The Stranger
MGM Film Noir
MGM Home Entertainment

Réalisateur: Orson Welles
Année: 1946
Classification: G
Durée: 95 minutes
Ratio: 1.33:1
Anamorphique: Non
Langue: Anglais (Mono), Espagnol (Mono), Français (Mono)
Sous-titres: Anglais, Espagnol
Nombre de chapitres: 20
Nombre de disques: 1 (DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Robert Bélanger
18 août 2007

À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, l'antinazisme est de mise et de nombreux films de propagande sont tournés, reflétant la politique étrangère des États-Unis. Le film noir n'échappe pas à cette vague et des oeuvres telles Cornered (1945), Gilda (1946) et Notorious (1946) mettent en scène des nazis qui se cachent pour échapper à la justice ou qui conspirent pour reprendre leurs activités. Après le tournage tumultueux de Citizen Kane (1941), Orson Welles s'était bâti une réputation de cinéaste intransigeant et irresponsable qui dépensait sans compter. N'ayant pas tourné depuis quatre ans, il aurait apparemment accepté de réaliser "The Stranger" pour prouver aux bonzes du studio RKO qu'il n'avait, après tout, pas si mauvais caractère et qu'il pouvait diriger une production à l'intérieur des limites imposées par le système. Le film, que l'on pourrait qualifier de "Welles léger", n'est pas du calibre de Touch of Evil (1958), mais demeure un thriller efficace à l'intrigue bien ficelée, appuyée par d'excellentes performances d'acteurs.

Un enquêteur nommé Wilson (E.G. Robinson), laisse sortir un criminel de guerre de prison en espérant qu'il le mènera à une proie de plus grande envergure, l'infâme nazi Franz Kindler (Orson Welles). Wilson suit donc Konrad Meineke (Konstantin Shayne) jusqu'au petit village tranquille de Harper au Connecticut, et découvre que Kindler, devenu Charles Rankin, est non seulement professeur d'histoire dans un prestigieux collège, mais s'apprête à épouser Mary Longstreet (Loretta Young), la fille d'un juge de la Cour Suprême. S'ensuit un fascinant jeu du chat et de la souris entre Wilson et Kindler, prêt à tout pour cacher sa véritable identité.

Même si l'on détecte un peu de retenue de la part du cinéaste reconnu pour ses envolées stylistiques, la "signature Welles" demeure bien présente dans "The Stranger". L'influence de l'expressionnisme Allemand dans les éclairages contrastés qui font valser les silhouettes sur les murs est apparente dès le début du film, les angles de caméra non conventionnels (plongée, contre-plongée) abondent et le penchant de Welles pour les longs plans-séquences se manifeste lors d'une scène dans les bois, alors que Kindler tente frénétiquement de cacher un corps sans se faire surprendre par ses étudiants. La tension est palpable lors des scènes d'action, mais Welles réussit également à créer le suspense par l'entremise des dialogues. Quand Wilson et Kindler se retrouvent face à face lors d'un souper de famille chez les Longstreet, Kindler y va d'un monologue glacial sur l'Allemagne et la philosophie nazie, perdant ainsi un peu de sa contenance. Les bonnes manières à table prendront le dessus, mais il n'y a, à ce moment, plus aucun doute que chacun des deux hommes sait à qui il a affaire. Les prestations de Robinson et de Welles (qui adorait jouer les vilains) sont exemplaires, mais celle de Loretta Young m'est apparue excessive vers la fin du film. Le scénario n'est pas très original, puisqu'il s'agit essentiellement d'une relecture de Shadow of a Doubt (1943) d'Hitchcock, mais malgré une fin prévisible et quelques invraisemblances, la virtuosité de Welles et son sens percutant du montage réussissent à élever "The Stranger" bien au-dessus du thriller traditionnel.

En dépit de quelques taches et égratignures, le transfert est de bonne qualité. L'image est claire et le niveau des contrastes et des détails fait honneur à la splendide direction photo de Russell Metty. Malheureusement, la fin originale du film, qui permettait de voir un dernier plan du personnage de Wilson, a été amputée et remplacée par un carton "The End". Impossible de savoir si ce plan existait sur le matériel source utilisé ici, matériel qui provenait des voûtes de la United Artists. La piste audio originale nous offre un environnement sonore agréable pour un film de cette époque et les dialogues sont clairs et sans distorsion apparente. La trame musicale est par contre un peu trop envahissante, et aurait bénéficié d'une réduction de quelques décibels. La présentation est standard et aucun supplément n'est offert sur cette édition. Encore une fois dommage, car j'aurais bien aimé entendre le propos d'un expert du film noir sur une piste audio de commentaires.

Le temps s'est arrêté dans le petit village de Harper au Connecticut. Même les aiguilles de l'horloge du clocher sont figées dans un présent idyllique où le passé et le futur n'existent pas. Jusqu'à ce qu'un étranger se mette à fouiner dans le coin. Mais peut-être que l'étranger n'est pas celui qu'on pense et, curieusement, les deux hommes ont comme passe-temps de réparer les horloges... Le temps va redémarrer, s'affoler, le passé va ressurgir et Orson Welles subvertit les conventions du film de propagande pour nous offrir un film noir intelligent, un suspense énergique, divertissant et superbement maîtrisé.


Cotes

Film7
Présentation4
Suppléments-
Vidéo8
Audio7