Million Dollar Baby
2-Disc Widescreen Edition
Warner Home Video

Réalisateur: Clint Eastwood
Année: 2004
Classification: PG
Durée: 132 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnol
Nombre de chapitres: 37
Nombre de disques: 2 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Robert Bélanger
21 juillet 2005

De The Champ jusqu'à Raging Bull, en passant par Requiem for a Heavyweight, Fat City et Rocky, l'utilisation au cinéma du ring de boxe comme métaphore sur la vie est presque aussi vieille qu'Hollywood elle-même. Mais Clint Eastwood ne fait pas ici que recycler les conventions de ce sous-genre vénérable, il le réinvente en posant un regard neuf et lucide sur l'environnement et les personnages, et se l'approprie en y insufflant sa philosophie du "outsider" solitaire dont l'éthique basée sur les codes d'honneur personnels le place en marge de la société corrompue qu'il habite. "Million Dollar Baby" comporte des personnages très forts, mais ne les glorifie jamais. Son histoire est merveilleuse, mais n'essaie jamais d'impressionner. La direction photo, la trame musicale et la réalisation sont superbes et servent admirablement le propos, sans tape-à-l'oeil ni fioritures. Clint Eastwood, à sa 25e réalisation, nous offre ici une oeuvre empreinte de passion, cohérente et magistrale, sans contredit le meilleur cru de 2004 et l'un des films les plus achevés des 10 dernières années.

Frankie Dunn (Clint Eastwood), un entraîneur vieillissant et aussi bourru que son gymnase est décrépit, enseigne le pugilat à de jeunes boxeurs sans grand talent sous le regard vif et souvent amusé de son vieil ami et ancien protégé Eddie "Scrap-Iron" Dupris (Morgan Freeman), qui s'occupe de l'entretien des lieux. Quand Maggie Fitzgerald (Hilary Swank), une jeune femme au début de la trentaine que la vie n'a pas épargnée, arrive au gymnase et demande à Frankie de l'entraîner, celui-ci lui répondra sèchement: "I don't train girls". Mais lorsque son boxeur le plus talentueux le quitte et, impressionné par la fougue et la détermination de Maggie, il finira par accepter de la prendre sous son aile. S'inspirant l'un l'autre autant qu'ils s'exaspèrent, ils découvriront qu'ils partagent le même esprit indomptable qui transcende leur passé douloureux et retrouveront dans leur relation un sens de la famille absent de leurs vies depuis fort longtemps. Ils devront cependant livrer une bataille qui leur demandera plus de coeur et de courage que toutes celles qu'ils ont connues auparavant.

"Obey my commands and protect yourselves at all times" dira l'arbitre aux deux boxeurs au centre du ring avant que la cloche ne sonne et que le combat s'amorce. Obéissez à mes directives et protégez-vous en tout temps, tel est aussi le credo qui résume la vie de Frankie Dunn, jusqu'à ce qu'il rencontre Maggie Fitzgerald. Frankie se protège lui-même, autant qu'il protège ses boxeurs. Il se protège des blessures du passé en s'enfermant dans une prison intérieure de laquelle il a jeté la clef. Frankie voit tout en noir et blanc et n'est pas très porté sur les nuances. "Bleach is bleach"... C'est au contact de Maggie, aussi têtue que lui, que la transformation de Frankie se fera et qu'il s'apercevra que toutes les marques d'eau de javel n'ont pas la même odeur. La décision difficile qu'il devra prendre vers la fin du film découle directement de ce cheminement. Clint Eastwood se sert donc de cette allégorie sur la boxe pour explorer les thèmes de l'espoir, de la foi, du sacrifice, de la rédemption, de la persistance et de la loyauté, sans jamais donner l'impression qu'il nous fait la morale. Maître de l'omission et du non-dit, il fait confiance à l'intelligence et à l'imagination du spectateur qu'il laisse naviguer en zones grises. Parce que, contrairement au personnage qu'il incarne, tout n'est pas noir ou blanc pour le réalisateur. Sa version de la vérité se situe quelque part dans les ombres qui se meuvent entre la lumière et la noirceur et reflète la complexité de l'existence.

On pourrait discuter longuement de la qualité du scénario, de l'interprétation, de la cinématographie et de la réalisation, mais tout a déjà été dit à ce sujet et tous les éloges sont amplement mérités. "Million Dollar Baby" est vraiment un film fantastique.

Le transfert vidéo est impressionnant. La palette de couleurs sombres jouit d'une très belle présentation et la richesse de l'étalement des noirs offre un merveilleux contraste avec les blancs et les gris. Les quelques scènes proposant des couleurs plus vibrantes sont claires et éclatantes. La saturation des couleurs est parfaite et le niveau des détails est superbe. Un très léger problème d'accentuation des contours est perceptible par endroits, mais est tellement minime qu'il passera inaperçu pour la plupart des spectateurs. La piste audio propose un registre dynamique dont l'étendue lui permet d'être aussi efficace lors des combats de boxe que pendant les scènes plus intimistes. La séparation des canaux est nette et les enceintes arrière s'activent en douceur pour supporter l'ambiance générale et se montrent plus agressives lors des combats. Le haut-parleur des graves entre alors en scène pour nous faire ressentir l'impact de chacun des coups de poing. Les dialogues sont toujours clairs et distincts. La présentation de cette édition double-disque est standard, le boîtier ne contenant pas d'encart. Une édition plus élaborée qui comprend un troisième disque (la bande sonore) est également disponible. Les menus sont animés d'extraits du film et accompagnés de la très belle musique aux accents mélancoliques écrite par Clint Eastwood lui-même.

Les suppléments se retrouvent sur le second disque et, si l'on considère qu'il y en a environ pour une heure, on ne peut pas dire que l'on soit gâté à ce niveau. On aurait souhaité à tout le moins une piste audio commentaire avec le réalisateur, le scénariste et le directeur photo, mais celle-ci fait cruellement défaut. Pour débuter, nous avons droit à la revuette "Born to Fight" où l'actrice et pugiliste professionnelle Lucia Rijker (qui tient le rôle de "Billie The Blue Bear") nous parle de son sport et trace des parallèles entre sa vie et celle de Maggie Fitzgerald. Plusieurs extraits du film soulignent son propos et quelques autres intervenants dont Clint Eastwood, Hillary Swank, Morgan Freeman viennent ajouter leur grain de sel. Intéressant et informatif. Ensuite, la revuette "The Producers Round 15" se sert de la même formule mêlant extraits du film et entrevues, mais se concentre cette fois sur le scénario et la difficulté de transposer le roman Rope Burns de F.X. Toole à l'écran. Les participants incluent les producteurs Albert S. Ruddy et Tom Rosenberg, ainsi que le scénariste Paul Haggis. Moins captivant que le segment précédent. Pour terminer, dans "James Lipton Takes on Three", le célèbre intervieweur de l'émission "Inside the Actor's Studio" s'entretient avec Eastwood, Swank et Freeman. L'entrevue se déroule le lendemain de la soirée qui a valu au film quatre Oscars, dont celui du meilleur film de l'année 2004. Le style parfois prétentieux de Mr Lipton ne plaira pas à tout le monde, sans compter qu'il semble se complaire ici dans la banalité.

Que dire de plus? Rien, sauf que Clint Eastwood est comme le bon vin et qu'il vient de nous offrir, à 75 ans, un film sublime qui nous propose la vision d'un artiste en pleine possession de ses moyens. Espérons qu'il continue à travailler jusqu'à 100 ans!


Cotes

Film10
Présentation6
Suppléments6
Vidéo9
Audio9