Après leur collaboration dans l'excellent Butch Cassidy and the Sundance Kid en 1969, Paul Newman, Robert Redford et le réalisateur George Roy Hill se retrouvèrent de nouveau quatre ans plus tard. Le défi était de taille, car à moins d'accoucher d'un classique, il leur était difficile de faire mieux. Sept Oscars plus tard, dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur, ils pouvaient dire mission accomplie! Alors que la camaraderie entre Newman et Redford était à l'avant-plan dans le premier film, elle est au service du scénario dans "The Sting". La chimie entre les deux acteurs est minimisée au profit d'une intrigue bien ficelée où les rebondissements s'accumulent pour nous offrir une arnaque aussi astucieuse que divertissante.
Johnny Hooker (Robert Redford) est un petit truand qui, sans le savoir, escroque un gangster appartenant à la bande de Doyle Lonnegan (Robert Shaw). Ce dernier cherchera à se venger et tuera Luther, le mentor de Johnny. Avec les gangsters à ses trousses, Johnny trouvera refuge chez Henry Gondorff (Paul Newman), un escroc expérimenté qui le prendra sous son aile. Par respect pour leur camarade assassiné, Henry fait appel aux meilleurs escrocs du pays pour monter une gigantesque arnaque ayant pour but de ruiner Lonnegan. Mais Johnny ne dira pas à Henry qu'un policier véreux nommé Snyder (Charles Durning) est sur sa piste et que les sbires de Lonnegan le traquent. De plus, un agent du FBI tente d'épingler Johnny dans l'espoir qu'il le mène à Henry...
Les films de gangsters dont l'action se déroule dans les années 1930 prennent habituellement l'allure sombre et classique du film noir. Dans "The Sting", George Roy Hill propose une ambiance totalement opposée. Les couleurs sont vibrantes et le jeu des acteurs ainsi que les décors stylisés contribuent à créer une atmosphère de légèreté qui n'évacue pas pour autant les thèmes sociaux. Johnny et Henry vivent dans un monde pourri où l'ordre moral est quasi inexistant. Puisque la police est corrompue, ils n'ont d'autre choix que de se faire justice eux-mêmes. Mais le ton demeure joyeux et le scénario délicieusement compliqué de David S. Ward, divisé en chapitres dont l'introduction rappelle l'art de Norman Rockwell, les dialogues savoureux et la musique rythmée aux accents nostalgiques de Scott Joplin, s'amalgament avec ingéniosité pour offrir au spectateur une intrigue digne des meilleurs polars. La distribution est exemplaire et Robert Shaw, Robert Redford, Paul Newman, Charles Durning, ainsi que tous les acteurs de soutien (Eileen Brennan, Dana Elcar, Harold Gould, etc.) sont impeccables.
Puisque "The Sting" n'était auparavant disponible qu'en format plein écran avec un transfert médiocre, on ne peut que se réjouir qu'il reçoive enfin le traitement qu'il mérite. Remasterisée en format panoramique anamorphique, l'image est claire et la majorité des taches et égratignures ont disparues. Les couleurs sont vives et naturelles, et le rendu des noirs et le niveau des détails sont excellents. La scène d'ouverture et certaines scènes extérieures paraissent un peu granuleuses, mais le problème est minime. Le son a également été remasterisé et, bien que l'activité soit concentrée dans les enceintes avant, tous les canaux sont mis à contribution. Que ce soit pour les effets d'ambiance, la musique, ou les dialogues, la présentation audio est claire et sans distorsion apparente. La présentation est très belle et le boîtier a l'apparence d'un livre avec une reliure en cuir qui s'ouvre en deux parties, le côté gauche contenant le DVD du film et l'autre, celui des suppléments. Un feuillet cartonné séparé contient l'information qui apparaît normalement au verso d'un boîtier traditionnel. Les menus sont simples, animés par des extraits du film et accompagnés de musique.
Le second disque contient les suppléments. La revuette intitulée "The Art of Sting", qui fait environ une heure, explore tous les aspects de la production et inclut des entrevues avec le scénariste David S. Ward, Paul Newman, Robert Redford, le compositeur Marvin Hamlisch et plusieurs autres. On peut l'écouter d'un trait ou en trois parties: "The Perfect Script" s'attarde au développement du scénario et à la préproduction, "Making a Masterpiece" est centrée sur le tournage et "The Legacy" jette un regard sur la place du film dans l'histoire du cinéma et sur la carrière du réalisateur George Roy Hill. Des notes sur la production et la bande-annonce du film complètent les suppléments. Le documentaire est fort intéressant, mais pour une édition spéciale présentée sous la bannière "Legacy Series", on aurait pu s'attendre à un peu plus de chair autour de l'os.
"The Sting" est un classique qui a très bien vieilli et il est difficile de trouver mieux dans le genre crime/comédie. Cette édition est un peu mince côté suppléments, mais la qualité technique compense largement. Je vous la recommande donc sans hésiter.
| Film | 8 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |