L'ex-Monty Python Terry Gilliam est sans contredit l'un des réalisateurs contemporains les plus intéressants. Chacun de ses films nous présente un univers différent, souvent étrange, où l'imagination et le rêve y jouent toujours un rôle capital. Avec "Tideland", son dernier opus, passé inaperçu lors de sa sortie en salles, le réalisateur américain expatrié en Angleterre poursuit son œuvre personnelle contre vents et marées.
Bien qu'il ait choisi ici de tourner un film plus intime, moins extravagant que ses longs-métrages précédents, il règne tout de même dans "Tideland" une atmosphère étrange, à la limite de l'imaginaire des rêves d'enfants et des cauchemars d'adultes. Monsieur Gilliam a même cru nécessaire d'insérer une petite présentation précédant le film, où il nous demande de voir le film avec nos yeux d'enfants, quand l'innocence prévalait sur les inhibitions de l'âge adulte.
Comme le film traite d'un sujet très noir - une petite fille laissée orpheline par deux parents décédés d'une surdose de drogue - beaucoup de critiques ont été choquées du traitement plutôt fantaisiste et léger que le réalisateur a imposé au film. De voir la jeune héroïne (sans jeu de mot!) de l'histoire préparer les seringues de ses parents accrocs, ou encore de jouer avec le corps en putréfaction de son père (excellent Jeff Bridges) en le déguisant comme s'il était un simple mannequin, n'est peut-être pas du goût de tous, mais de là à crier au scandale comme certains l'ont fait il y a un monde. Peut-être est-ce un peu cette polémique qui a nui au film lors de sa sortie en salles.
Toujours est-il que "Tideland" est un beau petit film truffé de moments brillants et à l'imaginaire débordant. Bref une réussite pour Gilliam et un plaisir à regarder pour ceux et celles qui aiment son cinéma délirant ou qui n'ont pas peur de plonger dans les eaux troubles des films hors normes...
Le scénario, peut-être la partie la plus faible du film avec ses quelques longueurs et son manque de but final, raconte la vie de Jeliza-Rose (formidable Jodelle Ferlan),une jeune fille d'une dizaine d'années ayant perdu ses deux parents et se retrouvant obligée de vivre dans une maison abandonnée en plein milieu des prairies du Mid-West américain (le film fût tourné en Saskatchewan en fait!). Comme compagnons de jeu, elle ne possède que quelques têtes de poupées qu'elle place au bout de ses doigts et avec qui elle dialogue. Jusqu'au jour où elle rencontrera le jeune voisin, handicapé mental et sa sœur une vieille fille étrange et un peu sorcière. Tranquillement les pièces se mettront en place, les secrets passés seront révélés et les vieux démons ressortiront...
Au niveau visuel, comme pour tous les films de Gilliam (Brazil, The Adventures of Baron Munchausen), on a ici une direction photo superbe, avec de merveilleux moments lors des séquences extérieures où le jaune doré de champs de blé bercés par le vent explose littéralement à l'écran. Tout le film a aussi subi un traitement des couleurs en exacerbant l'intensité et donnant vraiment un ton étrange au visuel, se mariant bien à la bizarrerie du propos. Un excellent transfert nous permet de profiter pleinement de cette féerie visuelle. Pour le son, encore là quelques moments d'épiphanie avec les silences envoûtants de la quiétude de la prairie incroyablement et étonnement présents. Le tout étant en plus amélioré par une piste Dolby Surround 5.1 remplissant la pièce et donnant un aspect tridimensionnel au décor simple, mais magique. Il est important de noter que la version américaine du DVD (mais pas la canadienne) présente le film sous un rapport de 1.78:1 et non sous celui de 2.25:1 approuvé par le réalisateur à partir du format original de 2.35:1. Cette erreur devrait être corrigée bientôt et le film sera finalement disponible aux États-Unis dans la version correcte.
Pour les suppléments, encore là on y est allé généreusement avec un plein disque de bonheur. En plus du traditionnel "making of" on retrouve un autre film sur Terry Gilliam ("Getting Gilliam"), faisant l'apologie de la carrière du réalisateur, tourné par un confrère et admirateur, le Canadien Vincenzo Natali (Cube). Les deux réalisateurs ont même pris le temps d'ajouter une bande de commentaires (optionnels) sur ce film-hommage. Puis une bonne entrevue de Gilliam ainsi qu'une autre du producteur Jeremy Thomas. Ensuite, on retrouve bien sur un commentaire de Gilliam pour toute la durée de "Tideland", quelques scènes retranchées et commentées et une séquence sur écran vert décortiquée par le réalisateur avec les résultats des différentes étapes menant à la complétion de la scène. Bref, quelques heures heureuses passées avec un réalisateur fascinant et hors du commun.
| Film | 8 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | 9 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |