Les canulars téléphoniques ne datent pas d'hier. Beaucoup doivent remercier Monsieur Bell d'avoir inventé un tel appareil, le téléphone. Même si de nos jours l'identification de l'appelant restreint peut-être les ardeurs, il reste encore de beaux lendemains à ceux qui s'adonnent à ce passe-temps aux critiques mitigés. Le seul problème avec ces gags, c'est qu'ils sont principalement auditifs. Qu'à cela ne tienne. Des petits gars imaginatifs ont trouvé la solution pour transformer des paroles en sketches vidéo souvent désopilants. La preuve.
"Crank Yankers" est une émission régulière du réseau américain "Comedy Central". Nous y retrouvons, sous la forme de marionnettes de type "Muppet Show", les habitants de la petite ville de Yankerville. Et comme chaque petite ville, il s'en passe des choses si on prend le temps de s'approcher des maisons. Il n'y a qu'à écouter et à regarder. Les appels téléphoniques sont totalement vrais. Les noms (lorsqu'ils ne sont pas censurés) sont aussi vrais. Et un des deux correspondants pourrait être vous ou moi. Mais à l'autre bout du fil, un acteur essaie d'entretenir une conversation la plupart du temps assez inhabituelle. Que pensez-vous de cet homme qui appelle un salon funéraire et qui demande la taille de leur plus gros cercueil? En fait, il veut enterrer décemment son cheval, car il faisait partir de la famille depuis trop longtemps. Ou encore cette fille qui appelle un salon de danseuses pour demander une audition, mais qui précise que suite à un petit accident de maquillage, elle est aveugle. Elle doit, pour cette raison, être en permanence accompagnée de son chien, donc aussi sur la scène de danse.
Comme son nom l'indique, ce coffret renferme les émissions "non censurées". En fait, on peut entendre parfois quelques "bip" couvrir des noms. Mais si on écoute bien, ce ne sont pas les jurons habituels qui sont censurés, mais simplement de vrais noms de compagnies ou de personnes que les appelés prononcent sans savoir que c'est enregistré. Pour le reste, les dialogues sont aussi crus que le langage de bien du monde (je vous fais grâce de la transcription du dialogue de cette femme qui croit appeler un service de messagerie et qui apprend que son paquet a été détruit par erreur par un employé qui se drogue et qui boit. Les noms d'oiseaux s'enchaînent à une vitesse que je n'aurais pas imaginée). Il s'agit donc d'émissions, en anglais, à réserver à un public mature et qui ne s'offusquera pas des pires mots de l'argot américain. Et bien entendu, les allusions sexuelles ne manquent pas, auditives dans les textes, mais aussi visuelles avec nos petits amis de tissus et de plastique.
La première saison, présentée sur deux disques, renferme donc les dix premiers épisodes diffusés sur Comedy Central en 2002. La série est très populaire et des acteurs et chanteurs n'ont pas hésité à prêter leur voix. Ainsi, au cours des dernières saisons, on a pu entendre Jamie Kennedy (celui de l'irrésistible émission Jamie Kennedy Experiment), Eminem, Jack Black, Jeff Goldblum, Dave Chapelle, David Cross, Seth Green et bien d'autres. Mais c'est surtout à Jimmy Kimmel, l'un des créateurs, que revient certainement la palme des voix puisqu'il en fait quatre permanentes et plusieurs autres secondaires. Dans cette première saison, les plus "auditifs" reconnaîtront peut-être Billy West, la voix de Fry, Farnsworth et Zoidberg de Futurama.
Rangés dans deux boîtiers minces, eux même dans un petit fourreau de carton, le tout très illustré de photos des personnages animés, les deux disques de "Crank Yankers" nous offrent un produit de bonne qualité. Bien entendu, comme c'est parfois le cas, les séries originaires de la télévision n'ont pas un niveau ultime de qualité, mais en général le résultat est appréciable. L'image est bien lumineuse et colorée, manquant peut-être parfois de saturation. Pour ce qui est de la bande sonore, enregistrement de communications téléphoniques oblige, elle est correcte, mais sans être plus que ça. Toutes les prises ont été uniques et il n'a pas été possible de reprendre en cas d'erreurs ou de mauvaise captation. Mais à 95% du temps, on comprend bien. Au pire, on pourra se faire aider par le sous-titrage pour malentendants.
Quelques maigres suppléments nous sont proposés sur le deuxième disque. On y retrouve deux appels qui n'ont jamais été diffusés (avec justement celui du cheval mort, le plus intéressant des deux). Aussi disponible, un documentaire de production, "Dial 'T' for Torment" où les trois créateurs, Adam Carolla, Daniel Kellison et Jimmy Kimmel, nous accompagnent pour nous faire découvrir un peu de l'envers du décor, comme la création et la fabrication des marionnettes et surtout les voix de certaines d'entre elles. On nous explique aussi comment, à partir d'un appel existant, le choix des personnages et des décors se fait. Intéressant, même si on n'aime pas les émissions.
En général, l'humour méchant ou gratuit ne me fait pas beaucoup rire. Celui-ci est différent, même si toutes les situations illustrées n'ont pas la même portée (parfois un peu trop vulgaire). Mais l'idée de mettre en scène des marionnettes pour accompagner les gags téléphoniques est tout simplement géniale. À découvrir si vous ne connaissez pas.
| Film | 8 |
| Menu | 6 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 6 |