Commandée par le "Everyman Theatre" de Liverpool, la pièce à succès de Willy Russell fait ses débuts au théâtre en 1986, mise en scène par Glen Walford avec Noreen Kershaw dans la peau de la ménagère de la classe moyenne qui monologue sur la crise de la quarantaine. Deux ans plus tard, la pièce se déplace au "Vaudeville Theatre" de Londres, cette fois-ci dirigée par Simon Callow avec Pauline Collins dans le rôle-titre. En 1989, le duo Callow/Collins transporte "Shirley Valentine" à Broadway au "Booth Theatre" de Manhattan, où elle demeure à l'affiche pendant 324 représentations (Ellen Burstyn remplacera Collins à mi-chemin). Toujours en 1989, Willy Russell adapte sa pièce pour le grand écran dans un film réalisé par Lewis Gilbert, où Pauline Collins reprend le rôle qu'elle avait popularisé sur les planches.
Ses deux enfants d'âge adulte ayant quitté la maison, Shirley philosophe avec ironie sur son statut de femme au foyer en s'adressant au mur de la cuisine, tout en préparant le "chips'n'egg" (frites et oeufs) de son époux Joe. Se retournant vers les spectateurs elle dira: "Quel mal y a-t-il à ça, j'ai une voisine qui parle à son micro-ondes. Au micro-ondes mur, dans quel monde vivons-nous!". Mais quand une amie gagne un voyage pour deux en Grèce et lui demande de l'accompagner, Shirley fera ses bagages, laissera une note sur la table et partira pour ce qu'elle croit être deux semaines de soleil et de farniente. Elle trouvera plutôt la romance, prendra conscience de ce qu'elle est vraiment et réalisera qu'avec un peu d'effort, elle a la capacité de changer sa morne existence.
"Shirley Valentine" repose essentiellement sur les épaules de Pauline Collins, qui n'a pas volé sa nomination aux Oscars. À la fois drôle, cynique, émouvante et lumineuse, elle habite littéralement ce personnage nostalgique qui se demande comment la jeune et fougueuse Shirley Valentine a bien pu devenir cette femme qui a profondément enfoui ses rêves, trop préoccupée par les besoins des autres pour pouvoir s'attarder aux siens. Malheureusement, les personnages secondaires à qui elle faisait référence dans la pièce de théâtre et qui prennent vie ici, viennent un peu briser le charme. Pas que les acteurs et actrices soient mauvais, mais ces personnages ne dépassent guère les stéréotypes et les scènes où Shirley doit interagir avec eux fait contraste avec celles où elle monologue et s'adresse directement à la caméra. Ça donne un étrange hybride où le langage filmique cohabite parfois maladroitement avec le langage théâtral, et où les autres personnages sont souvent réduits au rôle d'obstacles unidimensionnels sur le chemin de la rédemption de la principale protagoniste. Au final, malgré que l'on ne puisse que s'identifier et s'attacher à Shirley, la sauce est passablement étirée et la seconde partie du film (le voyage en Grèce) s'éternise.
Le transfert anamorphosé est excellent. L'image est claire, presque complètement dénuée d'imperfections, et les couleurs sont riches et naturelles. Les magnifiques paysages de la Grèce baignés de lumière naturelle en bénéficient particulièrement. Le niveau des contrastes et des détails est excellent, même lors des scènes tournées dans un environnement plus sombre. Puisqu'il s'agit d'un film qui repose essentiellement sur les dialogues, la piste audio n'est pas très dynamique et l'activité est concentrée dans les enceintes avant. L'environnement sonore demeure tout de même agréable, la séparation des canaux est nette et les dialogues sont clairs et sans distorsion apparente. Par contre, un mystère subsiste. Deux pistes en anglais sont offertes, une étiquettée "US English" et l'autre "UK English". Dans le premier cas, je m'attendais à un doublage américain, mais ce n'est pas le cas. J'ai répété l'écoute de plusieurs scènes en passant d'une piste à l'autre et elles sont en tout point identiques. Étrange... La présentation et les menus sont standards et aucun supplément n'est offert sur cette édition. Dommage, j'aurais bien aimé entendre le propos de Pauline Collins sur une piste audio de commentaires.
Malgré les faiblesses de cette adaptation d'une pièce de théâtre à succès au grand écran, "Shirley Valentine" demeure une fable drôle et émouvante sur la crise de la mi-temps de la vie, portée par la remarquable interprétation de Pauline Collins.
| Film | 7 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |