Avant de ressusciter avec son très bon Black Book, le réalisateur Paul Verhoeven était pratiquement mort et enterré. Une critique acerbe du militantisme en Starship Troopers ne séduisait qu'à moitié, un navet de science-fiction intitulé Hollow Man avec Kevin Bacon et surtout le fortement haï "Showgirls" avaient littéralement détruit sa carrière. Retour sur ce dernier titre, sans doute le moins intéressant du lot, pour une énième édition spéciale.
Nomi (Elizabeth Berkley) arrive à Las Vegas avec des rêves plein la tête. Elle cherche l'émancipation et, surtout, à rompre avec son passé d'effeuilleuse. Pour y arriver, elle devra apprendre à séduire tous les hommes et les femmes sur son passage. De strip-teaseuse, elle devient une des danseuses les plus populaires d'un club extrêmement couru. Les gens dans ce milieu où baignent la drogue et l'argent facile n'hésitent pas à se poignarder dans le dos pour obtenir la position la plus avantageuse. C'est à cet endroit qu'elle fait la rencontre de la vedette Chrystal (Gina Gershon) et de son copain influent Zack (Kyle MacLachlan).
Pour cette production qui se veut sulfureuse, les desseins de Verhoeven étaient énormes. D'un côté, il reprenait la même thématique que le chef-d'œuvre All About Eve où une arriviste est disposée à faire l'impossible pour être célèbre. Ensuite, le cinéaste voulait dépeindre Las Vegas comme un enfer brûlant avec ces pauvres petites filles qui doivent s'abaisser pour pouvoir survivre. Il pousse ensuite sa chance à redorer le blason des films pour adultes avec des pairs de seins qui surgissent toutes les cinq minutes.
Malheureusement pour lui, ses fantasmes se transforment rapidement en cauchemars. L'histoire n'est presque pas développée et il est pratiquement impossible de s'intéresser aux personnages tant ils sont froids et venimeux. Les hommes sont tous des obsédés ambulants et les femmes, des garces qui pourraient se trucider avec des pics à glace. Les situations ratées font souvent hurler de rire, sauf que "Showgirls" est loin d'être une comédie... volontaire. Quant aux scènes de nues, elles sont cliniques, peu affriolantes et répétitives. Ce n'est pas Basic Instinct et c'est bien dommage.
C'est même au niveau de l'interprétation que le coup est le plus difficile à encaisser. Elizabeth Berkley est exubérante et elle en fait beaucoup trop. Ses émotions sont fausses et son destin s'avère peu crédible. Le parcours de Gina Gershon est pratiquement identique. L'actrice tire son épingle du jeu (ou de l'absence d'enjeu), mais elle était nettement plus à l'aise et sexy dans le très bon exercice de style Bound des frères Wachowski. Pour ce qui est de la présence Kyle MacLachlan au générique, il s'agit d'une véritable insulte à ses fans qui l'ont longtemps louangés lorsqu'il était le héros des aventures mémorables de David Lynch.
Comme c'est trop souvent le cas, les œuvre médiocres reçoivent un traitement quatre étoiles sur le plan technique et ce long-métrage ne fait pas exception. Les images sont soignées, souvent réalistes et elles regorgent de détails à plusieurs endroits. Les couleurs ressortent aisément du lot et elles étincellent lors des numéros de danse. Si les scènes extérieures s'avèrent un peu blanches, les autres offrent toujours des contrastes étonnants. L'utilisation du son est tout aussi satisfaisante. La piste audio anglophone en Dolby Digital 5.1 mélange les bruits à une vitesse étonnante. Ainsi, les klaxons, applaudissements et l'argent qui tombe se symbiosent pour recréer une atmosphère glamour. Les voix suffisamment ajustées s'entendent aisément et il y a d'honnêtes sous-titres blancs en français, en anglais et en espagnol en cas de problèmes. La musique variée suit rapidement la tangente des airs de discothèque et sans séduire outre mesure, elle s'avère tout à fait dans son élément.
La pochette montre une fille nue sortant d'un fond douillet rouge et taché noir. Effets instantanés! Le menu principal du DVD est assez particulier. Des ombres furtives de danseuses apparaissent et disparaissent, laissant entrevoir quelques scènes du film. La musique enveloppante est entrecoupée de dialogues et cette ambiance n'est pas loin d'être racoleuse. Après le gros coffret de l'édition V.I.P., les suppléments présents ici paraissent bien maigres. Ils titillent cependant l'organisme. Pendant cinq minutes, les danseuses de "Scores" de New York expliquent les dix étapes pour réussir la danse la plus excitante de la planète. Les voir en action est un excellent renforcement! La piste de commentaires de l'écrivain David Schmader est plutôt drôle. Il parle de ce long-métrage qui est, selon lui, "l'œuvre d'art la plus incomprise du 20e siècle"! Même s'il ne se prend pas au sérieux, ses propos s'avèrent parfois douteux, sexistes et plusieurs bruits bizarres pimentent l'écoute... Pendant quatre prises, il est possible de consulter le scénario et de voir le réalisateur à l'œuvre, demandant aux actrices d'en offrir encore davantage. En sélectionnant la section "Trivia Track" et en visionnant le film, des bulles d'informations apparaissent, offrant quelques détails savoureux sur Las Vegas et les différentes situations. Il y a finalement la bande-annonce originale et d'autres publicités de productions issues de la compagnie de distribution MGM.
Tout dans ce "Showgirls : Fully Exposed Edition" sent la marque de son auteur. Il y a du sexe gratuit, un peu de violence, un langage vulgaire et même des scènes qui font lever le cœur. Sauf qu'il n'y a aucune histoire autour de l'os pour justifier que le tout s'échelonne sur plus de deux heures. Quelle chance que le réalisateur a eu la brillante idée de retourner dans son coin de pays pour se ressourcer. Sinon, au lieu de Black Book (qui contient tout de même des numéros de danse torrides), il aurait continué à multiplier les nanars.
| Film | 3 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |