Cinderella Man
Universal Studios Home Video

Réalisateur: Ron Howard
Année: 2005
Classification: PG
Durée: 145 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51, DVS51), Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnol
Nombre de chapitres: 20
Nombre de disques: 1 (DVD-14)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Robert Bélanger
10 décembre 2005

Le peuple a toujours eu besoin de héros, particulièrement lorsqu'il est confronté à l'intolérance et l'injustice, ou à des conditions socio-économiques difficiles. Et ce rôle est souvent revenu à des athlètes qui, parfois malgré eux, ont réussi à transcender leur sport pour incarner l'espoir et les aspirations de la collectivité. Chez nous, on pense tout de suite à Maurice Richard, un homme simple qui, malgré son immense talent sur la patinoire, n'avait pas particulièrement l'étoffe d'un héros. Il l'est devenu en marge du sport, à cause du contexte social dans lequel il évoluait. Aux États-Unis pendant la Grande Dépression, des dizaines de millions d'Américains démunis avaient bien besoin d'une parcelle d'espoir à laquelle s'accrocher. Et, peu importe que cette parcelle ait quatre pattes comme Seabiscuit, ou deux comme James J. Braddock, son impact sur les passions qu'elle déchaîne est décuplé lorsqu'on la place dans la peau d'un négligé qui réussira à triompher en dépit d'obstacles en apparence insurmontables. L'histoire du "Cinderella Man" est à la fois universelle et, puisqu'elle personnifie le rêve américain, typique du folklore de nos voisins du sud. Qui de mieux alors pour la mettre en image que Ron Howard, le plus "américain" des réalisateurs hollywoodiens, qui retrouve ici le talentueux Russell Crowe, avec lequel il avait collaboré auparavant dans A Beautiful Mind.

En 1928, tout va pour le mieux pour le pugiliste Jim Braddock (Russell Crowe). Populaire et considéré comme un aspirant sérieux à un match de championnat, il vit confortablement avec sa famille au New Jersey. Mais la Grande Dépression frappe et au début des années 1930, Braddock a tout perdu. Comme des millions de ses concitoyens, il n'a pas d'argent pour payer les factures et peine à subvenir aux besoins de sa famille. Il accepte de se battre pour quelques dollars, perd contre des inconnus, se fracture une main et voit son accréditation de boxeur lui être retirée. Il se rendra sur les quais tous les matins dans l'espoir d'être l'un des chanceux embauchés pour la journée au salaire minimum et devra par la suite se résigner à vivre de l'assistance publique. Par chance, son ami et ancien manager Joe Gould (Paul Giamatti) lui déniche un combat contre un adversaire de taille, mais il sait fort bien qu'il servira de sac de sable en échange d'une bourse respectable. Inquiète, sa femme Mae (Renee Zellweger) ne veut pas voir ses enfants crever de faim, mais elle ne veut pas non plus voir son époux subir d'autres blessures. Contre toute attente, Braddock gagne et se verra offrir d'autres combats qu'il remportera également. Il affrontera finalement Max Baer (Craig Bierko), le champion en titre, un colosse redoutable qui a tué deux de ses adversaires sur le ring.

Je dois vous avouer que je n'avais pas beaucoup d'attentes relativement à "Cinderella Man" et ce, pour deux raisons. Tout d'abord, je connaissais déjà l'histoire de Jim Braddock ce qui diminue l'impact du film en particulier en ce qui a trait au dénouement. Il fallait alors un réalisateur avec une signature artistique distincte, capable de subtilité et d'originalité. Ce qui m'amène à mon second point, Ron Howard. Un cinéaste qui connaît toutes les ficelles du métier, mais qui est reconnu pour sa tendance à manipuler l'auditoire avec des excès de mélodrame. Je m'attendais donc à du travail bien fait, mais à un truc prévisible qui joue de façon grossière avec les émotions des spectateurs. Au final, j'ai été agréablement surpris! Howard réussit à dépeindre le désespoir qui a marqué la Grande Dépression avec retenue et en évitant la surenchère. Certaines scènes clefs le démontrent, comme celle où Braddock donne sa part de nourriture à sa fille qui a faim, en lui expliquant qu'il avait rêvé qu'il mangeait un gros steak et qu'il était donc rassasié. Ou encore, lorsqu'un journaliste lui demande, lors d'une conférence de presse, pourquoi il se bat encore à son âge, il répond tout simplement "milk". Un seul mot d'une éloquence suprême, qui souligne non seulement que les temps sont durs, mais qu'il ne se bat ni pour la gloire, ni pour l'argent, mais pour sa famille. La reconstitution méticuleuse de cette époque sombre est d'ailleurs rendue de façon viscérale par l'aspect granuleux des images aux tons gris et sépia qui accentuent la désolation. Howard ne retombe dans ses mauvaises habitudes qu'en deux ou trois endroits, où de courts retours en arrière inutiles accentuent la crainte de Mae pour la santé de Jim et le fait que la famille passe avant tout. De plus, il n'avait pas besoin de démoniser Max Baer au point d'en faire une sorte de Clubber Lang sorti tout droit de Rocky III. Dans la réalité, Baer était un boxeur dur, charismatique et flamboyant, mais qui portait l'étoile de David sur son short durant ses combats et qui aurait apparemment pleuré longuement la mort de deux de ses opposants sur le ring.

