Eight Men Out
MGM Home Entertainment

Réalisateur: John Sayles
Année: 1988
Classification: PG
Durée: 120 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51, Mono), Espagnol (Mono), Français (Mono)
Sous-titres: Anglais, Espagnol
Nombre de chapitres: 28
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Martin Gignac
30 mars 2008

Célébrant son vingtième anniversaire, "Eight Men Out" prouve qu'un film de baseball ne se limite pas seulement à avoir du plaisir et à frapper des balles le plus loin possible. En soignant au maximum son histoire et en l'inscrivant dans une réalité historique, cette adaptation soignée du roman d'Eliot Asinof s'avère un des meilleurs films sur ce sport si populaire en Amérique du Nord.

L'année 1919 allait faire scandale dans les annales du baseball et particulièrement au sein de la ville de Chicago. L'équipe locale, les White Sox, dominant en saison régulière, éveille les soupçons de journalistes en jouant de façon souvent médiocre lors de la grande finale. Peut-être que des joueurs, exaspérés par leurs faibles revenus, ont décidé d'écouter des parieurs et de tricher pour perdre... et récolter le gros lot. Entre l'honneur et l'argent, la place dans l'histoire et le besoin, la ligne est souvent mince. Surtout au sein d'une équipe divisée où quelques individus peuvent saborder toutes les chances de survie.

Inspirée d'une histoire vraie, "Eight Men Out" s'avère une œuvre sportive qui s'intéresse davantage aux rouages de l'industrie qu'au sport en lui-même. Le suspense ne tient donc pas à savoir si le héros sera le meilleur, mais à montrer une société en pleine ébullition qui se fait corrompre, troquant ses rêves et sa morale pour des biens matériels et financiers. Il n'y a donc peu de moments forts au sein de cette histoire bien menée qui s'étire toutefois un peu trop en longueur. L'intérêt est plutôt progressif, débutant dans une honnête description des athlètes, avant de montrer les choix qui les déchirent et les réactions des gens "normaux" lorsque le chat sort du sac.

Ce long-métrage est sans doute la production la plus populaire et accessible de John Sayles, un metteur en scène américain qui se spécialise dans le cinéma indépendant, comme en fait foi son extraordinaire Lone Star. Sa réalisation, très solide à défaut d'être académique, survole les enjeux avec beaucoup de souplesse. Sa direction artistique est également impressionnante. Il peut tout d'abord miser sur son acteur fétiche, David Strathairn, qui défend le rôle d'un lanceur torturé avec beaucoup de maestria. Et il y a ces jeunes pas toujours très connus à l'époque qui s'en sortent haut la main. Charlie Sheen à mille lieues de Major League, et surtout John Cusack qui n'a pratiquement pas changé depuis toutes ces années.

La magnifique recréation d'époque apporte beaucoup à la véracité de l'ensemble. Des costumes aux décors en passant par le support de vieilles photographies et de couleurs sépia, rien n'a été pris à la légère. Les teintes demeurent donc généralement sombres et ce, même si la qualité des contrastes est tout à fait appréciable. Du blocage et du grain peut toutefois apparaître à quelques rares occasions. Plus descriptive qu'autre chose, la musique s'avère généralement légère et volatile, souvent présente et parfois même franchement comique. En dehors des pistes sonores mono (dont une avec un français plus ou moins convaincant), celle en anglais en Dolby Digital 5.1 n'est pas trop envahissante. Au contraire, elle ne fait que ressortir des bruits lourds et des applaudissements des différentes enceintes. Les voix demeurant généralement compréhensibles, il y a d'honnêtes sous-titres blancs disponibles pour les personnes qui en ressentent le besoin.

En montrant de simples joueurs au visage crispé, la pochette retransmet bien l'état psychologique des personnages. Le menu principal du DVD est rempli d'extraits du long-métrage, avec une disposition rappelant un journal et de la musique jazzée. Tout pour camper favorablement l'atmosphère. Pour cette édition anniversaire, les suppléments sont détaillés et très révélateurs. Un gros documentaire d'une heure est séparé en deux sections distinctes qui abordent le processus de création, la sélection des producteurs, le souci historique, le travail des interprètes pour ressembler aux joueurs existants et pour apprendre le sport. Le plaisir continue avec un autre long segment de 36 minutes où l'auteur retourne dans le temps, examinant en détail les faits et les réactions, parlant au passage de son écriture et des répercussions des évènements dans la société. Hormis un inutile trois minutes où le comédien D.B. Sweeney discute du bâton de Joe Jackson, le tout se complète avec une fascinante piste de commentaires du réalisateur. Le créateur de Limbo ne ménage pas ses mots et ce qu'il dit n'est jamais fortuit. Il s'attarde au moment présent en parlant de son scénario, complétant les précédents documentaires déjà présents sur le disque.

Loin du divertissement bête et facile, "Eight Men Out" privilégie le dialogue à l'action, les déchirements intérieurs aux explications peu crédibles. Tout est dans la mise en scène, le soin apporté à l'époque et la composition des interprètes. De gros avantages comparatifs qui sont alimentés par des bonus généralement intéressants et pertinents. Voilà peut-être bien le film de baseball le plus sous-estimé à être sorti des studios américains depuis plusieurs décennies.


Cotes

Film7
Présentation7
Suppléments8
Vidéo7
Audio7