Silk
Alliance Vivafilm

Réalisateur: François Girard
Année: 2007
Classification: 14A
Durée: 109 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Martin Gignac
29 février 2008

En adaptant l'illustre roman Silk de l'auteur Alessandro Baricco, François Girard reprend là où se terminait son précédent Le violon rouge. Les grands espaces, la quête d'une autre culture et de sa propre identité, un amour interdit : le voyage peut à nouveau débuter, mais d'une façon assez différente.

Au milieu du 19e siècle en Europe, une épidémie ravage les productions de soie. Afin de sauver les récoltes et le village, Hervé Joncour (Michael Pitt) décide de partir jusqu'au Japon pour acheter et ramener des vers à soie. Il délaisse donc sa femme Hélène (Keira Knightley) au profit d'une région sauvage et inconnue. Sa mission est un franc succès lorsqu'il revient avec les objets tant convoités. Cet amour de l'étranger devient une véritable obsession pour le jeune homme qui multiplie les périples dangereux jusqu'au bout du monde. Tout d'abord à la demande de l'influent Baldabiou (Alfred Molina), puis sur sa propre initiative, désirant revoir son ami Hara Jubei (Koji Yakusho) et surtout une jolie et insaisissable demoiselle (Sei Ashina) dont il s'est épris...

Contrairement aux transpositions de romans vers le cinéma, François Girard n'a pas eu à charcuter "Soie". Au contraire, il suit à la trace les écrits de Baricco en modifiant à peine quelques détails plus secondaires. Connu pour ses projets fastes, le réalisateur de Cargo a bénéficié d'un budget plus que confortable pour mettre en image une poésie lyrique qui a marqué de nombreuses personnes sur la planète. En réunissant tous les ingrédients du succès, le cinéaste a seulement oublié cette poudre magique qui transforme les bons films en chef-d'œuvre.

Outre les parallèles toujours judicieux et pertinents sur la peur de l'étranger, le récit prend deux tangentes opposées. Il y a le chemin du cœur et des sentiments. Les interprètes, convaincus et convaincants, se regardent avec passion et leurs désirs brûlent l'écran. Cependant, il n'est pas toujours aisé de s'attacher aux personnages. Alfred Molina et Koji Yakusho sont beaucoup plus charismatiques que les jeunes loups qui se dévorent dans l'attente et la contemplation. Les Pitt, Knightley et Ashina, plastiquement magnifiques, transportent difficilement l'émotion. À la fin du livre, les larmes coulaient à flot, ce qui n'est malheureusement pas le cas ici.

Ce détail important est toutefois noyé dans la mise en scène de Girard. Comme dans Le violon rouge, son style transcende difficilement. Ses cadrages sont classiques et l'utilisation d'une voix hors champ trahit la source littéraire. Pourtant, le créateur de Trente-deux films brefs sur Glenn Gould (sans doute son meilleur opus) n'a pas besoin de tours de passe-passe pour briller. Le souffle épique et romanesque est partout. Au lieu de tout expliquer, il laisse la magnifique trame sonore faire la discussion. En fait, les mots se font rares. Ils demeurent même superflus lorsque la découverte, le béguin, l'attente et la mort sont au rendez-vous. Et il y a bien entendu les paysages, les décors et le souci historique irréprochable qui captent rapidement la rétine pour ne plus la laisser tomber.

Dans cette apothéose de beauté qui séduit la rétine et renverse l'ouïe, les qualités techniques sont timides. Malgré cette photographie à couper le souffle, les contrastes demeurent trop sombres pour être appréciés correctement. Les couleurs sont cependant magistrales et l'image offre de beaux reflets singuliers. Le ricochet est le même sur le plan audio. La musique de Ryuichi Sakamoto est une des plus bouleversantes à avoir vu le jour depuis des lustres, sauf qu'il y a peu d'effets sonores qui ressortent des différentes enceintes. À part des oiseaux et du vent, il n'y a presque rien. Néanmoins, les voix s'entendent parfaitement, la traduction francophone est tout à fait recommandable (l'usage de la voix hors champs pourra toutefois en titiller plus d'un) et les sous-titres blancs demeurent très visibles. Cela se passe déjà mieux du côté de la pochette, romantique à souhait, qui montre un couple s'enlacer à côté d'une jeune femme nue en train de nager. Le menu principal du DVD multiplie les sublimes paysages sur une pièce instrumentale lancinante et mélodique à souhait.

Pour une œuvre aussi attendue, les suppléments sont loin d'être à la hauteur. Hormis la bande-annonce originale et de la publicité diverse, il n'y a que trois petits documentaires un peu trop courts. Le premier est une entrevue avec François Girard. Le cinéaste parle de l'adaptation et de l'histoire, expliquant le contexte historique et l'élaboration du scénario. Des bonnes informations amenées de façon peu excitante. Il y a ensuite une deuxième entrevue, cette fois avec Keira Knightley. La jeune actrice parle de son personnage, de l'époque et de ses acolytes masculins, revenant sur le sentiment amoureux et sur ces émotions si intenses qui peuvent être vécues. Entendre son accent délecte très souvent les oreilles! Il y a finalement un segment où Ryuichi Sakamoto compose la musique, dirige son orchestre et discute avec le réalisateur. Une percée dans un univers unique qui se termine beaucoup trop tôt.

À la fois magnifique et inspirant, "Soie" plaira autant aux adeptes de Baricco qu'à ceux qui ignorent tout de l'auteur italien. C'est sans doute un peu trop froid pour capter de façons pleinement satisfaisantes les émois amoureux, mais ce n'est pas catastrophique pour autant. Même si le roi est trop serré dans ses habits, s'il parait bien, le reste tend à avoir moins d'importance... Une belle romance, qui est toutefois loin d'avoir le même souffle épique que le supérieur Atonement.


Cotes

Film7
Présentation7
Suppléments4
Vidéo7
Audio7