Quand l'ambition tue son homme. Ce film, librement adapté de la vie du milliardaire Howard Hugues, dépeint avec une certaine tristesse la vie froide qu'on vécu ou même que peuvent vivre ces hommes d'affaires mariés avec leur usine ou leur avion. Le manque flagrant d'humanité qui nuit irrémédiablement à une vie sociale de tous les jours.
Jonas Cord Jr (George Peppard) est un jeune homme un peu tumultueux du début des années trente. Joueur, buveur et dragueur, il est la honte de son père, respectable homme d'affaires à la tête de la Cord Chemicals Company. Alors que Jonas arrive à bord d'un aéroplane gagné au jeu, au-dessus de l'usine de son père, il va porter un coup fatal à ce dernier. Terrassé par une crise cardiaque (en fait, une embolie cérébrale, mais Jonas trouve que ça fait mieux), le père Cord meurt pratiquement dans les bras de son fils. Le manque total d'émotion face à ce drame soudain sera d'ailleurs la marque indélébile de Jonas Cord Jr pour les années à venir. Alors que le corps de son père gît encore sur le sofa, il ordonne déjà les modifications à apporter à l'usine ainsi que ses projets d'agrandissements.
Emporté par la fougue de vouloir toujours en faire plus et encore plus, le nom de Cord va bientôt apparaître sur de nombreuses usines ou corporations, par exemple des compagnies d'aviation ou encore des studios de cinéma. On se demande même quelles sont les réelles intentions de ce jeune homme d'affaires, car il n'y a aucune jalousie dans ses agissements, seulement la volonté de vouloir plus et encore plus. Outre cette boulimie en affaire, il veut tout contrôler lui-même et refuse qu'on lui mette des bâtons dans les roues. Il n'a aucune habilité avec le genre humain, prenant ce qui lui tombe sous la main au moment où il en a besoin et laissant tomber les personnes quand il a autre chose à faire. Son enfance tumultueuse, sa belle-mère Rina (Caroll Baker) qui était en fait un de ses amours de jeunesse que son père lui prît, car il "était trop jeune" selon lui, un secret familial et un environnement froid n'ont certainement pas contribué à le rendre ne serait-ce qu'un petit peu humain.
Comme je le disais en commençant cette critique, il est assez facile de rapprocher cette histoire avec celle aussi tumultueuse et controversée du magnat Howard Hugues. Sa passion en affaires, pour le cinéma et aussi pour l'aviation nous donne pas mal de points communs. On pourra même reconnaître le personnage de Jean Harlow dans celui de la belle-mère devenue star et qui se marie avec un acteur du muet, Nevada Smith (Alan Ladd) dans le film tout comme le fit dans la réalité Jean Harlow en rencontrant l'acteur William Powell. Bref, autant de petits points communs qui nous font assez vite sauter aux conclusions.
"The Carpetbaggers" ("Les ambitieux, ou la légende de Jonas Cord" en français) est un film plutôt attachant malgré ses deux heures et demie qui se laisse regarder d'un trait tant l'histoire va vite, aussi vite que la vie tumultueuse de ce Jonas Cord Jr. On croirait regarder un feuilleton de plusieurs épisodes en un seul. Il est tiré d'un livre d'Harold Robbins qui porte le même titre. Robbins a aussi participé à l'écriture du film.
Avec une qualité d'image inégale, surtout lors des premières minutes, ce DVD reste malgré tout très acceptable. Il se démarque surtout par la belle bande sonore anglaise Dolby Digital 5.1, même si les effets sont somme toute limités dans les haut-parleurs arrière. Elle est vraiment loin des deux autres pistes sonores, même celle qui est restaurée (l'anglaise mono). Il y a même des scènes où on entend des sons d'accompagnement uniquement dans la piste sonore en Dolby Digital 5.1. Comme je le disais, l'image du début principalement, est inégale. Par la suite, nous avons droit à des couleurs et des images plus stables, qui donnent toute la beauté du travail fait sur ce film. Côté production du DVD, il n'y a rien d'autre pour nous satisfaire, même pas une bande-annonce. C'est dommage.
Ce film a soulevé quelques tollés lors de sa sortie puisqu'il osait montrer des choses que peu avaient eu l'impertinence de faire auparavant. Le Hollywood des années trente était montré d'une façon crue et directe, moins glamour que ce que beaucoup croyaient. C'est peut-être pour cela que finalement ce film est plaisant et surtout assez intéressant. Et un dernier conseil amical : si vous rencontrez un jour un Jonas Cord Jr en puissance, ne lui dites pas qu'il est fou. Vous pourriez le regretter…
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