Je n'étais pas encore né lorsque la série du siècle a eu lieu. Toutefois, comme tout Canadien aimant le hockey, je connaissais les grandes lignes de cette fabuleuse aventure sans toutefois en connaître tous les détails. La série télévisée "Canada Russia '72" vient ainsi me permettre d'approfondir le sujet. Cette série n'est pas un documentaire. Tous les joueurs sont des acteurs pour ainsi faire revivre ce qu'on appelait à l'origine : "La série de l'amitié" et qui restera un des plus grands moments sportifs du Canada.
En 1972, Alan Eagleson (Judah Katz), alors directeur exécutif de l'association des joueurs de la LNH, organise avec la fédération de hockey russe, une série de huit rencontres entre les joueurs professionnels du Canada (ceux de la LNH seulement. Ceux de la nouvelle ligue mondiale étant exclus) et ceux de la Russie. Une série qui permettrait aux Russes d'apprendre comment se jouait le hockey nord américain. Une série que les Canadiens gagneraient les deux doigts dans le nez. Une série sans aucun enjeu politique. Erreur sur toute la ligne.
La série débute mal pour le Canada. Dans un forum de Montréal envahi par une chaleur accablante et du brouillard, les Canadiens prennent les devants à trente secondes du début de la première période grâce à Phil Esposito (David Berni). Une partie de plaisir, penseront plusieurs. Toutefois, Équipe Canada se fait surprendre par la vitesse et la bonne condition physique des Russes. Ken Dryden (Gabriel Hogan), le gardien d'office pour ce match, connaît une soirée difficile. Le Canada s'incline 7-3 et devient donc la honte dans le pays du hockey.
Les choses vont mieux dans le deuxième match à Toronto. Une victoire de 4-1 permet d'espérer un meilleur sort pour l'équipe canadienne. Toutefois, lors de la troisième partie à Winnipeg, ils laissent aller une avance facile pour finalement égaliser le match 4-4. C'est à Vancouver que tout se gâte. Une défaite de 5-3. La foule hue son équipe. Les joueurs, avec en tête Phil Esposito, ont le moral dans les talons et ne comprennent pas cette réaction dans leur pays. C'est plus que du hockey, c'est la guerre.
La série prend une pause de deux semaines durant lesquelles l'équipe canadienne joue quelques matchs hors-concours contre la Suède. Par la suite, ils se rendent à Moscou pour les quatre derniers matchs, accompagnés par près de 3000 fans et leur famille.
Les Canadiens laissent échapper une autre confortable avance dans le cinquième match, et ceux-ci ont maintenant le dos accolé au mur. La pression est énorme sur les joueurs d'équipe Canada et cela les impacte hors de la glace également. Certains joueurs, dont Vic Hadfield (Mike Dopud), insatisfait de leurs utilisations décide de quitter le navire avant qu'il ne coule. D'autres sont carrément obsédés par le fait qu'ils sont épiés par le gouvernement russe. Frank Mahovlich (Jeff Roop) est craintif et devient quelque peu paranoïaque. D'autres fouillent leurs chambres à la recherche de caméras ou de micros.
La partie six se joue âprement. Les Canadiens se plaignent des arbitres qui leur décernent des punitions à la pelletée. Ces arbitres sont le choix des Russes et un conflit diplomatique a failli éclater, les Canadiens refusant de jouer un match si le choix des arbitres n'était pas modifié. C'est aussi dans cette partie qu'un geste dégradant a eu lieu: Bobby Clarke (Jeff Bregar) frappe délibérément la cheville de Valery Kharmalov et celle-ci se fracture. Kharmalov était le meilleur joueur russe et il ne peut jamais s'en remettre pour le reste de la série. Le Canada poursuit sur sa lancée pour le septième match et l'emporte 4-3.
