers en or et ses cheveux rasés en vagues) et la facture généralement estudiantine du projet ne déterre pas de l'intérêt qu'on lui porte, mais ferait même partie du charme en ajoutant une touche amateure...
Pour la qualité vidéo, la superbe direction photo d'Ernest Dickenson et le noir et blanc utilisé intelligemment et esthétiquement (quoi de mieux pour filmer des nuances de corps noirs et bruns) est assez bien reproduite sur le support DVD. Bien qu'un petit peu plus de contraste aurait aidé, tout comme une meilleure définition et des contours plus précis, la qualité d'image globale reflète bien le style original un peu brouillon du film.
Pour l'audio, la musique de Bill Lee (père de Spike et musicien de jazz réputé) est excellente, mais l'enregistrement souffre un peu d'amateurisme. Et contrairement à l'image, on le perçoit ici comme un défaut plutôt que comme une qualité. Un effet persistant d'écho de studio nuit grandement à l'intégration de la trame musicale dans la trame son. Bien qu'on aurait sûrement pu corriger ce problème pour la sortie DVD, on a choisi de minimiser les coûts et de ne rien changer. Les dialogues sont aussi un peu distants et auraient eu besoin d'un petit traitement stéréo (seule une piste Dolby Surround et la piste mono originale sont incluses). Il n'y a pas de suppléments sur ce DVD.
| Film | 8 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |