Unforgivable Blackness
PBS Home Video / Paramount Home Entertainment

Réalisateur: Ken Burns
Année: 2004
Classification: PG
Durée: minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51)
Sous-titres:
Nombre de chapitres: 20
Nombre de disques: 2 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Robert Bélanger
15 janvier 2005

Après l'excellent documentaire The Fight qui nous plongeait dans le contexte socio-politique des années précédant la Deuxième Guerre mondiale et nous faisait vivre le cheminement de Joe Louis et de Max Schmelling jusqu'à leur combat historique du 22 juin 1938, voilà que PBS Home Video récidive avec "Unforgivable Blackness: The Rise and Fall of Jack Johnson", une fascinante biographie d'un personnage plus grand que nature, déterminé à vivre sa vie comme il l'entendait en dépit des contraintes imposées par l'Amérique aux gens de sa race, et qui devint le premier Afro-Américain à conquérir le titre convoité de champion du monde des poids lourds.

Né à Galveston au Texas en 1878, Jack Johnson se mit au pugilat à l'adolescence. La boxe était à cette époque un sport relativement nouveau et peu réglementé (les combats de 20, 25 et même de 40 rounds étaient courants!), qui était banni dans plusieurs états. Les noirs pouvaient affronter des blancs, mais jamais lors des combats de championnat qui demeuraient le domaine exclusif ces derniers, pas parce que les boxeurs de couleur manquaient de talent, mais tout simplement parce qu'ils étaient noirs. Johnson n'en avait cure, il voulait se battre pour le titre des poids lourds. Pendant 14 ans, Johnson se fit un nom et amassa des sommes considérables en gagnant facilement tous ses combats, mais le champion en titre, Jim Jeffries, refusa toujours de l'affronter et se retira invaincu. En 1908, le nouveau champion Tommy Burns accepta de rencontrer Johnson en Australie pour 30,000$, une somme mirobolante pour l'époque. Johnson s'amusa à démolir lentement Burns jusqu'à ce que l'arbitre arrête le combat au 14e round. Son rêve venait de se réaliser, il était champion du monde. La presse accueillit le résultat comme une apocalypse et les blancs se mirent immédiatement à la recherche du "grand espoir blanc" qui pourrait reconquérir le titre. Ne trouvant personne de calibre, ils parvinrent à convaincre Jim Jeffries de sortir de sa retraite et la "bataille du siècle" eut lieu à Reno au Nevada, le 4 juillet 1910. Johnson l'emporta par KO au 15e round et le résultat enflamma l'Amérique. De violentes émeutes se déclarèrent au travers du pays et firent des centaines de morts, majoritairement au sein de la population noire.

Encore plus troublant pour l'Amérique blanche que ses succès sur le ring, furent les relations que Johnson entretenait avec des femmes blanches à une époque où un noir pouvait se faire lyncher seulement pour avoir osé regarder une blanche un peu de travers. Loin de se cacher, Johnson voyageait et se pavanait au bras d'une ou de plusieurs prostituées blanches. Il épousa éventuellement Etta Duryea, une blanche de bonne famille, mais leur relation était mouvementée. Johnson buvait et la laissait croupir dans sa chambre d'hôtel pendant qu'il faisait la fête en compagnie d'autres femmes. Elle sombra dans une profonde dépression et se suicida en 1912. Johnson se remaria trois mois plus tard avec Lucille Cameron, une autre blanche et ex-prostituée. En 1910, le Congrès avait institué le "Mann Act", une loi qui interdisait le transport de femmes entre les États "à des fins de prostitution, de débaucherie et autres actes immoraux". Cette loi était évidemment destinée à lutter contre le vice commercialisé, mais le gouvernement américain, qui n'était pas parvenu à se débarrasser de Johnson sur le ring, restait déterminé à le faire payer pour ses succès et son mode de vie.

Ken Burns revisite ici un thème qu'il a abordé plusieurs fois auparavant dans les documentaires The Civil War, Baseball et Jazz, celui du racisme et de la lutte pour les droits civiques. Utilisant le style qu'on lui connaît, il mélange photos, films d'archives, entrevues et lecture de textes historique par des acteurs, le tout appuyé par l'excellente trame musicale de Wynton Marsalis, pour nous offrir le portrait captivant d'un homme et d'une époque où les noirs luttaient pour obtenir un minimum de droits en termes d'égalité. Et il y parvient de façon admirable à cause de la qualité des intervenants (experts en boxe, historiens, écrivains) et des acteurs choisis pour la narration (Samuel L. Jackson, Ed Harris, Amy Madigan, Joe Bob Thornton), qui font résonner les images d'une Amérique trouble, aux prises avec les conflits raciaux. On embarque rapidement dans ce voyage dans le temps et, 220 minutes plus tard, on ne s'est pas ennuyé une seconde.

Comme on peut s'y attendre, la qualité vidéo varie grandement tout au long de la présentation. L'image des extraits de films d'archives en noir et blanc laisse à désirer, mais je doute que les standards de l'époque aient pu nous offrir mieux! Les segments d'entrevues par contre sont de très bonne qualité. L'image est toujours claire, les couleurs naturelles et le niveau des contrastes est adéquat. Côté sonore, les films d'archives souffrent évidemment de distorsion, mais la narration, la lecture de textes ainsi que les entrevues offrent une qualité quasi irréprochable. Comme il y a peu d'effets ambiophoniques, sauf pour quelques bruits d'ambiance qui viennent appuyer les images fixes, l'activité est concentrée en majeure partie dans les enceintes avant. La trame musicale est enveloppante, mais jamais écrasante. Les menus sont statiques, sans accompagnement musical et faciles à naviguer.

Quelques suppléments sont également offerts. En premier lieu, dans "The Making of Unforgivable Blackness", Ken Burns nous parle de sa fascination pour l'histoire américaine et le thème du racisme. Le réalisateur, le producteur, le responsable du montage et le scénariste nous entretiennent également de la genèse du projet, de la recherche intensive pour trouver les films et photos d'archives, du choix des intervenants et du processus d'intégration des entrevues au scénario, de l'importance du choix des acteurs pour la narration et la lecture de textes et de l'importance de la musique avec la participation du compositeur Wynton Marsalis.

Captivant et informatif. On retrouve également neuf scènes retranchées commentées ainsi qu'un vidéoclip qui nous offre des extraits de la trame musicale sur fond d'images du film et de scènes d'enregistrement en studio.

Après la victoire de Jack Johnson sur Jim Jeffries, le New York Times écrivit: "Un mot pour l'homme noir. Ne pointe pas ton nez trop haut, ne te bombe pas trop le torse, ne te vante pas trop fort, ne laisse pas tes ambitions devenir démesurées ou prendre une mauvaise direction. N'oublie pas que tu n'as rien accompli." Jack Johnson ne se souciait pas de la couleur de sa peau, il se souciait d'être libre.


Cotes

Film9
Menu5
Suppléments6
Vidéo7
Audio7