L'état de l'Indiana fut le 19e état à se joindre à la confédération des États-Unis en 1816. Bordé par le Michigan au nord, l'Ohio à l'est, le Kentucky au sud et l'Illinois à l'ouest, cet ancien territoire indien, d'où il puise son nom, possède un large bassin de population qui vit dans des petites villes et en campagne. Connu sous le sobriquet de "Hoosier State", l'état de l'Indiana est très ancré dans le conservatisme des valeurs traditionnelles et dans la religion. Si vous demandez aux habitants de l'Indiana l'origine du mot "Hoosier", certains vous diront que c'est un dérivé du mot français "hussard" (l'Indiana fût occupé par les Français au 18e siècle), d'autres vous diront que c'est un dérivé des mots "Who's here" ou bien un dérivé du mot "Hoozer" utilisé pour désigner certains bûcherons anglais. Si son origine demeure nébuleuse, tous vous diront par contre qu'un "Hoosier" c'est la façon que l'on désigne un habitant de l'Indiana. C'est d'ailleurs sous ce nom que les équipes sportives de l'université de l'Indiana répondent et parmi les sports pratiqués, le basket-ball se détache largement du peloton étant perçu comme une véritable religion.
Le film "Hoosiers" parle de cette passion pour le ballon rond. Réalisé par David Anspaugh d'après une histoire d'Angelo Pizzo, ce film raconte l'incroyable et improbable parcours d'une équipe de basket-ball de niveau secondaire au début des années 1950. Norman Dale (Gene Hackman) est un ancien entraîneur traînant un passé sportif entaché et qui a passé les douze dernières années de sa vie à travailler dans la marine. Il accepte l'offre d'un vieil ami pour revenir entraîner une petite école perdue dans les confins de l'Indiana, suite à la mort de l'entraîneur en place. Utilisant des méthodes d'entraînement basées sur le travail d'équipe, la condition physique et le contrôle du ballon, il aura à briser ses jeunes joueurs et les rebâtir en les modelant à son concept d'équipe. Pendant ce temps, Jimmy, le jeune prodige de basket-ball refuse de jouer pour l'équipe préférant continuer à faire le deuil de son ancien entraîneur et tuteur. Norman devra composer avec une équipe qui possède peu de joueurs dont certains sont récalcitrants à ses méthodes, avec une vedette qui n'a plus le goût du basket-ball et avec une communauté qui veut sa tête suite aux timides succès du début de saison. Pour faire face à tous ces problèmes, il recrutera le plus improbable des adjoints en s'associant à Shooter (Dennis Hooper), galvaudeux et alcoolique notoire dont le fils est un des joueurs de l'équipe.
Ce film puise son inspiration de l'inimaginable saison que connut la petite équipe de l'école secondaire de Milan en 1954 en remportant le championnat de l'état de l'Indiana contre toute attente. Mais derrière cette fable de David contre Goliath se cache un film d'une redoutable efficacité qui nous parle d'espoir, de secondes chances et de la promiscuité inhérente aux petites villes en passant par le conservatisme de ces citoyens et de leur réticence aux changements et du dilemme de vie qui les guettent, celui de passer une vie bâclée à regarder les saisons défiler en connaissant d'avance la routine corrosive qui les attend ou celui d'ouvrir la porte du changement et de tenter sa chance. La reconstitution des années 1950 et le tableau tissé de ce coin de pays sans âge sont faits de mains de maître. Les images de la campagne, des fermes, des forêts de noyers et de cette petite ville résument admirablement bien ce à quoi devait ressembler la vie à Milan à cette époque. Quant à la distribution, elle est simplement impeccable. Gene Hackman est criant de réalisme dans le rôle de l'entraîneur Norman Dale et Dennis Hooper en dipsomane tentant désespérément de frayer son chemin à travers les remous sociaux pour retrouver un équilibre, l'est tout autant. D'ailleurs, sa prestation lui a valu sa seule nomination en tant qu'acteur aux Oscars, et ce à titre de meilleur acteur de soutien lors de la remise de 1987.
Ce film profite d'un nouveau transfert anamorphique de haute définition qui vient corriger les problèmes de compression de l'ancien, entre autre les halos et les renforcements des contours. De plus, les couleurs sont plus belles et naturelles que jamais. Seul un petit problème de granulosité perdure sur certains segments, mais dans l'ensemble ce transfert est d'une qualité très correcte. Côté audio, on nous propose une trame Dolby Digital 5.1 rematricée à partir de la trame originale 2.0. Celle-ci souffre de spatialité, car la majorité du débit sonore passe strictement par les enceintes avant. Seuls certains timides effets ambiants et les segments musicaux (splendide musique de Jerry Goldsmith) se propagent vers l'arrière. De plus, son dynamisme aurait pu être amélioré, car le niveau sonore est faible et que l'on doit remonter le volume de l'amplificateur pour trouver son compte. Les dialogues demeurent cependant facilement audibles et aucun bruit de fond ou autres parasites ne sont présents.
Un très beau menu montrant certains segments du film sur une splendide musique est une très belle carte d'invitation. Les suppléments sont répartis sur les deux disques et le premier renferme une trame de commentaires faite conjointement par les géniteurs du film soit David Anspaugh et Angelo Pizzo. On y parle de toutes les étapes de la conception du film en prenant soin de pointer les références faites aux vrais évènements qui se sont passés en 1954. Nous sentons le vent de la complicité souffler dans cette trame très divertissante. Quelques bandes-annonces, dont celle du film, complètent les bonis du premier disque. Le deuxième disque propose une revuette intitulée "Hoosier History: The Truth Behind the Legend" qui nous explique comment cette aventure a débuté, on prend le temps de séparer les faits et la fiction et on nous glisse plusieurs anecdotes sur le tournage comme celui qui nous parle de l'implication de Jack Nicholson qui voulait faire le rôle principal et qui a permis au film de se matérialiser grâce à son intérêt au projet. Un horaire trop chargé lui empêcha cependant de tenir ce rôle que Gene Hackman se chargea d'immortaliser. Une série de quatorze scènes retranchées avoisinant les trente minutes nous permettent de mieux cerner certains personnages et relations et valent certes le détour d'être visionnées. Elles sont commentées par le duo réalisateur/écrivain au besoin et peuvent être lancées en cascade. Comme autre extra, la vraie partie qui eut lieu en 1954 entre l'école de Milan et celle de Muncie peut être revue en entier, mais son visionnement repousse les limites de ce que l'œil et l'oreille peuvent endurer. Rarement ai-je vu un document vidéo aussi abîmé. Les fans de basket-ball pourront par contre constater le genre de basket-ball qui se jouait durant ces années où aucune règle de temps n'existait pour forcer un tir au panier (ce qui expliquait en partie pourquoi les pointages étaient bas), où les "Slam-Dunks" n'existaient pas et où plusieurs tirs de lancers francs se faisaient en lançant le ballon par en dessous. Une galerie de photos complète les suppléments du deuxième disque. J'aimerais souligner l'attention particulière apportée à la confection de cette édition spéciale au niveau de sa présentation. Une jaquette à l'effigie d'un ballon de basket-ball et possédant sa texture est très agréable à l'œil et au toucher. Le "Digipack" qui se dissimule à l'intérieur se déplie un peu comme un livre et est orné de plusieurs images provenant du film. Bref, un très beau concept qui colle au film comme une seconde peau, mais qui aurait pu être bonifié d'un livret ou d'un encart.
"Hoosiers" est encore considéré aujourd'hui comme un des plus grands films de sport jamais réalisé et il occupe toujours la plus haute marche du podium dans mon cœur. Rarement un film traitant du monde du sport a réussi à transcender le genre en évitant de tomber dans le sensationnalisme et en pouvant se greffer à un contexte social et d'époque qui viennent nous émerveiller et nous émouvoir. Je vous recommande plus que chaudement de vous procurer ce classique du 7e art.
| Film | 9 |
| Menu | 7 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |