Chaque année, le Festival de Cannes propose une cuvée de films triés sur le volet provenant des quatre coins du globe. Si peu sont invités à concourir en compétition officielle et tenter de remporter la prestigieuse Palme d'Or, plusieurs, par contre s'imprègnent d'un parfum de scandale. Au fil des ans, les Irreversible de Caspar Noé en 2002, La Maman et la putain de Jean Eustache en 1973 et Suzanne Simonin, la Religieuse de Diderot de Jacques Rivette en 1966 ont su à leur façon, provoquer l'ire et l'indignation de plusieurs. La cuvée 2006 de Cannes n'est pas en reste à ce niveau et on doit remercier le sulfureux "Shortbus" de l'américain John Cameron Mitchell pour cela.
New York par une journée anonyme, quatre personnes se livrent à des activités sexuelles donnant sur l'extrême. Il y a un couple qui s'adonne à redéfinir l'art du "Kamasutra", un homme qui s'administre une autofellation, alors qu'une dominatrice affûte son fouet sur le corps dodu d'un client qui en redemande. Bref, une entrée en la matière qui redéfinit l'expression "liquide corporel". Parmi ces protagonistes, il y a Sofia (Sook-Yin Lee), sexologue de métier qui traite des patients pour des problèmes d'ordre sexuel. Un de ces derniers apprendra qu'elle feint l'orgasme depuis des années et l'invitera au "Shortbus", bar clandestin où la partouze est reine et l'inhibition défendue, dans le but qu'elle goûte finalement au climax. C'est ainsi que l'on découvrira ce qui se cache derrière la sexualité de cette génération qui carbure aux délices salaces.
Pas besoin de vous dire que toutes les scènes de sexe sont non simulées et que ça ne met pas de temps à se mettre en branle. Aussi explicite qu'un film porno, celui-ci a du moins le mérite d'avoir une trame narrative passablement solide et de livrer un message qui va plus loin que l'orgasme. Écrit et réalisé par John Cameron Mitchell, "Shortbus" a l'honnêteté de mettre en image des thématiques qui ne sont pas toujours facile d'approche comme l'échangisme, l'homosexualité, le travestisme, le lesbianisme et le fétichisme, et ce, sans pour autant en altérer la réalité. Depuis quelques années, quelques films dits "Mainstream" ont exploré le monde de la pornographie et la plupart ont plutôt tendance à enrober le tout d'une trame narrative pseudo intellectuelle prétentieuse (Anatomie de l'enfer, Le pornographe). Contrairement à ces opus plutôt indigestes, John Cameron Mitchell utilise beaucoup d'humour pour alléger le tout et si on ajoute une cinématographie dynamique et des décors très réussis qui nous rappellent par moment l'univers de Fellini, on se retrouve à contempler une œuvre certes déstabilisante, mais qui est a le mérite d'être vraie.
Thinkfilm nous propose une édition DVD de bonne qualité. Le transfert vidéo possède un niveau de détail assez élevé et les couleurs sont justes. Par contre, une certaine granularité est présente lors des plans plus sombres. La piste audio principale est très juste, mais très peu de spatialité s'en émane, le tout s'expliquant par le côté surtout verbeux du film. Passablement de suppléments sont inclus dans cette édition DVD, à commencer par une trame de commentaires animée par le cinéaste et plusieurs comédiens du film. En plus de décrire la plupart des scènes du film, plusieurs anecdotes sont également racontées. Par exemple, le réalisateur explique qu'il n'avait pas envie de voir son film passer par la censure et c'est pourquoi qu'il est "Unrated" ce qui lui a valu une distribution en salles quasi inexistante. "Gifted and Challenged: The Making of Shortbus" est une revuette de trente minutes sur les différentes étapes du tournage. Le segment sur la distribution est certes le plus intéressant et le plus révélateur du lot. "How to Shoot Sex: A Docu-Primer" nous replonge en huit minutes sur le tournage des scènes d'orgies dans le bar "Shortbus". Huit scènes supprimées, pour la plupart des extensions à des scènes du film, peuvent être contemplées et elles sont commentées par le réalisateur au besoin. On en a pour environ une trentaine de minutes. La bande-annonce du film complète le tout.
Salace, choquante et marginale, "Shortbus" n'en demeure pas moins une œuvre intéressante qui va bien au-delà de sa pornographie. Thinkfilm propose une édition DVD très complète qui nous permet même, à travers sa section de suppléments, de démystifier le tournage de scènes porno. Il est clair que ce film ne s'adresse pas à n'importe qui, mais je le recommande à ceux et celles qui s'y intéressent.
| Film | 7 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |