Il arrive quelques fois que de très mauvais films atteignent le statut de film culte; c'est le cas de "Showgirls", que certains considèrent comme étant "le meilleur pire" film de tous les temps. Pour bien comprendre cet insuccès, il est intéressant de replacer le film dans son contexte cinématographique. Réalisé par Paul Verhoven, "Showgirls" représente le bas-fond de la longue chute du réalisateur, qui avait pourtant très bien commencé sa carrière américaine. Son premier succès était l'excellent Robocop en 1987, suivi de Total Recall en 1990. En dépit de présenter de brillantes histoires de science-fiction, ces deux films avaient plutôt fait les manchettes de l'époque par leur violence excessive (le nombre de morts dans Total Recall était, à sa sortie, un record...). C'est sur cette lancée qu'il s'est ensuite attaqué à un autre genre, avec Basic Instinct; au lieu de l'extrême violence, on y retrouvait cette fois du sexe. Encore une fois, même si l'intrigue n'était pas complètement dénuée d'intérêt, le film est devenu célèbre pour une scène très précise. C'est avec la même idée qu'il s'est attaqué à "Showgirls", son film suivant, misant cette fois sur l'actrice Elizabeth Berkley. Cette dernière était appréciée de toute une génération qui l'avait vu grandir dans la série télévisée Saved by the Bell. Ainsi, le fait de la voir dans son costume d'Ève interprétant un personnage tout à fait à l'opposé de celui qui l'avait rendu célèbre, présentait une valeur sûre. Malheureusement, "Showgirls" fut loin de remporter un quelconque succès. D'ailleurs, sur les 13 nominations au Razzie Awards, le film en a remporté 7, dont celui du pire réalisateur (Paul Verhoven est d'ailleurs allé chercher son prix en personne, chose qui ne s'était jamais vue!). De plus, "Showgirls" a aussi remporté en 2000 le Razzie du pire film de la décennie. Mais, avec toute cette "mauvaise" publicité, le film a tout de même été vu par plusieurs (les nombreuses scènes de nudité aidant, évidemment...), et, contre toute attente, est devenu un film culte. La version DVD ici critiquée, dite V.I.P., en est d'ailleurs l'ultime preuve...
"Showgirls" raconte donc les mésaventures de Nomi, une jeune femme rêveuse n'ayant jamais eu la vie facile. Elle se rend à Las Vegas avec l'espoir d'y devenir danseuse de cabaret; malheureusement, elle ne peut se dénicher qu'un travail dans un club "topless", le Cheetah. Mais, une heureuse rencontre avec Molly Abrams (Gina Ravera), une des costumières du spectacle Goddess du prestigieux hôtel Stardust, lui permet de s'immiscer dans ce milieu, où elle fait la rencontre de la danseuse étoile, Cristal Connor (Gina Gershon). Cette dernière se découvre une attirance pour Nomi et se plaît à l'aider à réaliser son rêve, sans toutefois pouvoir s'empêcher de lui mettre des bâtons dans les roues. Mais, grâce à ses charmes, son talent naturel et une bonne poussée dans le dos, Nomi se taille une place de choix dans la production, prenant même la place de Cristal comme danseuse étoile. Bien qu'il soit difficile d'arriver au sommet de la gloire, il est encore plus ardu d'y rester, surtout avec un lourd passé comme celui de Nomi...
Encore une fois, bien que l'histoire soit intéressante, elle est très mal exploitée, et ce, à tous points de vue. Le seul intérêt du film est finalement de voir Elizabeth Berkley dans toute sa splendeur. En fait, mis à part un désir puéril de voyeurisme, c'est tout ce que ce film a à offrir. Malgré quelques plans de caméra imaginatifs, la réalisation et la direction photo sont très peu efficaces, nous présentant souvent les acteurs sous un jour peu reluisant. Ces derniers ne sont pas non plus au mieux de leur forme; à part Gina Gershon qui y reluit, tous sont flanqués de mauvais dialogues qu'ils n'arrivent pas à "vendre" à l'écran. Elizabeth Berkley est sans contredit la pire de toutes, nous présentant plus ou moins deux types d'émotion: contemplative ou colérique. Même ses danses, supposées lascives, sont loin d'atteindre le but (comme le soulignent abondamment les danseuses professionnelles sur la piste de commentaires...). Bref, le film est un échec à tant de niveaux qu'il est presque inévitable d'y développer un plaisir à l'écouter; c'est un peu l'équivalent cinématographique de regarder un carambolage au ralenti...
Pour ce qui est de la qualité vidéo, MGM nous offre un excellent produit. Même si le matériel source utilisé semble être le même que celui de l'édition déjà parue (avec quelques poussières et égratignures), le transfert a, cette fois, le mérite d'être anamorphique. L'étalonnage des couleurs est très bien réussi, rendant justice à l'éclairage et aux costumes flamboyants du film. Malgré qu'on note une légère surdéfinition des contours par endroits, l'image est précise et bien détaillée.
Quant au volet sonore, on nous propose un tout aussi bon produit; la piste est très dynamique, autant en intensité qu'en ambiophonie. Les scènes de danse, que ce soit au Cheetah ou au Stardust, sont particulièrement percutantes, avec un excellent usage de tous les canaux, et surtout de celui réservé aux extrême-graves. Les dialogues sont toujours clairs et distincts, avec une musique très bien mixée qui, malgré le fait qu'elle soit horrible à écouter, sert très bien le film.
Ainsi donc, bien évidemment, l'attrait de ce DVD demeure sans contredit les suppléments. Et, en considérant le prix très abordable du coffret, il en est bourré. Pour commencer, le DVD est inséré dans un grand boîtier (même format que l'édition collectionneur de Spider-Man). On y retrouve des cartes décrivant des "jeux à boire"; notons par contre que MGM prend soin de nous avertir que tous ces jeux doivent être joués avec des boissons non alcoolisées. En tout, cinq jeux nous sont proposés, usant de plusieurs accessoires tous fournis dans le coffret; un jeu de cartes, un masque pour cacher les yeux, une affiche de Elizabeth Berkley seins nus, deux verres à shooter ainsi que deux "couvre-mamelons" (un peu comme les danseuses de cabaret arborent de temps en temps; en anglais, des "pasties"). Le jeu le plus drôle est certainement celui qui s'intitule "Pin the Pasties on the Showgirl" qui consiste à apposer aux bons endroits les couvre-mamelons sur l'affiche, et ce, les yeux bandés (comme le jeu de la "queue de l'âne" de notre enfance). L'autre jeu intéressant consiste à regarder le film en suivant une série de règles menant à la consommation de boisson (non-alcoolisée!). Comme on peut le deviner, presque tous les jeux sont à caractères sexuels, requérant souvent de boire ou de se déshabiller (difficile de voir l'intérêt de jouer à ces jeux sans alcool, par contre; boire 10 verres à shooter de jus d'orange n'est pas une grosse difficulté...). Bref, en bonne compagnie, tous ces jeux sont certainement très amusants. Deux cartes supplémentaires sont aussi incluses, l'une nous mettant en garde contre les abus d'alcool, l'autre révélant quelques faits intéressants sur la production du film.
Au niveau du DVD, on nous présente pour commencer un excellent commentaire de la part de David Schmader. Ce dernier a fait sa renommée en présentant "Showgirls" lors de festivals de film avec ses explications, interprétations et commentaires. Grâce à ses interventions, on arrive facilement à adorer ce si mauvais film; d'ailleurs, il le dit lui même dès les premières minutes: "Showgirls" est une suite de mauvaises décisions de la part de tous les intervenants du film, allant du scénariste aux mixeurs, en passant par les acteurs et le réalisateur. Et, selon lui, c'est ce qui en fait une oeuvre d'art. Bref, écouter "Showgirls" avec ce commentaire permet de "voir" un tout nouveau film. Notons que les scènes de danse dans le club sont commentées (en mortaise) par les danseuses du club "Scores". En gros, elles nous apprennent que ce qu'on voit dans le film n'est pas réaliste, et qu'en fait, Nomi ne danse pas adéquatement...
On nous propose ensuite une piste de faits divers, présentés sous la forme de sous-titres apparaissant un peu partout à l'écran (un peu comme les pop-up vidéos de Musique Plus). Les remarques sont très générales, allant d'anecdotes sur le film jusqu'aux habitudes alimentaires en 1900. Somme toute, ces petites interventions sont très amusantes. Pour ce qui est des suppléments réels au DVD, on retrouve pour commencer un segment intitulé "A show girl diary" où l'on peut voir les scénarimages et croquis qu'a faits Paul Verhoven pour le film, entrecoupé d'images de la production et du produit final. Aussi, on nous propose un tutoriel sur l'art de faire une danse érotique, présenté par les effeuilleuses du club "Scores". Finalement, on retrouve la bande-annonce du film, ainsi que d'autres films de MGM dont la sortie sur DVD coïncide avec celle-ci. Les menus du DVD sont aussi très bien faits, étant tous animés sous fond musical. De plus, on nous présente des animations entre chacun d'eux, tout à fait intégrées au graphisme. Une belle réussite de ce côté.
Bref, MGM nous propose un excellent produit pour un film si mauvais qu'il a atteint le statut de film culte. Les "gadgets" inclus s'inscrivent tout à fait dans cette optique, et les suppléments nous aident à mieux saisir le phénomène. Bref, avec le très faible prix de cette édition "grandiose" (environ 35$), l'achat est tout indiqué!
| Film | 1 ou 9... selon... |
| Menu | 10 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 9 |