Straw Dogs
MGM Home Entertainment

Réalisateur: Sam Peckinpah
Année: 1971
Classification: R
Durée: 118 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (Mono)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnol
Nombre de chapitres: 20
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Daniel Cyr
31 octobre 2004

David Sumner (Dustin Hoffman) est un jeune mathématicien américain qui vient d'emménager dans le village natal de sa femme Amy (Susan George), aux fins fonds des Cornouailles, en Angleterre. Le couple est venu chercher dans ce coin perdu un peu de tranquillité. Ils ont fui le climat de violence des grandes villes américaines puisque pour David l'isolement et le calme sont primordiaux pour son travail de chercheur pour étudier les structures des intérieurs stellaires et les implications liées à leurs caractéristiques de radiation.

Afin de rénover le garage, David embauche trois hommes du village, sans savoir que l'un d'eux, Charlie Venner (Del Henney) est un ancien petit ami d'Amy. Le comportement sournois et malveillant des trois hommes, ajouté à l'attitude aguichante d'Amy fait monter peu à peu la tension. Le couple se frotte rapidement à la malveillance du clan Hedden, dirigé de main de fer par le patriarche Tom (Peter Vaughan) et toute cette histoire se terminera bientôt dans un bain de sang...

Sam Peckinpah, considéré par ses pairs comme le maître de la violence, fut un anticonformiste qui, tout au long de sa carrière, dérangea souvent l'establishment hollywoodien. Après avoir réalisé quelques westerns dont le plus célèbre est The Wild Bunch, Peckinpah décide de toucher à un autre genre, tout en gardant comme thème central la violence. C'est alors qu'il s'oriente vers le roman de Gordon Williams The Siege of Trencher's Farm qu'il adapte pour le cinéma avec la collaboration de David Zelag Goodman.

Dès les premières images du film, pendant que défile le générique, on comprend qu'on ne va pas participer à un simple divertissement. Ces silhouettes floues, à contre-jour, font naître instinctivement une certaine anxiété voire du malaise chez le spectateur. Et lorsque l'image se précise enfin, on découvre avec étonnement qu'il s'agit de gamins en train de rire, jouer et danser dans un lieu plutôt inapproprié... un cimetière. La majorité des enfants font une farandole, un autre trône sur un monument aux morts, tandis que trois gamines harcèlent un petit chien... Aucun adulte ne semble les surveiller. Les notions d'autorité, de moralité et de respect semblent totalement absentes de leurs comportements.

Dans "Straw Dogs", Sam Peckinpah montre le viol comme la clé de son long-métrage. La scène est ici la conséquence logique de divers éléments du scénario mis en place dans le premier tiers du film: la lâcheté de David Sumner, la frustration sexuelle d'Amy et la bestialité du clan Hedden. Bref, tout nous mène vers le viol d'Amy par son ex-amant Charlie Venner puis par Norman Scutt (Ken Hutchison). Le viol marque aussi un tournant vers un épilogue sanglant... Une véritable explosion purificatrice où l'on retrouve le fondement même de Peckinpah, notamment dans son art consommé du montage. Par ailleurs, cette œuvre fut longtemps considérée comme l'un des films les plus découpés techniquement parlant, de l'histoire du cinéma. La barbarie finale de "Straw Dogs" est présentée en ralentis, montage explosif, succession de plans ultra-courts et violents où l'hémoglobine asperge tous les murs de la maison.

Cette fin de "Straw Dogs" demeure très ambiguë. L'amour de David pour Amy semble avoir complètement disparu. Lui qui était pacifiste dans l'âme, aux comportements faibles et lâches, se révèle brusquement après cet épisode dramatique, aussi bestial et sauvage que les hommes du clan Hedden, il abandonne ses convictions et sa femme par la même occasion.

David est à l'image des anti-héros du cinéma américain des années soixante-dix: complexe et totalement paumé. À la scène finale, après le massacre, David descend les escaliers en compagnie d'Henry Niles (David Warner, non crédité au générique) et demande à sa femme "Ça va?" Amy lui répond oui, par un signe de la tête. Les deux hommes sortent de la maison et partent en voiture... Ils roulent sur une route obscure... chemin faisant, Henry dit: "Je ne sais pas comment rentrer chez moi", David lui répond en souriant: "Ce n'est pas grave. Moi non plus." et le film se termine ainsi. On peut conclure par cette métaphore que David désire oublier ce village et cette tranche de sa vie, il souhaite tourner la page à tout jamais et d'aller vers l'inconnu où le chaos est omniprésent de toute façon.

"Straw Dogs" est aujourd'hui considéré comme un très grand classique du septième art pour les cinéphiles à travers le monde. Lors de sa sortie en salle aux États-Unis, le 29 décembre 1971, le film, coupé à 113 minutes, car jugé trop violent, connut beaucoup de succès... ce qui ne fut pas le cas en Europe où il fut même interdit en Grande-Bretagne. "Straw Dogs" présenté par MGM est la troisième version DVD sorti en Amérique du Nord. En effet, le film de Peckinpah était déjà sorti en janvier 1999 chez Anchor Bay (édition épuisée maintenant et dénudée de tout supplément) et chez Criterion en mars 2003 qui offre une multitude de suppléments très captivants. Toutefois, à la défense de cette version en DVD de MGM qui n'offre aucun supplément, pas même une bande-annonce, je trouve qu'elle a eu la brillante idée d'introduire dans son menu, le choix d'un sous-titre français pour les francophones du Québec. Les dialogues sont parfois difficiles à suivre de par la superposition des accents américains et britanniques, fort différents, en plus d'expressions typiques du terroir anglais qui ne facilitent en rien à la bonne compréhension des dialogues et que sans cette présence d'un sous-titre, j'aurais trouvé le temps bien long. Notez que cette édition de MGM présente la version de 118 minutes non censurée de "Straw Dogs".

Côté image, le transfert de "Straw Dogs" reste toutefois d'une qualité tout à fait remarquable et analogue à l'édition DVD de Criterion réputé dans le domaine comme la compagnie offrant ce qui a de mieux sur le marché. Malgré une image très bien nettoyée, il apparaît parfois quelques fourmillements sur des arrières plans et un léger tremblement peu perceptible de l'image lors du générique au début. L'image aux tons gris, marrons et verdâtres est d'une incroyable qualité, aucune couleur vive n'apparaît dans ce film. Les tâches ou griffures sont rares. Reste que la copie accuse un côté granuleux parfois gênant, notamment sur les plans de ciel. L'image est nette, précise offrant un niveau de détail optimal. Le niveau des noirs est parfaitement ajusté. Les parties sombres offrent des dégradés subtils, bien détaillés et appuyés par des noirs intenses.

Le film propose une piste sonore en version originale anglaise dont sa dynamique est dans la moyenne basse des productions de l'époque et satisfaisante pour une telle œuvre. Tandis que l'espace sonore est ample et crédible. Le champ sonore se déploie surtout des enceintes avant, mais les canaux d'ambiophonies sont subtilement et savamment mis à contribution pour créer une ambiance enveloppante et efficace. La musique très sombre et extrêmement tendue de Jerry Fielding est parfaitement intégrée au reste de la bande-son. Les dialogues sont en permanence parfaitement intelligibles et bien définis.

Bien qu'il soit dépourvu de tout supplément (exception des sous-titres), ce chef-d'œuvre de Sam Peckinpah est un incontournable. Il permet de redécouvrir un film passionnant, surprenant de qualité, mature et intelligent. "Straw Dogs" devrait trouver une place dans toutes les vidéothèques qui se respectent!


Cotes

Film7
Menu1
Suppléments1
Vidéo7
Audio5