Pour célébrer le centième anniversaire de naissance de John Wayne, de nombreux coffrets et éditions spéciales sont disponibles dans différents magasins qui sont spécialisés ou non. Une de ces collections s'intitule "John Wayne: Screen Legend Collection " et regroupe cinq œuvres du cow-boy le plus apprécié de l'Amérique.
Fidèle à son habitude, Cecil B. DeMille en met plein la vue dans "Reap the Wild Wind" (1942) où le ciel et la mer se déchirent. Mais comme c'est trop souvent le cas, la prémisse de ce souffle épique ne le méritait pas nécessairement. En 1840, les cœurs des marins Jack (John Wayne) et Stephen (Ray Millard) pompent pour la séduisante Paulette (Loxi Claiborne). Lorsque sa cousine disparaît après un naufrage, les deux amis adversaires tentent de découvrir pourquoi il y a autant de bateaux qui coulent. Ce film de corsaires ne possède pas les effets spéciaux à la Pirates of the Caribbean, sauf que sa psychologie des personnages est beaucoup plus soignée. Même s'il y a quelques longueurs, Millard et Wayne rivalisent de charme et si le combat semble inégal, la partie distingue difficilement un gagnant. Le mélange d'action, de rire et de très beaux paysages fait passer un agréable moment.
Il y a eu pas moins de cinq adaptations cinématographiques du livre de Rex Beach The Spoilers. La version réalisée par Ray Enright est probablement la plus luxueuse. Il est toujours question d'une mine d'or convoitée par de nombreux hommes et femmes dont la tenancière de bar Cherry (Marlene Dietrich), son ami de cœur coureur de jupons (John Wayne) et un commissaire aux pratiques douteuses (Randolph Scott). Ce chassé-croisé jouit d'une interprétation en verve de comédiens de hauts niveaux. Malgré les conventions du genre, les personnages évitent le manichéisme. Au contraire, ils sont très humains, et même pas toujours sérieux. Les dialogues offrent un humour mordant inhabituel qui est souvent le bienvenu. Et il y a une superbe confrontation finale qui n'a rien à envier à celle de Grindhouse.
"The War Wagon" (1967) de Burt Kennedy est un jubilatoire western traditionnel baignant allègrement dans l'action. John Wayne et Kirk Douglas incarnent les pires ennemis du monde qui décident de s'allier pour voler un important chargement d'or. Le seul véritable attrait de cette production aux situations souvent infantiles est le magnifique duo. Les acteurs passent leur temps à se battre et à s'engueuler et, même s'ils ont des desseins différents, ils doivent apprendre à cohabiter ensemble. Douglas est particulièrement cocasse avec son linge kitch et sa démarche de séducteur arrogant. Le filon a tôt fait d'être exploré et exploité, mais il demeure néanmoins divertissant.
Le "Hellfighters" d'Andrew V. McLaglen qui a vu le jour en 1968 est sans doute la matière première la plus chargée de ce coffret. En deux petites heures, Chance (John Wayne) se réconciliera avec sa femme (Vera Miles), il verra sa fille (Katherine Ross) se marier avec son associé séducteur Greg (Jim Hutton), sa compagnie combattra une multitude d'incendies pétroliers, son avion parcourra une bonne partie de la planète et il terminera son périple au Venezuela en plein pendant une guérilla pour éteindre cinq énormes feux! En laissant la vraisemblance au rancart, il est plus facile d'apprécier les élans explosifs et les individus qui cherchent à trouver l'équilibre entre le boulot et la vie familiale. L'interprétation dégagée, l'humour sans cabotinage et l'intensité dramatique sont au moins trois éléments qui séparent favorablement ce récit d'une variation encore plus abracadabrante et délurée répondant au doux nom d'Armageddon.
Les suites inutiles à la Evan Almighty ne datent pas d'hier. En 1969, John Wayne remportait son seul Oscar en carrière avec le sympathique "True Grit". Six années plus tard, la manne se rouvrait à nouveau avec des succès beaucoup moins intéressants en "Rooster Cogburn". Si Stuart Millar a remplacé Henry Hathaway derrière la caméra, les autres changements sont pratiquement imperfectibles. Il s'agit encore du classique canevas de l'imperturbable Rooster Cogburn (Wayne) qui aide une femme verbomotrice, la religieuse Eula Goodnight (Katharine Hepburn), à venger la mémoire de son père assassiné par des mécréants. Entre un humour répétitif et beaucoup trop de scènes d'armes, toute l'attention est portée sur la distribution. Effectivement, pour la première et seule fois en carrière, le chemin de John Wayne a croisé celui de la magnifique Katharine Hepburn. Si leur duo fonctionne, cela n'évite pourtant pas la variation de transporter le spectateur lentement, mais sûrement au royaume de l'indifférence.
Les premières images des longs-métrages laissent perplexes. Il y a énormément de grain et d'égratignures. Cinq minutes s'écoulent et il n'y en a presque plus! Que le tout soit en couleurs ou en noir et blanc, le rendu est plus que convenable. Les yeux sont bercés par les multiples teintes en Technicolor de "Reap the Wild Wind". Le bleu et le vert sortent aisément du lot. Sinon, ce sont les élégants contrastes de "The Spoilers" qui captivent. Dans tous les cas, il y a cependant un peu de blocage qui peut apparaître furtivement. La musique suit généralement l'action à la lettre pour signifier sa présence aux moments opportuns. Les voix sont faciles à saisir et les sous-titres anglophones blancs demeurent corrects. "Hellfighters" et "The Spoilers" sont les seules œuvres à ne pas posséder de pistes sonores francophones. La traduction française des autres productions est fort potable.
La grande déception de ce coffret est l'absence presque totale de suppléments. Il y a bien des bandes-annonces, mais c'est loin d'être la mer à boire. La pochette est élégante. Elle montre un John Wayne assez jeune et très bien habillé. Le menu principal du DVD reprend la même image sans y superposer de mouvements ou de mélodies. Les quatre récits figurent sur trois disques. Les boîtiers résument très sommairement les faits importants de la carrière d'une des stars les plus populaires du septième art.
La sélection des films figurant dans ce "John Wayne: Screen Legend Collection" sont loin d'être des classiques. Il n'y a rien de comparable à The Man Who Shot Liberty Valance ou à The Searchers. Néanmoins, ils sont essentiels pour les admirateurs du cow-boy le plus célèbre de l'Ouest.
| Film | 6/7/6/6/4 |
| Présentation | 2 |
| Suppléments | 1 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |