Quelques semaines après nous avoir proposé l'excellent film Brokeback Mountain, Alliance Atlantis récidive dans les sujets un peu marginaux avec un autre petit film passé pratiquement inaperçu, même si son interprète principale, Felicity Huffman, a gagné le Golden Globe de la meilleure actrice et a été nominée pour l'Oscar de la meilleure actrice à la dernière remise de ces trophées. "Transamerica" est de ces films que l'on découvre parfois au hasard d'une bande-annonce et dont les images vont rester là, dans la mémoire, jusqu'à ce qu'on décide d'en voir plus.
Comme chaque jour, Sabrina Osbourne, qui veut qu'on l'appelle "Bree" (Felicity Huffman), se prépare pour aller travailler dans un restaurant mexicain, quelque part dans la banlieue de Los Angeles. Mais son rituel a quelque chose d'un peu inhabituel. Elle doit apprendre à modifier sa voix et surtout à cacher une partie de son anatomie en contradiction avec son genre: un sexe masculin. Mais bientôt ce ne sera qu'un souvenir. Bree, qui s'appelait Stanley dans une autre vie, pourra enfin terminer sa métamorphose transsexuelle et être une femme à part entière. Plus qu'une semaine avant le grand jour. C'est alors qu'elle reçoit cet appel mystérieux d'un jeune garçon incarcéré à New York et qui recherche Stanley. Pour Bree, ce prénom et la personne qui y est rattachée n'existent plus. Mais quand l'interlocuteur dit qu'il le recherche, car c'est son père, la situation est différente. Effectivement, elle se rappelle être sortie avec la mère du jeune appelant à un moment donné. C'est donc bien possible. Sur les conseils de sa thérapeute Margaret (Elizabeth Pena), elle se doit d'affronter son passé et va à New York pour sortir son fils de prison.
Mais arrivée sur place, elle se retrouve face à un jeune homme de 17 ans, Toby (Kevin Zegers) qui semble bien perdu, entre la prostitution et la drogue. Elle n'ose pas encore lui avouer qui elle est vraiment, se faisant passer pour une bénévole d'un organisme chrétien. Mais sa première idée, de lui donner un peu d'argent et de revenir chez elle, ne semble plus appropriée. Elle décide alors d'acheter une vieille voiture et de conduire Toby chez son beau-père, même si le jeune ne veut pas le revoir. Et voilà nos deux êtres assez éloignés partis pour un "road movie" qui traversera le continent et leur fera connaître de nombreuses péripéties, mais qui, d'une certaine façon, leur permettra de se connaître et, peut-être, de s'apprécier.
Avec son personnage complètement à contre-courant, Felicity Huffman offre ici un jeu extraordinaire d'une femme-homme qui se cherche. Enlaidie pour le rôle, elle est une Bree convaincante qui veut s'échapper du corps de Stanley, qui semble déjà bien loin. Nous sommes donc assez loin de la plastique de Lynette Scavo de la série Desperate Housewives. Celle qui s'éloigne rarement de son mari, l'acteur William H. Macy avec qui elle vit depuis près de 25 ans (il est d'ailleurs producteur associé de "Transamerica"), est apparue dans de nombreuses séries télévisées, telles que The X-Files, Chicago Hope, Frasier ainsi que dans le film Magnolia. Pour le rôle de Toby, nous retrouvons le jeune acteur canadien Kevin Zegers, certainement plus connu pour son rôle de Josh dans la série de film Air Bud (où le chien, dans la version française, s'appelle Tobby). Zegers a pourtant une longue liste de productions derrière lui malgré ses 22 ans. Plus récemment, il était un policier pourchassé par morts-vivants dans Dawn of the Dead ou, dans un autre registre (mais pourtant proche de celui qu'il interprète dans le film critiqué ici), un jeune délinquant qui retrouve un certain équilibre dans The Incredible Mrs Ritchie avec Gena Rowlands et James Caan. Il est apparu dans plus de quarante films depuis qu'il a débuté sa carrière.
Offert dans un boîtier glissé dans un fourreau de carton, je regrette un peu la pellicule holographique collée sur la face avant qui nous permet de voir l'image originale de Bree mais aussi, selon l'orientation, celui de Felicity Huffman "au naturel". Sans dénier la beauté de l'actrice, je dois dire qu'elle n'apparaît jamais sous cette apparence dans le film. Donc, pourquoi avoir mis cette image dans ce montage? C'est un peu dommage. Pour ce qui est de la qualité des images, le film, présenté au format panoramique, bénéficie d'un excellent transfert malgré quelques petits fourmillements apparents lors de transitions nettes. Pour ce qui est du son, il faut bien avouer que les versions anglaises et françaises se valent par leur qualité et l'utilisation des canaux ambiophoniques. On appréciera plus la voix originale de Felicity qui devait être un peu plus cassée. La page de menu principale est animée et sonorisée. Les pages secondaires sont statiques et muettes.
Du côté des suppléments, nous avons tout d'abord une piste de commentaires du réalisateur Duncan Tucker, pour qui "Transamerica" est son premier film complet, ayant auparavant réalisé un des segments, "The Mountain King", du film Boys To Men. Son intervention dans la piste de commentaires se veut surtout explicative en amenant principalement des anecdotes de tournage. Puis on le retrouve dans deux documentaires de production où il interagit tout d'abord avec Felicity Huffman et ensuite avec Kevin Zegers. Il aurait été plus intéressant certainement de les avoir tous les trois en même temps. Puis nous avons droit au vidéoclip de Dolly Parton pour la chanson thème "Travelin' Through" ainsi qu'un documentaire sur le tournage du clip. Enfin, un peu moins de quatre minutes de scènes ratées sans grand intérêt malheureusement.
Le film, classé pour les plus de 16 ans, contient effectivement quelques scènes à connotations sexuelles avec un peu de nudité (il n'y a pas de doutes, la chirurgie fait des miracles...) ainsi que des dialogues assez fleuris. Malgré tout, ces scènes s'intègrent de bonne façon, même si elles peuvent surprendre par leur côté direct. C'est certainement un des points intéressants du film.
Alliance Atlantis nous offre ici un des "petits grands" films de cette saison cinématographique. "Transamerica" nous fait faire un voyage dans notre mental, nous surprenant parfois à réagir devant les images comme on le ferait devant une retransmission sportive, donnant à Bree des conseils sur ses actions. Nous ne sombrons jamais dans un délire de larmes, mais restons souvent au bord de la frontière qui sépare le rire de la tristesse. D'ailleurs, il n'y a pas vraiment de fin idéale à ce film. Une excellente recommandation avec ce film, pour le moins que l'on accepte le sujet, tout comme avec Brokeback Mountain.
| Film | 9 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |