Parmi les nouvelles tendances du cinéma hollywoodien se trouvent les adaptations cinématographiques de téléséries ou de miniséries. C'est le film Star Trek: The Motion Pictures qui a popularisé ce concept à la fin des années 1970. En y ajoutant les autres tendances à la mode (adaptation de bande dessinées et les suites de gros succès au box-office), les majors ont trouvé ici, une façon très économique d'exploiter un filon en haute teneur pécuniaire.
"The Singing Detective" fait partie de ces adaptations et dans le cas présent, c'est à l'œuvre de Dennis Potter, écrivain connu pour son style singulier flirtant avec l'absurde, les retours en arrière et la comédie musicale, que l'on s'attaque. D'ailleurs, l'auteur a adapté lui-même les six épisodes de la télésérie présentée à la BBC en 1986 pour en faire un film. Malheureusement après avoir terminé le scénario en 1992, Dennis Potter mourut. Après une dizaine d'années d'incubation dans les tiroirs de l'oubli Hollywoodien, Robert Downey Jr., Mel Gibson et le réalisateur Keith Gordon s'y sont intéressés et est né ce divertissement qui jongle habilement avec l'humour, le genre Noir et la comédie musicale.
Si la télésérie originale s'imprégnait du contexte de l'après-guerre (WWII) en Angleterre, cet opus nous trempe en plein Los Angeles dans les années 50. Cette petite entourloupette nous permet de faire basculer le contexte musical de la Brit's Pop des années 40 au Rock & Roll. Ce film raconte l'histoire d'un auteur de polar, Dan Dark (Robert Downey Jr.) qui se voit cloué sur son lit d'hôpital suite à une grave maladie de peau. Pris de délires, il se met à confondre imaginaire et réalité et croit que sa femme "Robin Wright Penn" le trompe impunément et veut le dépouiller de ses biens. Ses hallucinations l'amène à se transporter dans son premier livre, "The singing detective" où il est la cible de deux malfrats, sorte de "Laurel et Hardy" à la recherche de leur identité dont le quotient intellectuel est aussi élevé qu'un revolver. Son thérapeute (Mel Gibson) tentera d'entrer dans l'univers particulier de l'intellect de Dan Dark pour mieux comprendre ses angoisses et ses crises de démence dans lesquelles les numéros de chant occupent l'avant-scène.
Keith Gordon s'attaque ici à un monstre de complexité et malgré ses 109 minutes, "The Singing Detectives" ressemble beaucoup trop à une compilation des meilleurs moments de la télésérie. Les personnages manquent de définition et il y a un manque de cohésion dans l'enchaînement des scènes où l'on sent la précipitation et le besoin de faire du condensé.
Le rendu visuel de ce film est en tout point impressionnant. Le transfert anamorphique ne souffre pas d'artéfacts de compression, l'image est claire, les noirs bien profonds et la texture des couleurs est riche. Le volet audio nous propose deux pistes, toutes deux dans la langue de Shakespeare. La piste Dolby Digital 5.1 offre une bonne spatialité quoique les canaux avant sont les plus utilisés. Les dialogues sont bien audibles et les numéros musicaux sont très bien rendus. Le menu se veut conventionnel, statique et sans grande originalité. Les suppléments nous offrent quelques bandes-annonces et une piste de commentaires du réalisateur Keith Gordon qui est très riche en contenu et anecdotes. Il fait souvent la comparaison entre la télésérie et son film, nous explique la complexité de l'œuvre et de sa transposition. Il nous parle également de la grande amitié qui règne entre Mel Gibson et Robert Downey Jr. et du fait que Mel Gibson voulait produire ce film et donner le rôle premier à Robert Downey Jr. pour lui permettre de se remettre sur les rails du show-business le plus rapidement possible.
"The Singing Detective" est un film dense et complexe sur l'imaginaire de Dennis Potter, auteur tordu, tortueux et tourmenté. Voir ce film, c'est voir l'extraordinaire talent de Robert Downey Jr, admirable de justesse et d'émotion. C'est aussi assister à des numéros de chants assez originaux dont le scabreux "M. Sandman" et c'est surtout rendre hommage à un génie de l'écriture qui fût une source d'inspiration pour plusieurs. D'ailleurs, Alex Proyas lui a dédié son film Dark City.
| Film | 7 |
| Menu | 2 |
| Suppléments | 2 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |