Plus l'on remonte dans le temps, plus l'emprise de la religion catholique sur la société était forte. La morale était partout, même dans le cinéma. Spécialement dans le cinéma à vrai dire. Car après tout, quel média extraordinaire! Accessible, abordable et profitant d'une grande distribution, que voilà une tribune intéressante pour faire passer un message... Les studios américains, avec la bénédiction de l'Église, produisaient des films à haute teneur moralisatrice et lorsqu'ils plaisaient au diocèse, ce dernier en parlait lors de ses sermons comme d'un exemple à suivre: "Voyez comme l'ambition sociale est une chose dangereuse... La seule chance de rédemption de cette personne était bel et bien de faire amende honorable". "Stella Dallas" de King Vidor en est un exemple parfait. Deuxième mise en scène du livre d'Olive Higgins Prouty mettant en vedette Barbara Stanwyck, le film de Vidor est un archétype de mélodrame. La tentative de nous mettre la larme à l'œil est évidente et pourtant, dans une certaine mesure, se marie bien avec l'ambiance générale du film. Quoi qu'il en soit, pour ceux et celles qui ont vu War And Peace du même réalisateur, la chute risque d'être brutale. Tel fut mon cas.
Stella est une jeune femme de la classe laborieuse. Fille et sœur de mineurs, elle aspire à faire partie de la haute. Elle courtise donc Stephen Dallas, un administrateur d'usine membre d'une famille bien fortunée. Leur mariage s'ensuit peu de temps après. Le ménage est dorénavant invité à de prestigieuses fêtes et semble donc sur le chemin du succès social. Toutefois, Stella ne peut se défaire de son manque d'éducation et ne cesse d'embarrasser Stephen. Alors que le couple semble au bord du précipice, Stella tombe enceinte. Plusieurs années plus tard, Stella et Stephen ne vivent plus ensemble et Laurel, leur fille, vit chez sa mère. Cela dit, Stella est consciente qu'elle ne peut offrir à son enfant les mêmes avantages que le pourrait son père. Elle décide alors de sacrifier sa relation privilégiée avec sa fille pour que cette dernière puisse vivre la grande vie.
Avec sa mise en scène à la fois sobre et simpliste, Vidor rend assez bien justice à la dichotomie entre le sacrifice de soi et l'auto apitoiement. Toutefois, l'ensemble demeure plutôt grotesque. Les personnages sont à la limite de la caricature et les dialogues coupés au couteau. L'ensemble ne lève pour ainsi dire jamais. Mais qu'à cela ne tienne, je me dois d'admettre que j'ai pris un certain plaisir à visionner "Stella Dallas". Stanwyck est pétillante en mère prête à tout pour le bonheur de son enfant et, malgré l'imminente fin, il me faut admettre que c'est une belle histoire. À défaut de pleurer aux larmes, la plupart des spectateurs devraient tout de même avoir le "motton", si vous me passez l'expression. Finalement, on a affaire ici à une œuvre qui, sans sortir du lot, a quelques bons moments, de bons hauts et plusieurs bas qui, à la ligne d'arrivée, se neutralisent les uns les autres pour ne laisser qu'un goût de manque de profondeur.
Côté suppléments, c'est totalement mort. Dommage, mais il faut toutefois prendre en ligne de compte le niveau de difficultés pour ce qui est de rassembler du matériel sur un film quasi anonyme sorti dans les années 30. Visuellement, c'est du beau travail. La bande maître utilisée ne comporte pas de défauts majeurs, les contrastes sont très bien ajustés et la définition est étonnamment bien réussie. Somme toute, une restauration plus qu'honnête, un travail sans anicroche. Seules demeurent quelques puces dues à un travail probablement un peu trop vite fait lors du montage il y a plusieurs décennies. Difficile de leur reprocher... À l'audio, c'est pauvre. Déjà que "Stella Dallas" n'a rien de plus à n'offrir qu'une piste Dolby Surround, celle-ci n'a pas de quoi écrire à sa mère. Les rares utilisations des basses finissent dans un son sourd presque écho et le bruitage sonne étrange à plusieurs occasions. Seule la musique s'en sort indemne, mais cette dernière ne prend pas beaucoup de place sur la trame son... malheureusement. Mise à part cela, les voix sont correctes, sans plus, les sons aigus étant clairs tout au long du film.
En définitive, "Stella Dallas" est plutôt une déception qu'une belle surprise. Déjà que le film en lui-même n'a pas grand-chose pour impressionner, le DVD ne fait rien pour défendre sa cause. Aucun supplément, une piste sonore de qualité inférieure... le film méritait mieux que ça. En résumé, c'est loin d'être un incontournable. Disons simplement que si vous vous sentez déprimé et que vous voulez vous morfondre à tout prix, vous avez trouvé le film qu'il vous faut. En d'autres cas, pour les fans de Stanwyck seulement.
| Film | 4 |
| Menu | 3 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 5 |