Autant le hockey est un sport populaire au Québec, autant le football - le "vrai" football, et non le soccer - est le sport de prédilection des Américains. Tout le monde sait que le Superbowl, le match ultime de la Ligue Nationale de Football (NFL), est l'émission la plus écoutée sur la planète. Mais ce que tous savent moins, c'est l'ampleur que prend le phénomène au niveau universitaire (de même qu'au niveau secondaire, comme on peut le voir dans le film "Friday Night Lights"). Les parties universitaires sont de loin les plus courues et, malgré des stades immenses de près de 60 000 sièges, il est extrêmement difficile d'obtenir des billets pour y assister.
L'exemple de l'University of Michigan est particulièrement éloquent. Située à Ann Arbor, un petit "village" de 114 000 habitants, l'université possède un stade de football pouvant accueillir 111 000 spectateurs - c'est d'ailleurs le plus grand au monde - et il est rempli pour tous les matchs, et ce, depuis des décennies. Ce qui est encore plus remarquable est que ce ne sont pas les habitants de la ville qui assistent aux matchs: pour avoir des billets, il faut être étudiant à l'université; tous les autres billets en sont de saison et sont détenus depuis des années par les familles d'anciens étudiants. Certains amateurs peuvent être chanceux et se procurer illégalement des billets par des revendeurs; les moins chanceux, souvent deux ou trois mille personnes, écoutent le match dans le stationnement, autour d'un téléviseur et d'un BBQ. Les douze matchs de la saison ont lieu le samedi, mais les festivités commencent le vendredi, avec un "pep rallye". D'ailleurs, tous les secteurs d'activités de l'université en profitent: les élèves en musique joignent la fanfare pour le spectacle de la mi-temps, l'équipe de gymnastique se transforme en meneurs et meneuses de claques, les autres équipes sportives d'élite se programment un match la veille ou le matin, les chorales donnent des concerts sur le campus, les associations étudiantes vendent des hot-dogs et rafraîchissements; et j'en passe. Bref, à raison de six fins de semaine par année, la population de la ville double littéralement, et l'université se transforme complètement pour vivre au rythme du match de football.
Étant donné le phénomène énorme qu'est le football universitaire aux États-Unis, il est facile de comprendre à quel point l'entraîneur-chef de l'équipe a un statut de demi-dieu. Mais, pour paraphraser l'oncle de Spider-Man, avec de grands pouvoirs viennent une pression énorme (de même qu'un énorme salaire). Avec la comédie de situation "Coach", dont la présente critique fait état, c'est donc ce dur métier qui est exploré, tant au niveau professionnel qu'au niveau personnel. Cependant, il ne faut certainement pas s'attendre à une recréation fidèle de la vie d'un entraîneur-chef, loin de là; il s'agit, après tout, d'une comédie.... Pour sa première saison de diffusion, "Coach" nous offre 13 épisodes. Au départ, la série en remplaçait une autre, ce qui explique ce nombre réduit d'épisodes. Mais des suites d'un succès incontestable, la série a été renouvelée pour huit saisons qui, espérons-le, paraîtront toutes sur DVD.
L'histoire générale de "Coach" met donc en vedette Hayden Fox (Craig T. Nelson), l'entraîneur-chef de l'équipe de football "Screaming Eagles" de Minnesota State University. À son poste depuis quelques années, il est très respecté à l'université et dans la ligue puisqu'en quelques années, il a réussi à faire passer son équipe d'un statut médiocre à un statut acceptable. Pour son travail, il est assisté de son meilleur ami, Luther Van Dam (Jerry Van Dyke, le frère de l'autre), qui lui sert de coordonnateur défensif, ainsi que d'un ancien joueur, Dauber Dybinski (Bill Fagerbakke), dont le poste n'est pas exactement défini (bien qu'à son gabarit, on puisse penser qu'il s'occupe des joueurs de ligne). En apparence célibataire, Coach Fox entretient toutefois une relation plus ou moins secrète avec une journaliste, Christine Armstrong (Shelley Fabares); n'habitant pas la même ville - Coach Fox habite le campus -, ils ne se voient que la fin de semaine. Évidemment, lors des fins de semaine de match, ils ne se voient qu'à partir du samedi soir, et seulement si les "Screaming Eagles" ont gagné... En plus de devoir jongler avec ses responsabilités professionnelles et sa relation amoureuse, sa fille dont il n'avait plus la garde depuis très longtemps, vient s'ajouter à sa vie en s'inscrivant à l'université. Celle-ci est d'ailleurs à l'origine de nombreuses frictions avec Coach Fox, ne serait-ce que par le fait qu'elle étudie l'art et la danse, ce qui est pratiquement l'opposé du football... Comme la plupart des entraîneurs de football, la vie de Hayden Fox gravite entièrement autour de ce sport, et tout le reste n'est que distraction sans intérêt; c'est donc avec le raisonnement et l'expérience d'une enfant de dix ans qu'il affronte les impondérables de sa vie, ce qui, la plupart du temps, tourne au ridicule...
Il est tout d'abord important de préciser que les "Screaming Eagles" n'existent pas; d'ailleurs, Minnesota State University n'existe pas vraiment non plus; du moins, n'existait pas en 1989, l'année de la création de "Coach". On retrouve maintenant deux Minnesota State University: une à Mankao (qui porte ce nom depuis 1998) et une à Moorhead (qui porte ce nom depuis 2001). Les équipes d'élite de ces deux universités sont respectivement les "Mavericks" et les "Dragons". Incidemment, les "Mavericks" portent les mêmes couleurs que les "Screaming Eagles": le mauve et le jaune. Notons aussi que ce sont les couleurs des Vikings, l'équipe de la NFL de l'état du Minnesota... La petite histoire veut que le créateur de la série, Barry Kemp, ait écrit son scénario en pensant utiliser la prestigieuse équipe des "Golden Gopher" de l'University of Minnesota, membre d'une des meilleures conférences de la division 1-A ("Big Ten", qui comprend entre autres Michigan State University, Penn State University et University of Michigan). Malheureusement, celle-ci a refusé de donner son accord; afin de ne pas trop modifier ses scénarios, il a donc opté pour Minnesota State University, qui n'existait pas à l'époque... Quant à Coach Hayden Fox, il est plus ou moins modelé sur Hayden Fry, un célèbre entraîneur-chef des Hawkeyes de l'University of Iowa. Il est à noter que les scènes extérieures ont d'ailleurs été tournées au campus de l'University of Iowa, alors que les scènes de football sont en fait celles de l'équipe de l'University of Minnesota dont le logo est très semblable (un gros "M"...).
Pour ceux qui connaissent moindrement le milieu du football, il est aisé de se rendre compte que la description qu'on fait de la vie d'un entraîneur-chef universitaire est malheureusement assez loin de la réalité. Tout d'abord, il n'est pas normal qu'on n'entende parler que de deux entraîneurs adjoints; normalement, l'équipe devrait être composée d'au moins une dizaine de proches collaborateurs. On comprend toutefois que, faute de budget, on a choisi de tout résumer à deux adjoints. L'autre manque de réalisme est l'absence de sérieux des préparations d'avant match; par exemple, il est impossible qu'un entraîneur-chef arrive sur le terrain sans préparation, quelques secondes avant le match... Cette fois, c'est pour des raisons de scénario qu'on a fait cette écartade, afin de rendre les situations plus humoristiques. Mais mis à part ces deux dérogations majeures qu'on comprend, on retrouve plusieurs petits détails véridiques qui rendent l'émission plus intéressante: les séances d'écoutes vidéo, les préparations d'entraînement, etc. Même l'indicatif musical est un pastiche réussi d'un "fight song" d'une université américaine. Bref, pour ceux qui connaissent la chose, l'émission peut être tout autant intéressante que pour les néophytes. Et du côté de la comédie, on est très bien servis!
Pour ce qui est de la qualité vidéo, elle est loin d'être remarquable, bien que probablement un peu supérieure à celle diffusée originellement. Le transfert est imprécis, et l'image n'est pas à la hauteur de celle de plusieurs autres séries télévisées de l'époque qui ont été portées sur DVD. L'image manque de netteté au point où on pourrait penser qu'on regarde un VHS. Du côté audio, le résultat n'est guère mieux: on constate un certain étouffement général, comme si le son était voilé. Cependant, précisons que les dialogues sont toujours audibles et bien disposés dans le plan sonore.
Au sujet des suppléments, le coffret est bien étrange; on nous en offre deux. Le premier est un épisode de la seconde saison. Compte tenu du fait qu'on s'attend à ce que la saison suivante paraisse éventuellement sur DVD, l'idée est étrange. L'épisode présenté n'a aucun lien avec les épisodes de la première saison, et ne traite même pas d'un sujet connexe. Mis à part le fait qu'il est hilarant, rien de cet épisode ne justifie sa présence sur ce DVD... Le second supplément est un documentaire relatant les grandes séries des années 80. Plusieurs intervenants (producteurs, acteurs, critiques et réalisateurs) nous parlent de l'impact qu'on eut les séries comme "A-Team", "Knight Rider" et "Kate & Allie" sur la télévision de l'époque. Évidemment, les séries mentionnées sont toutes produites par Universal, et pour la plupart, sont disponibles sur DVD (avec, d'ailleurs, ce documentaire en suppléments...). Soulignons aussi que, comble de l'ironie, on n'y parle pas une fois de la série "Coach"; c'est d'ailleurs tout à fait normal puisque "Coach" a été diffusé de 1989 à 1997, et ne se qualifie certes pas comme une série des années 80... Bien que ce soit divertissant comme documentaire, on sent l'infopub à plein nez... Notons aussi la présence de bandes-annonces d'autres séries de Universal qui paraîtront sous peu sur DVD (et, comme par hasard, qui se retrouve dans le documentaire susmentionné).
Bref, en plus d'être très faible du côté des suppléments (aucun commentaires ou entrevue!), le coffret n'est pas à la hauteur techniquement. Ce qui est encore plus dommage est que la série est elle-même excellente. Soulignons finalement que le coffret est aussi offert en version de luxe limitée; le contenu est le même, mais l'emballage est sensiblement plus joli: le coffret est en forme de ballon de football et le livret imite un livre de jeu de football.
Les épisodes de ce coffret sont:
| Film | 8 |
| Présentation | 2 |
| Suppléments | 2 |
| Vidéo | 5 |
| Audio | 5 |