Will Ferrell fait un Jim Carrey de lui en trouvant le meilleur rôle de sa carrière dans "Stranger than Fiction", une petite comédie tranquille, mignonne et intelligente. Mais de là à parler d'un des films les plus mémorables de l'année, il ne faudrait surtout pas exagérer.
Harold (Will Ferrell) est un paisible agent du fisc qui ne jure que par sa routine pré-établie. Il est rangé, un peu timide et sa passion pour les chiffres en surprend plusieurs. Un jour, il entend une voix qui raconte toutes ses actions et ses réflexions. Serait-il soudainement fou ou quelqu'un veut lui jouer un mauvais tour? Tout en courtisan la belle, rebelle et récalcitrante Ana (Maggie Gyllenhaal), il tentera d'éclairer cette situation qui commence à lui peser lourd sur les épaules. Ses recherches l'amèneront à croiser la route d'un professeur (Dustin Hoffman) aux théories novatrices, d'une écrivaine (Emma Thompson) qui est incapable de terminer son livre et de sa nouvelle assistante (Queen Latifah).
L'idée de base de ce long-métrage est particulièrement innovatrice. Une femme écrit un livre et le héros, qui semble exister dans la vie de tous les jours, cherche à influencer le cours des choses. D'une existence banale et sans intérêt, il se réveille pour vivre réellement. Enfin, il peut dire ce qui lui passe par la tête et se mettre à pratiquer de la guitare! Cette façon de moraliser l'existence - il faut faire quelque chose avant que la grande faucheuse passe - est sans doute un peu trop appuyée dans la dernière partie avec sa finale particulièrement collante, mais d'ici là, de nombreux thèmes autrement plus importants auront eu le temps de porter fruit. Les critiques contre les impôts et l'usage de l'argent par le gouvernement font sourire, alors que la montre est la parfaite métaphore du temps qui s'écoule.
Si le film débute avec une multitude de chiffres et de statistiques comme chez le sympathique Comme tout le monde, "Stranger than Fiction" ressemble parfois un peu trop à l'excellent The Truman Show. Même monde formaté, même conscience tardive pour le beau et le vrai. La personne qui tire toutes les ficelles est cette fois une écrivaine et son état fait écho au sort de la littérature. Légèrement détraquée, Emma Thompson s'en sort sans broncher. La surprise se situe plutôt du côté de Will Ferrel. Comme Jim Carrey avant lui pour l'œuvre de Peter Weir, l'ancienne vedette de Saturday Night Live arrive à faire rire et à émouvoir sans forcer la dose. Marc Forster le dirige habilement, toujours subtilement et la révélation est énorme. Dans un rôle plus typé, Dustin Hoffman s'avère particulièrement truculent avec ses blagues souvent mémorables.
La réalisation inventive du cinéaste du surestimé Finding Neverland n'est pas étrangère à la réussite du projet. Sa ville passe-partout est bornée de symboles qui apparaissent soudainement et de scènes qui se superposent. Ce n'est pas aussi léché et démentiel que son récent Stay, mais ça demeure nettement plus intéressant que la majorité des œuvres du même calibre. Les images, très solides, bénéficient d'une agréable définition des contours et d'une palette de couleurs adaptée au récit. Un léger blocage peut apparaître dans quelques recoins et la luminosité est parfois trop ponctuée. Quelques inconvénients qui s'oublient rapidement.
La piste sonore francophone en Dolby Digital 2.0 est particulièrement agressante. Des expressions de toutes sortes apparaissent allègrement et c'est plutôt difficile de comprendre chaque mot. Mais c'est quoi du "raplapla"? Le seul choix est d'opter pour la version originale, qui bénéficie également d'une piste sonore en Dolby Digital 5.1. Les haut-parleurs exploitent mieux ces bruits qui vont de l'autobus au téléphone en passant par la pluie et la cacophonie de l'introduction. Sinon, de très beaux sous-titres jaunes en anglais et en français sont de la partie. Mais attention! Ceux qui sont écrits dans langue de Molière comportent les mêmes terminaisons douteuses. Sans vraiment marquer l'imaginaire, la musique entraînante virevolte aisément, enchaînant pièces douces et compositions qui bougent davantage.
La pochette n'est guère attrayante. Il y a un Will Ferrell qui hurle et une photographie d'une ville en image de fond. Le menu principal du DVD arrive à se reprendre d'une brillante façon. Des scènes se succèdent rapidement sur une musique rythmée et les options en forme d'icônes apparaissent. Les suppléments piquent facilement la curiosité. Il y a huit bandes-annonces qui présentent les prochaines productions de Sony Pictures, une scène allongée où l'improvisation était de mise et une séquence coupée qui pouvait difficilement être incluse dans la version définitive. Il y a surtout six documentaires généralement pertinents qui s'échelonnent sur 80 minutes. Les acteurs parlent de ce scénario si unique, des artisans n'arrêtent pas de se féliciter, le rôle de la ville de Chicago est expliqué en détail, la transposition parfois ardue du synopsis à l'écran est racontée et il y a un court tour d'horizon montrant l'envers du décor. Le segment le plus vivifiant est cette exploration des effets spéciaux où la réalité n'est souvent que chimère.
La pierre angulaire de "Stranger than Fiction" est une question que Woody Allen cherche à répondre depuis plusieurs années. L'existence est une comédie ou une tragédie? Le petit new-yorkais à lunettes a récemment tenté de répondre à cette question avec son gentil Melinda and Melinda. Will Ferrell, qui était justement de cette dernière production, est de retour ici pour montrer comment les liens entre le réel et l'imaginaire sont souvent flous. Il en ressort une douce petite comédie, aussi tendre qu'inoffensive. Le résultat final est plaisant à regarder, nettement mieux que son horrible bande-annonce, mais il est loin d'être nécessaire ou mémorable.
| Film | 7 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |