James Stewart (1908-1997) fut certainement l'un des acteurs américains les plus marquants et les plus influents de sa génération. Sa carrière est exemplaire. S'étendant sur plus d'un demi-siècle, elle ne fut marquée par aucun faux-pas. Tant dans sa vie personnelle que professionnelle, Stewart était considéré comme un parfait gentleman. C'est probablement pour cette raison qu'il fut l'acteur fétiche d'un grand nombre de brillants réalisateurs, d'Alfred Hitchcock à Anthony Mann, en passant par John Ford et Frank Capra. Ainsi, il fut la vedette d'un nombre impressionnant de chefs-d'œuvre du cinéma. Il n'y a qu'à penser à It's a Wonderful Life, The Philadelphia Story, Vertigo ou encore à The Man Who Shot Liberty Valance.
De nombreux films de Stewart sont disponibles sur DVD. En fait, il pratiquement possible pour un fan de se procurer l'entièreté de son œuvre. Le présent coffret contient des pièces mineures de la filmographie de Stewart. Si vous vous intéressez vaguement à l'homme, je vous propose plutôt l'achat des films mentionnés plus haut. Par contre, si vous êtes un collectionneur, vous serez heureux de trouver sur le coffret au moins trois titres inédits et rarement vus à la télévision.
Pour les plus jeunes qui n'ont jamais vu Jimmy Stewart à l'œuvre, je le comparerais à Hugh Grant, tant dans son jeu que dans la personnalité qu'il dégage à l'écran. En effet, les deux acteurs excellent dans les rôles de grands dadais, souvent gauches et ahuris, mais éminemment touchants. De plus, les deux interprètes ont un registre de jeu très étendu. Ils peuvent être crédibles dans des rôles de doux autant que dans des personnages davantage endurcis.
Le principal avantage du présent coffret est justement de nous offrir un bel éventail des possibilités de Stewart. Il comprend un mélodrame, une comédie romantique, une comédie de situation, une biographie (genre dans lequel Stewart excellait) et un western. Voici maintenant un court résumé ainsi que mon impression sur chacun des cinq films:
Ce drame larmoyant, je le dis d'emblée, est le moins intéressant du lot. Margaret Sullavan, à l'époque au sommet de sa gloire, exigea d'avoir Stewart pour partenaire. Ne jouant que des rôles secondaires depuis le début de sa carrière, en 1935, Stewart accepte donc le rôle. Stewart et Sullavan interprètent Cicily et Christopher, un couple sans cesse séparé par les obligations professionnelles de l'autre conjoint. Monsieur est journaliste, madame est comédienne. Un ami du couple, Tommy (Ray Milland) viendra brouiller les cartes lorsqu'il se rapprochera dangereusement de madame qui s'ennuie à mourir. Mourir, c'est d'ailleurs ce qui arrivera à Christopher à la fin du film, mais pas sans que son épouse ne parvienne à le rejoindre juste à temps pour recueillir son dernier souffle. Ce film n'a qu'un but: faire pleurer Margot, mais avec des effets beaucoup trop appuyés. De plus, l'ensemble est verbeux et sans grand intérêt. Soulignons toutefois la chimie existant indéniablement entre les deux co-vedettes, qui feront plusieurs films ensemble, dont l'extraordinaire The Shop Around the Corner d'Ernst Lubitsch, dont je ne saurais trop vous conseiller l'acquisition.
Il s'agit ici d'une comédie romantique où le slapstick tient une grande place. Le film rappelle les fameuses "screwball comedies" des années 1930. Si Joan Fontaine ne semble pas très à l'aise dans ce genre de rôle qui convenait mieux à Katharine Hepburn ou à Jean Arthur, Jimmy Stewart, pour sa part, est fabuleux. Il joue le rôle de Marvin Payne, un pilote d'avion de marchandises qui se voit contraint, après bien des péripéties, de transporter des passagers ce qu'il évite habituellement de faire. Avec son associé (Eddie Albert), il tente de manœuvrer les caractères des différents passagers, ce qui ne sera pas chose facile. Pour ajouter à une situation déjà alambiquée, l'avion est pris dans une tempête et il doit atterrir en catastrophe. Parmi les passagers se trouve une riche héritière (Joan Fontaine), qui tente de fuir son nouvel époux. Plusieurs scènes sont d'une grande drôlerie et le scénario est fort solide. Bref, ce film est un très bon divertissement.
Stewart et Dan Duryea incarnent Steve Martin et Johnny Gambi, deux escrocs à la petite semaine dans cette pétillante comédie de situation. Stewart est le maillon sérieux et responsable du tandem. Il tente continuellement de se sortir du pétrin dans lequel l'insouciance de son associé l'entraîne. De plus, il trouve l'amour dans la personne de Stella Rigaud (Joanne Dru), la fille de l'homme qu'il tente de flouer. Il ne s'agit pas de la meilleure comédie dans laquelle Stewart ait joué, mais ce film demeure tout de même passablement divertissant.
Plusieurs fois au cours de sa carrière, Stewart interprète des personnages célèbres. On a qu'à penser à Monty Stratton, fameux joueur de baseball, à Wyatt Earp, héros de l'Ouest américain ou encore à l'aviateur Charles Lindberg. Ici, il est Glenn Miller, un musicien américain qui connut une carrière phénoménale durant l'entre-deux-guerres. Miller est surtout reconnu comme le compositeur de "Moonlight Serenade", l'un des standards du swing les plus connus dans le monde. June Allyson (décédée l'an dernier à l'âge de 89 ans), interprète la femme de Miller. Stewart et Allyson ont une grande complicité qui transparaît beaucoup à l'écran. Je ne suis pas un grand fan des biographies de musiciens, mais j'avoue que celle-ci est fort bien faite et nous fait passer un bon moment.
De loin le meilleur film du coffret, ce western réalisé par Andrew V. McLaglen permet à Stewart d'offrir certainement l'une des performances les plus émouvantes de sa carrière. Il interprète un veuf, père de six garçons et d'une fille qui habitent une ferme durant la guerre de Sécession. Le père a décidé que la guerre ne l'affecterait pas et que sa famille demeurerait neutre tout au long du conflit. Malheureusement, les événements finissent inévitablement par le rattraper. Son plus jeune fils est fait prisonnier par les Yankees, tandis que son fils aîné et sa bru sont tués par des pillards. Un autre de ses fils est également abattu par erreur par un jeune soldat sudiste inexpérimenté. Stewart rend à merveille la détresse du père bouleversé par la perte de ses enfants.
Les cinq films (les deux premiers en noir et blanc et les trois derniers en couleur) ont bénéficié d'un beau travail de restauration. Le son est également très bien. Seul "Next Time We Love" contient du grichement dans quelques scènes, mais rien de bien sérieux. Par contre, aucun supplément ne nous est offert. Ce coffret est véritablement un incontournable pour quiconque s'intéresse à Stewart. Le western "Shenandoah" vaut d'ailleurs à lui seul le coût du coffret.
| Film | 5/8/7/7/9 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |