La carrière d'Orson Welles à la réalisation a débuté par des sommets pour chuter drastiquement. Son parcours en tant qu'acteur n'a pas eu le même succès, la célèbre figure étant souvent limitée à des œuvres bien mineures. Son dernier tour de piste s'est effectué en 1988 dans "Someone to Love" du cinéaste et scénariste Henry Jaglom. Ce chassé-croisé entre la fiction et la réalité avait tous les éléments pour intéresser. Pourtant, le résultat déçoit amèrement.
Un prestigieux théâtre doit fermer ses portes. Le réalisateur Danny (Henry Jaglom) est contre, mais son frère Mickey (Michael Emil) veut absolument transformer l'endroit en un énorme centre commercial. Comme la Saint-Valentin cogne à la porte, Danny décide d'envoyer une annonce à plusieurs célibataires afin de les convier dans ce lieu unique. Non seulement il pourra peut-être y rencontrer l'âme soeur, mais peut-être son frangin changera-t-il d'idée au contact de ces gens qui ont tant d'amour à donner.
La carrière d'Henry Jaglom s'étend depuis plus de quarante ans. Pourtant, cet homme n'a jamais connu d'œuvres importantes ou d'opus marquants. Il fait des films moyens avec un potentiel qui transcende très rarement l'étape du scénario pertinent. L'histoire se répète avec "Someone to Love". Encore une fois, il continue à parler d'art, de théâtre, de cinéma, de destin et d'amour. Il détruit la frontière en recréant littéralement une pièce filmée avec un narrateur omniscient (interprété par Orson Welles) et un "créancier" qui trouve cette existence inutile. Il demande à son propre frère Michael Emil de camper son frangin et Jaglom défend le protagoniste principal qui règle ses comptes avec tout le monde.
Cette idée brillante est cependant mal exploitée. Les interprètes livrent leurs répliques avec très peu d'émotion. Le cœur de l'ouvrage est ce verbiage incessant qui tourne rapidement en rond. Les gens parlent, discutent et rien de très pertinent n'émane de ces échanges. Non seulement l'humour est pratiquement inexistant, mais les répétitions apparaissent très rapidement. Il n'y a pas vraiment d'introduction et la conclusion se termine pratiquement sans aucune surprise. Pour une prémisse intrigante, il n'y a rien de très convaincant pour la matérialiser.
Les dialogues sont la pierre angulaire du long-métrage et aucun élément sonore ne vient les entraver. Parfois, le niveau des voix aurait pu être plus élevé, mais il y a toujours de très beaux sous-titres jaunes en anglais, en espagnol ou en portugais pour remédier à la situation. La musique apparaît la plupart du temps à l'écran et elle est souvent inutile. Quelques notes de piano et le tour est joué. Les aspects vidéo sont discrets, généralement assez corrects. Plusieurs égratignures font leur apparition sur la pellicule, ce qui est plutôt déplaisant. Le niveau des détails est solide et même si les couleurs semblent plutôt usées, elles sont adaptées à cette ambiance un peu morbide qui est de parler de son nombril pendant près de deux heures.
La pochette de ce récit verbeux est particulièrement horrible. Elle montre quelques visages, un décor simili-carton, des noms d'interprètes et une teinte saumon qui lève le cœur. Le menu principal du DVD reprend cette thématique. Rien ne bouge et aucune musique n'est présente. De quoi vouloir peser sur la touche "Arrêt" de la télécommande. Contrairement à ces petits films partiellement inconnus aux intérêts limités qui apparaissent soudainement sur le marché, ce théâtre de l'amour comporte un supplément. Il s'agit d'une piste de commentaires du réalisateur Henry Jaglom et de l'actrice Andrea Marcovicci qui interprète une femme tourmentée. Ce "couple" du film analyse les scènes en combinant la profondeur à la superficialité. Cela ne va pas loin, c'est pourtant mieux que rien.
Malgré ses atouts indéniables, "Someone to Love" demeure plus que banal. Il ne s'y passe strictement rien, les dialogues manquent d'attraits et les situations sont plus que convenues. Orson Welles incarne peut-être son dernier personnage, mais mieux vaut se rappeler de cet illustre cinéaste pour ses classiques importants qui ont marqué le septième art.
| Film | 5 |
| Présentation | 1 |
| Suppléments | 3 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 6 |