THX-1138
The George Lucas Director's Cut
Warner Home Video

Réalisateur: George Lucas
Année: 1971 / 2004
Classification: PG
Durée: 88 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD51), Espagnol (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnole
Nombre de chapitres: 24
Nombre de disques: 2 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Alexandre Martin
15 octobre 2004

De nos jours, le sigle THX est plutôt reconnu comme un symbole de contrôle de qualité pour les films, cinéma-maison et salles de cinéma. Ce système a été instauré par George Lucas afin d'assurer que ses films soient vus dans des conditions optimales, en contrôlant non pas uniquement les produits, mais aussi le contexte de visionnement. Il trouvait aberrant de savoir ses films joués dans des salles mal calibrées, avec des haut-parleurs défectueux et un écran hors foyer, alors qu'il avait mis tant de temps et d'énergie à techniquement les perfectionner. (Un de nos lecteur nous a avisé que le sigle de la compagnie provenait probablement de l'acronyme "Tomlinson Holman eXperience", un des ingénieurs qui a travaillé sur le projet initial.)

Bien peu de gens savent que les lettres THX font aussi partie du titre de son tout premier film de Lucas, "THX 1138". Après en avoir fait un court métrage lors de ses études universitaires, le film est devenu le projet phare d'une toute nouvelle maison de production dont il faisait partie, American Zeotrope. Inspiré par les nouveaux courants cinématographiques d'Europe, Francis Ford Coppola avait eu la brillante idée de fonder cette compagnie, pour offrir un cinéma alternatif à Hollywood. Le projet avait démarré en trombe, avec sept projets de films financés par Warner, dont Apocalypse Now (qui devait d'ailleurs être réalisé par Lucas) et "THX 1138".

Le film se déroule dans une temporalité et une location indistincte. Dans ce monde, les émotions sont proscrites, de même que toute forme de sexualité directe: les sentiments doivent obligatoirement être refrénés par une drogue. La population travaille sans relâche, étant sans cesse surveillée pour éviter tout écart. THX 1138 vit dans cette société, mais, de plus en plus, lui et sa colocataire, LUH 3417, commencent à ressentir des émotions. Cette dernière échange même les doses de drogues répressives de THX pour que celui-ci "s'éveille"; ensemble, ils vont même jusqu'à consommer leur amour. Bien entendu, la société (où est-ce le gouvernement?) voit tout, et met THX aux arrêts. En prison, il fait la rencontre de SEN 5241 (Donald Pleasence) et SRT (Don Pedro Calley), un hologramme vivant; ensemble ils tentent de s'évader, mais seul THX y parvient. Après une folle poursuite dans ce monde souterrain, il réussit finalement à échapper au joug de la société, grâce à une faille administrative du système; pour la première fois de sa vie, il est libre.

Pour les fans de Star Wars, "THX 1138" peut certainement s'avérer une énorme déception, les films étant tout à fait à l'opposé, autant dans leur approche cinématographique que dans leur scénario. Sans que "THX 1138" soit réellement un film de science-fiction, il en comporte plusieurs éléments au niveau conceptuel. Par exemple, la société décrite peut facilement être perçue comme un futur probable. La partie la plus intéressante est sans doute le scénario. Tout l'univers est pensé jusqu'au moindre détail. Les dernières minutes du film sont excellentes; le dénouement final est bien amené et s'inscrit directement dans la mentalité qui nous est présentée tout le long du film. L'atmosphère visuelle et sonore est aussi bien conçue; l'absence de couleurs des décors se marie parfaitement à l'absence d'émotions des personnes et aux dialogues minimalistes. Le résultat final est presque hypnotique. La conception sonore est aussi remarquable; chaque son est étudié et est présenté d'une façon particulière, ce qui ajoute encore plus à l'ambiance du film. La trame sonore de Lalo Schiffrin (surtout connu pour la musique de la série Mission: Impossible) est des plus originale: de la musique classique est intégrée à une musique futuriste d'une façon étrange, mais remarquable. Notamment, on reconnaît les thèmes du Stabat Mater de Pergolesi et de la Passion selon St-Mathieu de Bach. Bref, le film dans son ensemble consiste en une expérience cinématographique des plus originale.