Arrive enfin l'ultime match. Avec une fiche de trois victoires et une nulle de chaque côté, le gagnant de ce match gagnera la série. Après deux périodes, les Russes mènent 5-3 et plusieurs croient que c'est la fin, mais des buts rapides d'Esposito et d'Yvan Cournoyer viennent niveler la marque. Avec quelques minutes à faire, la délégation russe vient annoncer aux Canadiens que si la série est nulle en terme de la partie, les Russes gagneront la série vu qu'ils ont marqué plus de buts. Cette déclaration rend les Canadiens fous de rage. Avec 34 secondes à faire, le but le plus important de l'histoire a été marqué. Paul Henderson (David Miller) devient un héros instantané en déjouant Tretiak.
La série "Canada Russia '72" est une série canadienne anglaise. De ce fait, les joueurs québécois sont pratiquement ignorés de cette adaptation. Seul Yvan Cournoyer est interprété par un comédien, soit par Louis-Philippe Dandenault et sa présence est très limitée. Où sont les Serge Savard, Gilbert Perreault, Jean Ratelle, Marcel Dionne, Jean-Paul Parisé, Guy Lapointe, Jocelyn Guèvremont, etc.? Il est vrai que certains n'ont pas joué un rôle très important dans le déroulement de la série, mais tout le monde s'entend pour dire que Savard a joué un rôle important tant sur la glace que dans le vestiaire. Avec lui dans l'alignement, l'équipe Canada n'a pas perdu un match. C'est à peine si on entend son nom une ou deux fois dans la description des parties.
En marge de cette revue, je me suis mis à la lecture de l'excellent livre La série du siècle de Simon Richard. Il m'a permis de comprendre beaucoup mieux le contexte de cet événement : la situation politique de l'époque, le pedigree des joueurs de l'équipe, le rôle des médias dans la couverture de la série, le rôle de Serge Savard, etc. L'auteur a fait de nombreuses recherches pour nous rapporter des faits intéressants. Un ajout indispensable pour ceux qui n'ont pas vécu cette période et qui veulent ajouter de la viande autour de l'os.
Sur le premier disque, on retrouve la version télé originale anglaise et doublée française. Celle-ci fait 184 minutes. Sur le deuxième disque, c'est la version intégrale en anglais seulement (sous-titré en français) qui occupe toute la place. Cette version fait neuf minutes de plus que la version télé (193 minutes). C'est sur le premier disque que l'on retrouve les pistes de commentaires regroupant le producteur/réalisateur TW Peacoke, de l'instructeur à l'époque Harry Sinden et d'Alan Eagleson. En général, les commentaires sont intéressants et permettent d'ajouter du contenu sur les événements de l'époque, particulièrement pour Sinden et Eagleson.
Le troisième disque comprend les suppléments. Premièrement, il est possible de visionner des scènes supprimées et des scènes étendues. Il y en a pas mal et certaines sont très intéressantes. Elle explique d'ailleurs certains détails en dehors du hockey, mais je comprends bien pourquoi ils ont dû couper les scènes en coulisse pour se concentrer sur les matchs. Ensuite, la section "Bloopers" regroupe quelques moments cocasses survenus durant le tournage. Étrangement, il y a seulement un blooper sur la patinoire. Je me serais attendu à plus.
Côté technique, ce n'est pas évident d'évaluer la qualité visuelle de la série. On a voulu donner un air des années 70 et cette série était faite pour la télé. Donc, il ne faut pas s'attendre à une image hyper claire et rayonnante. Toutefois, cette qualité d'image est très semblable à ce que pouvait voir à la télévision. Pour l'audio, la piste stéréo est correcte. C'est sûr qu'un peu d'ambiophonie pour les scènes de hockey aurait été géniale, mais cela ne nuit absolument pas à la série.
J'ai passé un excellent moment à visionner cette série télévisée. C'est un pan de l'histoire sportive canadienne qui nous est racontée. On peut y voir comment le hockey a évolué et je dois avouer que je me suis senti un peu mal à l'aise de voir les joueurs canadiens bûcher les adversaires, car ils n'arrivaient pas à suivre le rythme. L'adaptation télévisuelle est bien rendue et m'a permis de ressentir une partie de la tension et l'excitation que les fans de hockey ont pu vivre en ce mois de septembre 72. Un petit mot sur le très beau boîtier métallique dans lequel les trois DVD prennent place.
| Film | 8 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |