Plongeon dans la tête et l'univers de David Lynch à travers six courts-métrages fascinants qui mélangent les genres et les univers avec une facilité déconcertante. De quoi se rendre compte - mais était-ce réellement surprenant?- que monsieur n'est pas très sain d'esprit.
David Lynch est un réalisateur atypique qui cultive l'onirisme comme d'autres font pousser des carottes et du chou. Son soin apporté aux atmosphères est précieux et la sortie du moindre de ses essais est proclamée comme un évènement majeur. Pourtant, cet homme d'exception tourne peu. Depuis son extraordinaire Mulholland Drive en 2001, il s'est retiré pour ne plus jamais réapparaître. Son prochain projet, Inland Empire, devrait voir le jour quelque part en 2006, mais d'ici là, un DVD de courts-métrages sobrement intitulé "The Short Films of David Lynch" paraît pour satisfaire la curiosité des plus fidèles admirateurs.
La plupart des efforts se retrouvant sur cet objet anticonformiste proviennent de l'époque pré-Eraserhead (donc, avant 1977) et cela paraît. Les supports sont désuets, l'image est souvent horrible et elle ne rend jamais honneur à un tel visionnaire. Le noir et blanc est intéressant, mais les taches et le grain sont malheureusement trop prédominants. Ce petit côté cheap expérimental peut faire sourire et il varie selon les différents segments. Il est donc facile de s'acclimater assez rapidement. La piste sonore est également tout à fait rudimentaire. Le bruit ne sort que d'un haut-parleur et il n'est pas toujours fidèle aux situations. Une petite déception pour cette fabuleuse trame sonore qui hante tout au long des récits, une habitude propre à tous les chef-d'œuvres de monsieur Wild at Heart. Cette situation n'est pourtant pas catastrophique. L'ambiance est suffisamment surprenante pour convaincre et tenir en haleine, alors que les voix sont généralement très audibles. C'est peut-être la moindre des choses, car les sous-titres sont pratiquement inexistants.
Ces défauts techniques ne viennent pourtant jamais troubler le délire qu'apportent ces petites histoires extrêmement originales. Il y en a six au total et elles varient entre 55 secondes et 34 minutes. Le tout débute avec le troublant "6 Men Getting Sick", une animation incroyablement répétitive qui montre des gens qui sont malades. Cette figure fantasmagorique est une belle folie qui finit toutefois par énerver. Beaucoup plus fascinant est le trajet proposé par "The Alphabet" qui mélange des lettres énervées, du sang et des bruits stridents. À côté de ça, Lost Highway est une aventure sans danger. Le sommet est atteint par le très long (enfin, plus de trente minutes) "The Grandmother". Cette séquence combine des animations à des scènes réelles qui déroutent encore et toujours. Un petit garçon se fait maltraiter par ses parents, il arrose son lit et une grand-mère en émane! Encore une fois, il y a de nombreux leitmotivs propres aux mondes de Lynch (répétitions incessantes, univers sombres, gens sans émotion, figures de pantins, dichotomie entre le rêve et la réalité, etc.) et il s'agit d'un excellent complément à une œuvre du calibre de Blue Velvet. Beaucoup plus monotone et monochrome est "The Amputee". Lors d'un seul plan-séquence, une femme handicapée écrit sur sa condition pendant qu'une autre personne la soigne. Un épisode linéaire et très peu stylisé disponible en deux versions à peine satisfaisantes. La cerise sur le gâteau est certainement la fantaisie ultra kitch de "The Cowboy and the Frenchman". Des cow-boys capturent un Français qui a peur d'un Amérindien et à la toute fin, ces hommes sont rejoints par des femmes pour faire une grosse danse près d'un feu! Une absurdité incroyablement typée (la personne venant de France a un béret, une baguette de pain, du fromage et alléluia) qui fait parfois rire aux larmes. En guise de dessert, il y a un court extrait intitulé "Lumière". En 1995, différents réalisateurs s'étaient lancé un défi de créer des courts-métrages de moins de une minute en suivant les techniques des frères Lumière. Pour Lynch, cet hommage réussi tourne autour de troublants policiers.
Tout ce beau matériel se retrouve dans une pochette morbide incroyablement simple. Il y a un visage rappelant les dessins de Joseph Arthur dans des tons gris et blancs très soignés. Aucune information ne se trouve au verso du boîtier, il faudra insérer le disque pour connaître le nom des segments. Les différents menus, tout aussi accessibles, reprennent la pose de la pochette en y incluant une musique rock rythmée ou un timbre plus atmosphérique. Cela ne bouge peut-être pas, mais ça demeure très recommandable. Les suppléments sont pratiquement absents et ils se limitent à une courte introduction de David Lynch. Le père de Elephant Man présente chacun des courts-métrages en revenant littéralement dans le temps. Parfois, ses propos sont peu détaillés, mais à d'autres moments (sur "6 Men Getting Sick" par exemple), les déblatérations demeurent très pertinentes.
Disque déroutant s'adressant autant aux fans du cinéaste de Twin Peaks qu'à la personne qui le connaît à peine, "The Short Films of David Lynch" déconcerte du début à la fin. Cela n'a pas toujours de sens et les bonus sont plutôt maigres, mais quel choc que de pénétrer à nouveau dans des univers riches en tensions, en curiosités et en surprises.
| Film | 7 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 4 |
| Audio | 5 |