Ce qui nous amène aux scènes de boxe. Encore là, Howard n'invente rien, mais il a fait ses devoirs et a sûrement dû visionner Raging Bull plusieurs fois. L'atmosphère enfumée de l'amphithéâtre, l'énergie palpable dans la foule, la brutalité du sport, le travail du manager et des "hommes de coin", tous les éléments sont présents pour rendre l'expérience la plus réaliste possible. Même si je connaissais l'issue du combat final, j'étais presque debout sur mon siège! Seul bémol, le montage parfois très rapide ajoute du dynamisme aux combats, mais on a parfois de la difficulté à distinguer les deux pugilistes ce qui rend l'action un peu chaotique. Reste la distribution d'ensemble, impeccable. Russell Crowe se glisse avec une aisance remarquable dans la peau d'un Braddock intègre et digne, malgré le désespoir, et doté d'un esprit indomptable, alors que le très doué Paul Giamatti (Sideways) fait de Joe Gould un personnage complexe, qui cache son anxiété face à ses propres problèmes derrière une façade de vivacité et de bonne humeur. Les scènes entre les deux hommes sont un vrai régal. Renee Zellweger est également excellente dans le rôle de l'épouse amoureuse et forte, mais émotive, bien que son personnage soit moins développé. Malgré l'aspect caricatural imputable au scénario, mention honorable à Craig Bierko qui campe avec justesse un Max Baer antipathique et arrogant. Les amateurs de pugilat noteront également la présence du vénérable Angelo Dundee (associé pendant 21 ans à la carrière de Muhammad Ali), qui agit comme "cut man" dans le coin de Braddock et dont les services avaient été retenus comme consultant en matière de boxe.

La présentation vidéo est excellente. L'image est claire, la palette de couleurs est solide et le niveau des détails est à point. La granularité est voulue et donne à la pellicule un aspect vieillot qui sied bien à la recréation d'époque. Seules certaines scènes plus sombres manquent de définition et souffrent d'un rendu des noirs inadéquat. Je n'ai noté aucun problème de compression ou d'accentuation des contours. La piste audio est dynamique et jouit d'une excellente séparation des canaux. De nombreux effets ambiophoniques viennent souligner la fureur des combats, mais l'ambiance générale aurait bénéficié d'un peu plus d'appui des enceintes arrière. Les dialogues sont clairs et sans distorsion. Il faut noter l'inclusion d'une piste DVS (Descriptive Video Service) qui fournit la narration durant certains passages pour ceux qui souffrent d'un handicap visuel. Les menus, animés et accompagnés de musique, sont de facture classique et rendent bien l'esprit du film. Les options sont clairement identifiées et la navigation s'effectue aisément. Le boîtier simple, inséré dans une jaquette cartonnée, ne contient pas d'encart. La couverture n'est cependant pas très réussie. C'est comme si on avait hésité entre deux images et finalement choisi de n'utiliser que la moitié de chacune.

Côté suppléments, on débute avec un trio de pistes de commentaires avec le réalisateur Ron Howard, le scénariste Akiva Goldsman et le coscénariste Cliff Hollingsworth. C'est intéressant, mais il y a beaucoup trop de temps morts et beaucoup d'informations sont répétées ailleurs. Une seule piste avec les trois intervenants aurait été préférable. Les autres suppléments font environ 90 minutes au total et se retrouvent sur la face 'B' du disque. Ça existe encore les "flippers"? Passons... On commence avec quelques scènes retranchées ou étendues que l'on peut visionner avec ou sans les commentaires du réalisateur. Howard est toujours alerte et enjoué et ses explications sont claires et précises. Ensuite, "The Fight Card: Casting Cinderella Man" s'attarde au choix des acteurs. On y apprend que Russell Crowe avait ce projet en tête depuis longtemps et qu'il en avait fait part au réalisateur à plusieurs reprises pendant le tournage de "A Beautiful Mind". Dans "The Man, The Movie, The Legend: A Filmmaking Journey", Howard et Crowe nous parlent du développement du scénario et de la conception du film. Angelo Dundee fait son apparition dans "For the Record: A History in Boxing" et nous entretient de son expérience à titre de consultant et du réalisme des scènes de boxe. Par la suite, "Ringside Seats" nous propose quelques rounds du combat original entre Braddock et Max Baer avec les commentaires de Norman Mailer, écrivain et journaliste féru de boxe, et ceux de quelques artisans du film. Dans "Jim Braddock: The Friends and Family Behind the Legend", famille et amis de Braddock visitent le plateau et nous parlent de la vie et de la carrière de leur illustre parent. Pour terminer, "Cinderella Man Gallery Presented by Kodak" n'est rien d'autre qu'une pub inutile de Kodak.

"Cinderella Man" fait 145 minutes et on ne s'ennuie pas une seconde. On y retrouve pas la finesse de Million Dollar Baby ou la maîtrise artistique de Raging Bull, mais il s'agit d'une production solide à tous les niveaux. De plus, pas besoin d'être amateur de boxe pour apprécier puisque la force de Jim Braddock passait autant par son esprit que par ses poings. Cette édition est assez complète, mais ceux qui adorent le film et désirent en apprendre davantage peuvent se rabattre sur la Collector's Edition, qui offre un livret rempli d'informations et un second disque bourré de suppléments, tout cela dans une présentation très soignée. Seul problème, celle-ci est beaucoup plus dispendieuse!


Cotes

Film8
Présentation5
Suppléments8
Vidéo8
Audio8