Une des surprises cinématographiques de cette année 2006, précédée comme il se doit par une rumeur persistante, fut certainement la sortie d'un nouveau film à gros budget sur le personnage de Superman. Après des années de nouvelles incertaines, dont une qui avait mis Nicolas Cage sous la cape rouge, le produit final est enfin dévoilé. Sous la direction de monsieur X-Men, Bryan Singer, nous assistons donc littéralement au retour du super héros dans "Superman Returns", plus de 50 ans après les débuts du personnage au petit écran et surtout près de 30 ans après que Christopher Reeve nous aie donné un des plus convaincants Superman, en 1978, dans le film de Richard Donner.
C'est d'ailleurs à partir du film de Donner que Singer s'est longuement inspiré, même s'il ne s'agit pas d'un remake. Dans ce nouveau film, Kal-El, plus connu sous le nom de Superman ou Clark Kent (Brandon Routh), revient sur Terre après une absence de cinq ans, durant laquelle il a voulu vérifier les affirmations de destruction de sa planète Krypton. Il va devoir reconquérir un monde qui n'a pas compris sa disparition, alors qu'il était le sauveur inespéré. Mais il va surtout devoir affronter de nouveau deux souvenirs qui ne se sont pas effacés : Lois Lane (Kate Bosworth), désormais mariée et mère de famille, et le démoniaque Lex Luthor (Kevin Spacey), qui n'a pu être emprisonné en raison de l'absence du témoignage de Superman lors du procès, puisqu'il était déjà parti. L'ennemi juré du super héros a toujours des idées de domination du monde et il compte bien en finir avec l'homme volant une bonne fois pour toutes, ainsi qu'avec une partie de l'humanité. Connaissant les points faibles de son adversaire, Luthor n'hésitera pas à s'en servir pour qu'il ne soit plus qu'un souvenir. Superman devra alors affronter ce démon au péril de sa vie.
Faut-il se méfier de Bryan Singer? Il n'a même pas 30 ans quand un film, sorti pratiquement dans l'anonymat, nous révèle un talent évident de réalisateur. The Usual Suspects (déjà avec Kevin Spacey, que je vous recommande) est sans doute un des meilleurs films de suspens qui soient sortis durant ces quinze dernières années. Après une légère errance avec le film Apt Pupil (déjà avec Ian McKellen), c'est en 2000 que la consécration internationale frappe Singer avec le non moins célèbre X-Men. Le succès mondial est immédiat et, fait rare, la suite, X2, sortie en 2003, est même plus populaire que le premier volet (par contre, Singer n'a absolument rien à voir avec le troisième volet, X-Men : The Last Stand).
Bryan Singer paraît beaucoup plus jeune que son âge (il vient tout juste de passer la quarantaine) et semble garder une personnalité très terre-à-terre. Il préfère utiliser tout son temps pour préparer ses films, pour lesquels il est aussi souvent l'auteur et scénariste (ce sera entre autres le cas pour les deux premiers X-Men et pour ce film, "Superman : Returns"). Il s'associe en 2004 à l'équipe derrière la série House M.D. (dont on lui verra souvent un blouson sur le dos dans le documentaire en suppléments) et il en devient le producteur ainsi que le réalisateur de quelques épisodes de la première saison. Il écrira et produira aussi en partenariat avec Dean Devlin (Independance Day) la mini série télévisée The Triangle, diffusée fin 2005 et mettant en vedette Eric Stoltz et Catherine Bell (JAG). Mais pendant ce temps, Bryan Singer prépare pratiquement en secret son nouveau bébé, une nouvelle adaptation d'un classique du cinéma américain et surtout un nouveau héros de bande dessinée, provenant cette fois-ci des DC Comics, après ceux de Marvel (X-Men) : Superman.
Reprendre un rôle rendu aussi emblématique par Reeve n'a pas du être facile pour le jeune Brendon Routh. Mais il faut bien avouer, contre toute attente, qu'il nous épate par sa prestance et la facilité qu'il a de "remplir" à merveille le personnage et de lui donner une exactitude déconcertante. Lex Luthor est toujours accompagné d'une associée qui, selon la théorie des contraires, nous permet d'apprécier dans sa plus grande valeur, l'intelligence du méchant chauve. Les quelques phrases prononcées par la pétillante Kitty (Parker Posey) sont vraiment les dialogues les plus drôles de ce film... qui n'est pas une comédie! Quant à ceux qui ne jurent que par Star Trek (si, si, ça existe), ils seront certainement ravis d'apprendre qu'ils ne sont pas seuls. Bryan Singer possède les mêmes symptômes. Mais si je vous dis que pour lui faire plaisir, l'équipe du film Star Trek : Nemesis lui a permis d'apparaître à l'image en tant que membre d'équipage de la passerelle de l'Enterprise (mais non crédité au générique), j'en connais certains qui l'aiment déjà moins. Et c'est avec plaisir que les inconditionnels d'Hitchcock retrouveront une de ses grandes interprètes, Eva Marie Saint (North By Northwest) qui est ici la mère adoptive de Clark, Matha Kent. Notons avec la décence nécessaire que le film est respectueusement dédié à Dana et Christopher Reeve. Le Superman en titre devait en effet faire une apparition dans le film, mais la vie en a décidé autrement.
Il s'agit de l'édition spéciale deux disques, éditée par Warner, que nous passons en revue ici. Il existe une version avec un seul disque, disponible au format panoramique ou plein écran. Toutes ces éditions possèdent un boîtier bilingue. Attention : tout comme avec Cars, je dois vous avertir que si vous souhaitez avoir la version française du film, vous devez acheter votre exemplaire dans un magasin canadien, car la version vendue au sud de la frontière possède une version espagnole en lieu et place de la française! Glissée dans un fourreau de carton richement illustré et avec du relief sur l'illustration, cette édition est relativement parfaite. Le film, au format panoramique anamorphique loge sur le premier disque. La qualité de l'image est excellente, mais en raison de choix dans la colorimétrie, certaines scènes peuvent présenter un contenu plus sombre. Le film a été tourné entièrement en haute définition avec la toute dernière génération de caméra numérique, ce qui devrait ravir les propriétaires des versions HD-DVD et Blu-Ray. Les pistes sonores Dolby 5.1 sont à la hauteur des images. Le thème musical de John Williams (un des points cruciaux de l'acceptation de Singer) sonne à merveille. Les effets ambiophoniques sont très percutants et adéquatement utilisés. On se fera plaisir en visionnant le film en version originale, tout en s'aidant, si besoin est, des sous-titres français ou anglais. Contrairement à ce qui est écrit sur le boîtier, il n'y a pas de sous-titres espagnols pour le film, seulement anglais et français. La page de menu principale est animée et sonorisée. Les pages secondaires sont muettes et statiques. À noter qu'à l'intérieur du boîtier, les collectionneurs vont trouver un petit catalogue fort intéressant pour commander différentes pièces dérivées du film.
Si le premier disque ne comporte que le film, tous les suppléments sont réunis sur le second disque. Curieusement, il n'y a pas de piste de commentaires, mais avouons que le documentaire de production "Requiem for Krypton: The Making of Superman Returns", divisé en sept parties directement accessibles ou en une seule fois. Ce très long film, présenté au format panoramique anamorphique, est en fait un journal de bord filmé, qui a suivi le réalisateur Bryan Singer depuis les prémices du projet (qui n'a pas encore été accepté par Warner) jusqu'à la fin du tournage. À regarder après avoir vu le film, nous avons droit à énormément de visibilité sur le plateau de tournage et surtout à une générosité de la part des principaux intervenants. Nous découvrons beaucoup de secrets et assistons à plusieurs moments privilégiés, que seuls les proches membres d'une équipe de tournage vivent en temps normal. On sera ainsi très surpris de constater que la plupart des sauts du jeune Clark Kent dans le champ de maïs sont réels, utilisant une technique assez complexe de câbles, que le réalisateur n'a pas hésité une seconde à essayer lui-même (pour savoir ce que les acteurs ressentent afin de ne pas trop les fatiguer. Tous les réalisateurs ne pensent pas comme ça! Même si ce documentaire dure près de trois heures, il se regarde avec curiosité et grand intérêt. On savait que le tournage d'un film était une chose complexe, mais là, on le voit, surtout que celui-ci est pour ainsi dire vraiment sur le haut du panier avec plus de 250 millions de dollars de budget, un record. Si vous voulez voir quelques scènes ratées lors du tournage, il suffit simplement de regarder le générique de fin de ce documentaire où il y en a quelques-uns de rassemblés. Même Superman a des moments de faiblesse!
Le supplément suivant est déjà connu des internautes puisqu'il a été disponible sur la toile peu de temps avant la sortie du film, au printemps 2006 : il s'agit de l'explication du trucage de la séquence utilisant les images déjà tournées par Marlon Brando en 1978 et qui ont été numériquement retouchées pour lui faire dire un nouveau texte. C'est quand même fou que la technique redonne même vie aux acteurs disparus (et son nom apparaît même au générique comme n'importe quel autre acteur). On poursuit avec onze scènes supprimées (ou rallongées), présentées dans leur montage final (sauf pour les "câbles" de voltige encore apparents). Une bonne partie de ces scènes se déroulent alors que Clark est de retour à la ferme de sa mère. On notera dans la scène de la chambre les cadres avec des photos de la famille, dont son père adoptif, joué par l'acteur Glenn Ford dans le film de 1978. On peut facilement dire que ces scènes auraient trouvé leur place dans le montage final, dont une qui aurait permis de mieux comprendre un passage. Il faut préciser à ce stade que tous les suppléments présentés ci-dessus sont sous-titrés en français (avec du maïs qui se transforme en blé) et que les pages de menu sont aussi en français (si votre lecteur est programmé pour lire cette langue en priorité). Certains passages utilisant un langage vulgaire sont censurés. Un petit supplément caché (Easter Egg) nous offre un montage des différentes prises de la scène où Lex Luthor veut faire prononcer à Lois que Superman viendra les sauver, mais l'interrompt par un "wrong" retentissant. Pour y accéder, simplement aller sur la page listant les scènes supprimées et appuyer sur la flèche vers le bas jusqu'à l'apparition du S de Superman, tout en bas de la page. Et on termine cette belle partie de suppléments par des bandes-annonces du film, de jeux vidéos et surtout la présentation des nouveaux DVD des quatre premiers films, dont la Christopher Reeve Superman Edition, un coffret bilingue de huit disques regroupant les quatre films de l'acteur, ou la toute nouvelle édition Superman II : Richard Donner Cut. Et si vous désirez la totale, qui n'est pas présentée dans les suppléments, le coffret ultime avec Superman Ultimate Collector's Edition, où sur 14 DVD, on retrouve toutes les éditions mentionnées ci-dessus plus celle de "Superman Returns" détaillée dans cette critique ainsi que des suppléments additionnels.
Vous ne douterez pas qu'il existe des tonnes d'anecdotes entourant ce film, trop pour les reprendre ici. Une petite recherche sur Internet vous en livrera beaucoup. Je vais quand même vous en livrer quelques-unes ici, en essayant de ne rien dévoiler de l'intrigue. Vous ne vous rappelez peut-être pas de la série télévisée des années 50 avec George Reeves, mais sachez que le Jimmy original de la série, Jack Larson, se retrouve face à son double dans une scène, car c'est le barman qui sert Clark et Jimmy peu après leurs retrouvailles. Malgré bientôt 80 ans, il a accepté d'aller jusqu'en Australie, lieu de tournage du film. Dans la même veine, c'est Noël Neill, une des premières Lois Lane dans une version cinéma de 1948, ainsi que dans la série de 1952, qui joue le rôle de Gertrude Vanderworth mourante (elle avait déjà joué la mère de Lois Lane dans le version de 1978). Brandon Routh a surtout été retenu par Singer, car lors de leur première rencontre, dans un café, Routh a recraché sa boisson parce qu'elle était trop chaude, donnant alors au réalisateur l'image d'un Clark gaffeur.
Mais l'anecdote la plus intéressante consiste certainement en la présence de sir Richard Branson dans la composition de l'équipage de la navette spatiale. Il faut savoir que M. Branson, patron de la compagnie Virgin, a mis sur pied les premiers vols dans l'espace à compter de 2008 ou 2009. Et le principe de lancement sera assez proche de celui utilisé dans le film, à la seule différence que la navette sera sous le ventre de l'avion porteur et non sur le dos. Reste qu'il faut quand même avoir un certain sens de l'humour (presque noir) pour accepter de participer à une scène proche de la réalité de cet homme d'affaires, mais qui, dans le film, ne se déroule pas exactement comme prévu.
À l'image de la série de films des années 80, celui-ci se termine aussi sur Superman qui regarde vers la caméra tout en s'éloignant, comme s'il nous disait "À bientôt". Et bien, sachez que ce sera pour le mois de juin 2009, alors que sortira la suite, intitulée Superman : The Man of Steel. Le projet de ce nouvel épisode des aventures de Superman a en quelque sorte, déchaîné les passions à Hollywood pendant près de dix ans, puisque plusieurs acteurs et réalisateurs ont tour à tour été pressentis pour le mener à bien. Mais comme le dit un des intervenants dans le documentaire, un acteur trop connu dans le costume de Superman aurait certainement fait de l'ombre à l'histoire. On ne saura donc jamais ce qu'aurait été la version des autres réalisateurs, mais je dois bien avouer que celle de Bryan Singer a de quoi ramener beaucoup de fans devant leur écran. Et on ne s'en plaindra pas. C'est un réalisateur très respectueux, très attentionné, fidèle avec ses acteurs (ils se retrouvent souvent dans ses films) et surtout très généreux. Et qu'on le veuille ou non, cela se voit dans ses films. Une excellente édition proposée par Warner, un excellent cadeau ou simplement un achat très recommandé. Et surtout un merveilleux hommage à la version de Richard Donner.
| Film | 9 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 9 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 9 |