Après 33 ans, George Lucas a enfin pu terminer son tout premier film, et nous l'offre comme il aurait voulu le faire à l'époque (en y ajoutant aussi quelques effets spéciaux). Les minutes que le studio avait coupées sont donc réintroduites. Pour ce qui est des autres changements, ce sont principalement des arrières plans qui ont été refaits, maintenant animés et plus jolis. La course de voiture a, elle aussi, été grandement améliorée, avec plus d'obstacles. Évidemment, cette nouvelle version de "THX 1138" s'inscrit dans la même ligne de pensée que la sortie DVD récente de la trilogie Star Wars: George Lucas refuse de remettre en circulation la version originale de ses films. Dans le cas de "THX 1138", la question ne se pose même pas puisque les changements sont purement esthétiques. De plus, comme la version originale avait été charcutée par les dirigeants de Warner, il est tout à fait normal que Lucas veuille présenter au public le film comme lui le voyait. Et, évidemment, tout comme l'est Star Wars, "THX 1138" est son oeuvre; il peut donc bien en faire ce qu'il veut...

Pour cette édition DVD, la qualité visuelle est excellente; on n'a aucunement l'impression que le film date de près de 35 ans. Bien entendu, le fait que le film est presque en entier en blanc aide un peu, mais néanmoins, la restauration est exceptionnelle. Les couleurs sont vives (lorsqu'il y en a, brièvement...) et les teintes sont bien échelonnées. On ne remarque aucun défaut de transfert et encore moins de compression. Bien entendu, le DVD est certifié THX!

L'aspect sonore, bien qu'excellent, n'est pas aussi impressionnant que l'aspect visuel. Il est beaucoup plus difficile d'améliorer le son que l'image. La piste 5.1 est efficace, même si l'ambiophonie est parcimonieuse, étant plutôt réservée à une profondeur sonore musicale. Les basses fréquences sont assez bien représentées. Le problème se situe au niveau du manque de hautes fréquences, ce qui rend les effets sonores un peu fades (la course de voiture, par exemple). Néanmoins, pour un film de cet âge et de ce budget, le résultat sur DVD est des plus impressionnant.

Comme on pouvait s'y attendre d'un DVD d'un film de George Lucas, cette édition est bourrée de suppléments. Pour commencer, on retrouve sur le premier disque (celui du film) une piste de commentaires faite par George Lucas et le monteur sonore/mixeur/assistant scénariste Walter Murch. La piste est très technique et très intéressante au niveau des anecdotes et précisions. On retrouve ensuite une piste ne comportant que les effets, le bruitage et la musique. Comme le film n'a pas beaucoup de dialogues, cette piste est amusante, mais l'intérêt est somme toute assez sommaire. Finalement, sur ce disque on retrouve un mode spécial d'écoute permettant de visionner tout au long du film de petites capsules informatives faites par Walter Murch sur l'aspect sonore de "THX 1138".

Le second disque est quant à lui uniquement réservé aux suppléments. On y retrouve tout d'abord un très intéressant documentaire sur l'histoire d'American Zoetrope, "A Legacy of Filmmakers: The Early Years of American Zoetrope". On y apprend en détail l'état d'Hollywood à la fin des années 60 et comment des étudiants de USC (University of Southern California) et UCLA (University of Califorina, Los Angeles) ont réussi à faire bouger les choses. Tout le long du documentaire, on peut voir les interviews de réalisateurs devenus maintenant célèbres comme Steven Spielberg et Martin Scorsese ainsi que, bien entendu, Francis Ford Coppola et George Lucas. Ce documentaire vaut certainement à lui seul l'achat de cette édition DVD. On nous présente ensuite un second documentaire ("Artifact from the Future: The Making of THX 1138"), lui, exclusivement consacré à "THX 1138". À peu près les mêmes intervenants que le documentaire précédent y figurent. Un autre documentaire est aussi inclus, "Bald", celui-ci datant de la sortie originale du film. Comme son titre l'indique, une bonne partie du propos tourne autour du fait que les acteurs ont dû se raser le crâne pour le film. Ce disque nous offre aussi un autre supplément très intéressant: le court métrage original "Electrionic Labyrinth THX 1138 4EB", celui qui avait été fait par Lucas alors qu'il fréquentait l'université USC. Finalement, ce DVD est complété par les bandes-annonces d'origines et celle de la sortie du présent film. Les menus du DVD sont généralement animés, sous un fond sonore.

Bref, même si ce film, un peu austère, ne plaira certes pas à tous, les fans de George Lucas et de son oeuvre pourront certainement être intéressés par ce coffret DVD, ne serait-ce que pour l'excellence des suppléments qui y sont inclus. Notons aussi que la présence de Walter Murch dans presque tous les suppléments fait en sorte que ceux qui sont passionnés par l'aspect sonore des films en auront pour leur argent.


Cotes

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Audio9