Sans être des œuvres importantes à voir absolument comme Brazil ou Blade Runner, il y a quelques films qui ont marqué l'imaginaire par leur vision unique et inspirante. Les exemples sont nombreux et ils vont de Labyrinth à Dead Poet Society. Le long-métrage "Taps" est à classer dans cette catégorie de petite production imparfaite ayant inspiré sa génération. Vingt-cinq années après sa sortie en salles, une édition spéciale voit le jour en format DVD pour rappeler l'importance de penser par soi-même et la nécessité de séparer les discours chimériques de la difficile réalité.
Une école militaire de cadets doit fermer ses portes dans la prochaine année. Une décision économique qui ne plaît pas aux principaux intéressés. Soufflés par la vision noble et droite du général Harlan Bache (George C. Scott), des jeunes soldats décident de se cantonner dans ce lieu important afin de montrer aux autorités de quoi ils sont capables. Très rapidement, le code de l'honneur devra affronter la pression extérieure orchestrée par les forces de l'ordre et les parents. Pour la bougie d'allumage Brian Moreland (Timothy Hutton), la résistance est nécessaire et les armes seront employées afin que les revendications soient respectées. Une décision qui risque de complètement changer la situation.
Par son sujet difficile qui risquait d'entraîner une parcelle de la population à monter aux barricades, le projet de "Taps" a longtemps été relégué aux calendes grecques. À force d'efforts multiples et de pressions incessantes, le film sort finalement au courant de 1981, remportant un succès d'estime très appréciable. Il faut avouer que les thématiques chaudes (l'endoctrinement, le fait de toujours suivre l'ordre établi) sont propices à inspirer une jeunesse en manque de repères. Grâce à une recréation hallucinante d'un milieu militaire, un microcosme est analysé en soupesant ses forces et ses lacunes. En utilisant un humour et des thèses qui ne sont pas toujours politiquement correctes, la force d'évocation transcendait le cadre pour devenir unique.
Pourtant, la production est loin d'être parfaite. Les longueurs se font parfois ressentir et le rythme est chancelant. L'apport du cinéaste Harold Becker est minime, sa réalisation peu musclée ne relève en rien les promesses d'un tel scénario. La distribution est toutefois exemplaire. De jeunes comédiens campent des personnages mi-torturés mi-stéréotypés avec un aplomb indéniable. Il y a un intense et baveux Tom Cruise qui ressort du lot avec son visage angélique. Et un plus tempéré Sean Penn, déjà cynique et ailleurs, pour méditer sur la situation. Dommage que le rôle principal a été confié à un Timothy Hutton plat et souvent inexpressif. Tout le contraire du fascinant et égayant George C. Scott qui s'efface beaucoup trop rapidement.
Les images sobres sont de très belle qualité. La définition des contours est excellente et la qualité des textures demeure toujours appréciable. Un peu de blocage peut apparaître sur des pieds de micro et des égratignures surgissement furtivement, sans trop affecter le résultat final. De très visibles sous-titres blancs sont disponibles et il ne faudra pas s'en priver. Car la piste sonore anglaise Dolby Digital 4.0 est loin d'être extraordinaire. Des bruits de trompettes sortent parfois des enceintes situées sur le côté, mais ce n'est pas suffisant pour racheter ces dialogues qui sont beaucoup trop difficiles à saisir. Hausser le volume de la télécommande est une façon de ne rien manquer, mais lorsque la musique explose (et elle le fait souvent), ce n'est pas agréable pour les tympans. Quoique limitée, la piste sonore mono en français est efficace et la traduction, plutôt réussie.
L'élégante pochette grise n'est pas celle utilisée lors de la sortie du film. Il s'agit plutôt d'un montage pour mettre en valeur les personnages de Tom Cruise et de Sean Penn, deux très grandes vedettes du système hollywoodien. Un court livret présente les enjeux et il est agréable à consulter. Le menu principal du DVD fait défiler des honneurs sur une musique solennelle, lourde de sens. Les icônes sont évidentes et facile à accéder. Les suppléments favorisent la qualité à la quantité. Un documentaire de trente minutes traite de l'importance de créer un tel film, du choix difficile des acteurs, du réalisme stylisé utilisé et de la singularité du lieu de tournage. Tout cela en multipliant les anecdotes et les photos de tournage. Une option un peu longuette, mais assez complète. Un historien évoque les trois notes musicales de "Taps" en parlant de leur importance sur les militaires et en démêlant les mythes de la réalité. C'est bon à savoir. Six publicités et bandes-annonces sont disponibles pour mettre l'eau à la bouche et il y a une piste de commentaires du réalisateur Harold Becker. Cette dernière est très inspirée et inspirante. Le cinéaste du navrant Domestic Disturbance parle de son film le plus important avec chaleur, précision et amabilité. Il s'intéresse à tous les éléments comme les décors, les comédiens et le contexte historique sans se perdre ou être redondant. Seule sa voix rauque empêche parfois de tout saisir à la perfection.
Peu importe les époques, "Taps" est une œuvre qui fait réfléchir. Le scénario est riche sans être didactique, alors que l'humour et la présence naturelle d'acteurs généralement chevronnés sont deux atouts considérables pour assurer un visionnement positif. Une vision tempérée universelle doublée d'options de qualité qui font oublier que le tout s'étire un peu trop longtemps.
| Film | 7 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 6 |