Les films de boxe se suivent et ne se ressemblent pas. Ils arrivent toutefois à s'échapper des modèles anglais et américains. Dernièrement, le Québec s'est permis une excursion dans le genre avec La ligne brisée. De façon plus marginale a cependant été distribuée "Poor Boy's Game", une œuvre canadienne nettement plus développée et intéressante que son compatriote de la Belle Province.
Donnie (Rossif Sutherland) vient de sortir de prison. Il a passé dix années de son existence à l'ombre pour avoir battu et rendu handicapé un homme noir. Une fois à l'extérieur, il renoue avec ses amis et sa famille. En parallèle se trouvent le survivant et son entourage, dont un père (Danny Glover) qui continue de se battre. Il doit affronter et maîtriser les démons de son passé lorsque le pugiliste assoiffé de vengeance Ossie (Flex Alexander) défie Donnie à un combat de boxe. L'occasion est belle de se remettre en santé, de rompre avec le sort du destin, de devenir une meilleure personne et de faire un peu d'argent au passage...
Après son très ordinaire Lie With Me, le cinéaste Clement Virgo revient à une forme de cinéma beaucoup plus intéressante, cette fois basée sur la pertinence de son scénario. Contrairement aux Rocky et à ses nombreux ersatz, la boxe n'est ici qu'un simple prétexte. L'important est d'explorer les méandres de la vengeance en scrutant les âmes des êtres touchés par ces dommages collatéraux. Ce qui aurait pu être un nouveau Crossing Guard se transforme très rapidement en quête personnelle sur la tribu. Les familles de l'accusé et de sa victime sont montrées avec nuances, dévoilant au passage les luttes de pouvoir des uns sur les autres, tel cet oncle sur ses progénitures, rappelant au passage le très bon The Yards de James Gray.
"Poor Boy's Game" est également un long-métrage sur le racisme (particulièrement sur la communauté d'Africville située au nord de Halifax), s'avérant plus convaincant que son collègue canadien Steel Toes qui est sorti sur les écrans au même moment. Dans ces univers souvent malsains, les bons et les méchants sont souvent indissociables malgré la couleur de leur peau. Un constat social qui tend à mettre K.O. ces combats de boxe pas toujours crédibles et ces retournements de situations à la limite du mélo et de la vraisemblance. Au centre de ces maux et de cette moralité qui doit souvent être mise à rude épreuve se trouvent des acteurs émus par les évènements. Mélancolique à souhait, Danny Glover sait laisser la place à Rossif Sutherland (le demi-frère de Kiefer) qui offre un jeu très physique.
Les images sombres définissent l'état psychologique des protagonistes. Tout semble lourd, suffocant. Les couleurs sont dans des tons peu éclatants (gris, vert, bleu), laissant parfois échapper quelques éclairages plus lumineux. La qualité des contrastes n'est cependant pas au point (les scènes dans la pénombre sont beaucoup trop noires), alors que du grain et du blocage peuvent apparaître en quelques occasions. La musique se positionne également dans des climats sourds et obsédants, comme cette tension maximisée par des bruits diffus. Le reste de la bande son distille des chansons pop, hip-hop et dansantes, offrant parfois des mélodies instrumentales plus onctueuses. Les pistes sonores en anglais et en français sont en Dolby Digital. 5.1 et elles sont suffisamment développées pour recréer une atmosphère d'oppression, rendant palpables des sons de voitures, d'oiseaux et de cris de foule. Les voix très claires et la traduction généralement réussie (sauf peut-être pour le titre plus ordinaire, "La justice du ring") compensent cette absence totale de sous-titre.
La pochette un peu quelconque n'est pas particulièrement rassembleuse. Elle montre les deux principaux interprètes avec un ring au milieu. La lumière blanche semble éclairer les ténèbres, guidant les esprits perdus. Le menu principal du DVD est à peine plus attrayant. Il n'y a qu'une paire de gants statique. La mélodie présente est néanmoins intéressante. En guise de suppléments, il est facile de passer par-dessus cette bande-annonce originale, cette galerie de 27 photos et ce vidéoclip un peu trop sucré et appuyé pour se concentrer sur cette fascinante entrevue de 29 minutes avec Danny Glover. Peu importe les longueurs et la réalisation médiocre, ce qui fascine sont les mots de l'ancienne vedette des Lethal Weapon qui aborde avec passion les thèmes et les personnages de cette histoire qui semble beaucoup l'intéresser.
Même si son héros se nomme Donnie Rose (prononcé rapidement, cela rappelle De Niro, la tête d'affiche du meilleur film de boxe Raging Bull), "Poor Boy's Game" n'a jamais eu la prétention de se mesurer à l'excellent opus de Martin Scorsese. Au contraire, Clement Virgo aborde les combats par la porte de côté, montrant comment un homme doit suer et se faire insulter pour se racheter le moindrement. Malgré ses fautes et ses largesses, l'œuvre se veut généralement solide et attrayante, portée par un scénario solide - qui est parfois même imprévisible (le combat final) - et de très bons comédiens convaincus.
| Film | 7 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |