Stanley Earl Kramer fut pour moi, l'un des plus grands du septième art. Il fut non seulement un excellent réalisateur, mais également un producteur prolifique. Il est difficile de parler de ce metteur en scène sans faire une courte biographie de cet homme qui a marqué le monde du cinéma par sa façon de traiter des sujets brûlants. Né à New York en 1913, Stanley Kramer intègre la MGM comme monteur et producteur associé à l'âge de vingt ans. Au début des années 40, il devient producteur et contribua à mettre sur pellicule plusieurs chefs-d'œuvre cinématographiques tels, "Champion", "Home of the Brave", "The Men", "Cyrano de Bergerac", "High Noon", "Member of the Wedding", "The 5,000 Fingers of Dr. T. ", "The Wild One" et "The Caine Mutiny" pour ne nommer que ceux-ci.
Sa première expérience en tant que réalisateur s'effectua en 1955 pour le drame sentimental "Not as a Stranger". Par la suite, le cinéaste allait réaliser des films engagés traitant de problèmes moraux et sociaux, de racisme et du péril de la guerre atomique comme "The Defiant Ones", "On the Beach", "Inherit the Wind", "Judgment at Nuremberg", "Ship of Fools" et "Guess Who's Coming to Dinner".
En 1991, lors d'une présentation spéciale de son film monument "Judgment at Nuremberg" à Montréal, j'ai eu l'occasion de le rencontrer et de lui serrer la main. Lors de l'événement, il nous a parlé de son film, de la démence du nazisme fondé sur le principe de la supériorité de la race aryenne et sur l'extermination de races et de peuples considérés comme inférieurs. Le 19 février 2001, Stanley Kramer meurt à l'âge de 87 ans à Los Angeles, des suites d'une pneumonie.
Sony Pictures Home Entertainment honore le travail du cinéaste-producteur par la sortie d'un magnifique coffret de six DVD, "The Stanley Kramer Film Collection", où vous y retrouverez cinq œuvres qui ont marqués l'histoire du cinéma, "Member of the Wedding", "The 5,000 Fingers of Dr. T. ", "The Wild One", "Ship of Fools" et "Guess Who's Coming to Dinner". Vous trouverez également des suppléments forts intéressants sur chaque disque où on analyse et décortique minutieusement le travail de Stanley Kramer. Un commentaire audio est également disponible pour chaque film. Tous les commentaires audio sont de bonne, voire d'excellente qualité et offrent une quantité foisonnante d'information. Au niveau de l'audio, les dynamiques offertes sont dans l'ensemble tout à fait correctes surtout si l'on prend en considération l'âge des œuvres. Les couleurs vont, d'absolument superbes (Guess Who's Coming to Dinner), à un peu passées et moins flamboyantes (The 5,000 Fingers of Dr. T.). Elles sont dans l'ensemble justes, bien équilibrées, et bien saturées. Les dialogues sont toujours parfaitement intelligibles.
Le drame "Member of the Wedding" (1952), réalisé par Fred Zinnemann, est tiré du roman de Carson McCullers et raconte l'histoire de l'adolescente Frankie Addams (Julie Harris), un garçon manqué. Rejetée par les autres filles, ses seuls amis sont la cuisinière de la famille et son cousin âgé de sept ans. Sa solitude la transporte à un monde imaginaire où elle accompagne son frère et sa nouvelle jeune mariée à leur lune de miel. Le film offre un regard perspicace sur la solitude et l'adolescence. Ce film en noir et blanc ne possède pas une bande audio française, mais vous pouvez tout de même le regarder avec un sous-titre de couleur jaune dans la langue de Molière.
"The 5,000 Fingers of Dr. T. " (1953) a été écrit par le très populaire compositeur Theodor Seuss Geisel, mieux connu sous le pseudonyme de Dr. Seuss. Cette comédie musicale réalisée par Roy Rowland est un voyage dans l'imaginaire de Bartholomew Collins (Tommy Rettig), un jeune garçon qui déteste jouer du piano. Pendant son sommeil, il rêve paisiblement. Soudain son rêve tourne au cauchemar et il se retrouve dans un monde surréaliste, poursuivi par un professeur véritable maniaque du piano. Ce tyran possède un piano colossal et oblige le jeune Collins et 499 autres garçons à jouer (avec leurs 5,000 doigts). Avec l'aide d'un plombier appelé August Zabladowski (Peter Lind Hayes), notre jeune héros crée une machine qui détruira le titanesque piano et redonnera la liberté à tous. Les couleurs sont fades et manquent énormément d'éclats.
"The Wild One" (1953) est l'un des plus fabuleux rôles en carrière de Marlon Brando où il incarne le personnage de Johnny Strabler, le chef d'une bande de jeunes voyous motocyclistes qui terrorisent une petite ville californienne. Ce film du cinéaste László Benedek est tiré d'un article paru en 1951 dans le Harper's Magazine ayant pour titre The Cyclists' Raid et qui raconte l'histoire d'un véritable incident survenu le 4 juillet 1947 dans la petite ville de Hollister en Californie où environ 4 000 motocyclistes avaient envahis les rues.
C'est grâce à ce long-métrage que Marlon Brando deviendra rapidement une icône pour les jeunes de l'époque. Il représentait le rebelle parfait pour ces jeunes qui cherchaient depuis des décennies un modèle qui pouvait les représenter réellement. Ce film est l'un des premiers à traiter du problème des générations, un thème fort populaire qui sera repris par la suite dans de nombreux films au cours des années 50 tel, Rebel Without a Cause avec James Dean. Cette production cinématographique sera le film "phare" des métrages de ce genre qui connurent beaucoup de succès au cours des années 60 tels, The Wild Angels avec Peter Fonda, Hells Angels on Wheels avec Jack Nicholson et bien sûr le plus phénoménal d'entre tous, Easy Rider réalisé et interprété par Dennis Hopper.
Les connaisseurs de motocyclettes seront amusés de constater que le héros de cette aventure incarné par Marlon Brando roule sur une 650cc Triumph Tunderbird , une moto anglaise et que son principal rival dans le film, Lee Marvin alias Chino, conduit une Harley-Davidson, la marque emblématique du motard nord-américain. D'ailleurs, ce sera la première et la toute dernière fois que nous verrons dans les films de motards aux États-Unis, le héros aux guidons d'une motocyclette non-américaine.
"Ship of Fools" (1965) est une adaptation du roman de Katherine Anne Porter. En 1933, un navire allemand appareille d'Amérique du Sud pour rallier Brême en Allemagne. À bord, les tensions entre les passagers sont insupportables. Pendant deux heures et demie, le film aborde plusieurs sujets: le nazisme, la lutte des classes, le courage, les remords...
Ce film en noir et blanc réunit plusieurs grands noms du cinéma international, dont Lee Marvin, Simone Signoret, Oskar Werner et Vivian Leigh pour qui ce sera son dernier film en carrière. Un long-métrage fort intelligent où les personnages sont des plus délectables. Pour le rôle de Mary Treadwell, Stanley Kramer avait pensé à deux actrices : Vivien Leigh ou Katharine Hepburn. Celle-ci ne voulait pas quitter le chevet de Spencer Tracy, très gravement malade. Nous découvrons aussi que Stanley Kramer aimait beaucoup discuter avec ses acteurs et les laissait très libres dans l'interprétation de leur personnage.
"Guess Who's Coming to Dinner" (1967) est un film qui fut très controversé à sa sortie en salle puisqu'il raconte l'histoire d'un couple bourgeois de San Francisco qui accueille avec joie, la nouvelle du mariage de leur fille unique. Mais un problème apparait à l'horizon... le fiancé est noir et bouleverse quelque peu les parents de la jeune fille, en dépit de leur libéralisme affiché.
Ce film met en lumière le mariage interracial aux États-Unis où plus d'une quinzaine d'États du Sud interdisaient encore l'union mixte à l'époque. Il faut dire que les afro-américains n'avaient pas la vie facile dans les États du sud qui appliquaient des lois discriminatoires entre les blancs et les noirs. Le film reste d'une grande puissance, principalement due à l'émotion qui se dégage de l'interprétation de Hepburn et de Tracy. Et lorsque vers la fin, celui-ci se lance dans une tirade sur le racisme, l'amour et la vie, il est impossible de rester de marbre devant les derniers moments de ce très grand acteur.
Vous trouverez ici l'édition 40ième anniversaire de deux disques où de nombreux suppléments y sont proposés tels que présentation du film par Karen Kramer, la veuve du cinéaste, introduction de Steven Spielberg et de Tom Brokaw, un message de Quincy Jones, une revuette sur la production du film, les revuettes "Stanley Kramer : À la recherche de la vérité"et "Stanley Kramer reçoit le prix Irving Thalberg" ainsi qu'une galerie de photos. Vous découvrirez à travers cela que ce long-métrage fut un énorme succès au box-office, aidé par dix nominations aux Oscars (Katharine Hepburn remporta l'Oscar de la meilleure actrice), la suggestion d'un couple mixte était à l'époque une proposition fort audacieuse. Le Ku Klux Klan organisa des manifestations devant les salles qui osaient programmer le film. En fait, le cinéma hollywoodien était hanté par la peur du métissage. C'est aussi la première fois que nous voyons s'embrasser un homme noir et une femme blanche dans un long-métrage américain. Que Spencer Tracy était si gravement malade pendant le tournage qu'il meurt à 67 ans d'une crise cardiaque, dix-sept jours après la fin du tournage.
En conclusion, le coffret "The Stanley Kramer Film Collection" présente des œuvres à découvrir et à redécouvrir, permettant aussi d'initier les plus jeunes au travail exceptionnel de cet homme du 7ième art qui a permis de faire tomber certains préjugés au pays de l'oncle Sam.
| Film | 7 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | 10 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 6 |