Qui aurait pensé à faire une émission dans une émission pour rire d'autres émissions! Personne ne m'a suivie? Darren Star, à qui on doit les séries Beverly Hills 90210 et Place Melrose dans les années 90, a décidé de se faire plaisir en créant la série "Grosse Pointe", diffusée pendant à peine quelques mois sur WB avant qu'elle ne soit annulée. Cette émission n'a pas connu les succès escomptés, probablement dû fait qu'il s'agit d'une satire des romans-savon qui abondent sur nos écrans, plus précisément parce qu'elle s'adressait à ceux qui étaient familiers avec les premières années de 90210.
"Grosse Pointe" raconte l'histoire de cinq acteurs qui dans la série, sont à l'affiche dans une émission (the show-in-the-show) dramatique, interprétant une bande d'adolescents qui fréquentent l'école secondaire de Grosse High, au Michigan (Detroit). Les décors de la série sont en fait des plateaux de tournage, avec tout ce que cela comporte: les stars qui vivent dans des roulottes, avec des assistants de la production qui accourent d'un bord à l'autre pour satisfaire leurs quatre volontés, le créateur-scénariste-producteur qui s'efforce de plaire aux acteurs, au public ainsi qu'au grand patron du réseau (en l'occurrence WB pour et dans l'émission). Nous avons d'abord l'hypocrite Hunter Fallow (Irene Molloy), qui est prête à tout pour parvenir à ses fins; elle est amie avec Marcy Sternfeld (Lindsay Sloane), qui joue la fille du producteur et qui a pu ainsi se mériter un rôle dans l'émission parallèle. Celle-ci est très insécure et paraît névrosée à certains moments - des rumeurs voulaient qu'Aaron Spelling veuille que son personnage soit modifié, car il était beaucoup trop inspiré de la personne de sa fille Tori, qui a joué dans Beverly Hills 90210. Hunter et Marcy étaient les stars de l'émission parallèle jusqu'à ce que WB impose aux scénaristes de faire entrer une petite nouvelle: la belle Courtney Scott (Bonnie Somerville) fera tourner bien des têtes et brisera bien des coeurs. Pour compléter ce trio, nous avons Quentin King (Kohl Sudduth), Johnny Bishop (Al Santos) et Dave, son "Stand-in" (Kyle Howard). Ce qui est relativement particulier avec tous ces acteurs, c'est qu'ils ont tous l'air un peu trop vieux pour jouer des personnages à l'école secondaire, ce qui est toutefois intentionnel pour se moquer de ces stars dans les émissions pour ados, qui à 25-30 ans, interprètent encore des jeunes de 16 ans. Chacun des acteurs a également un rôle stéréotype: la "bitch", l'insécure, la petite nouvelle qui rêve encore en couleur, le Casanova de ces dames, etc. Les scènes les plus croustillantes sont entre l'équipe fictive de scénaristes, soit Hope Lustig (Joely Fisher) et Rob Fields (William Ragsdale), qui sont tourmentés par le pouvoir que le Réseau WB a sur eux. Suite au départ de Lustig, j'ai bien apprécié aussi les interactions entre Fields et Kevin (Nat Faxon), son assistant de production, qui commence à lui refiler certaines suggestions qu'il n'hésitera pas à s'approprier sans remords.
Les premiers épisodes sont lents à partir: on a l'impression au début que "Grosse Pointe" n'est qu'en fait qu'une émission relatant les caprices des vedettes d'émissions, en plus de les voir interpréter dans une émission parallèle, les rôles d'une bande de jeunes adolescents prudes. C'est lorsque des relations amoureuses commencent à se tisser entre les acteurs, et que le Réseau commence à faire des pressions sur les scénaristes que les choses se corsent: ceux-ci seront forcés d'intégrer à leur émission, qui était demeurée relativement sage et chaste jusqu'à ce point, une dimension sexuelle plus ouverte. Le personnage qu'interprète Marcy aura son premier orgasme alors que celui de Quentin éprouvera certaines difficultés techniques de ce côté. Produits croisés obligent, on apprécie énormément les caméos de différents acteurs qui interprètent leur personne dans "Grosse Pointe": Kristin Davis (Sex and the City) accepte de jouer la propriétaire d'un bar de danseuses dans l'émission parallèle, Jason Priestley (Beverly Hills 90210) passe pour un "sex addict" que Quentin rencontre lors d'une de ses réunions pour Dépendants Sexuels Anonymes et Sarah Michelle Gellar (Buffy the Vampire Slayer) est l'une des partenaires de yoga de Marcy.
Les dialogues sont excellents, mais malheureusement le jeu des acteurs n'y fait pas: la plupart d'entre eux sont peu convaincants et on a l'impression d'assister à une réplique de 90210 plutôt qu'à une émission qui s'en moque. Certains s'en tirent mieux que d'autres toutefois, comme Lindsay Sloane qui interprète avec beaucoup d'humour son personnage de Marcy Sternfeld. En regardant plus attentivement, les fans de 90210 pourront sans doute associer chacun des personnages de "Grosse Pointe" à un acteur en particulier de leur série préférée, ce qui rend son public cible beaucoup moins élargi: il aurait été à l'avantage des créateurs de nous présenter une satire qui se moquait des romans-savon en général, et non à une série en particulier. Nous avons droit ici donc à dix-sept épisodes d'une demi-heure chacun.
Du côté des suppléments, il y a d'abord un épisode commenté, celui de "Secrets & Lies" avec commentaires du créateur Darren Star et la scénariste Robin Schiff. Ils nous en apprennent un peu plus sur les éléments repris dans "Grosse Pointe", destinés à représenter des événements réalistes dans la vie d'un acteur. On nous cite entre autres lorsque Hunter embauche Dave (le stand-in de Johnny) comme assistant personnel, et qu'elle finit par s'éprendre de lui: les acteurs sont souvent isolés du reste du monde et s'adonnent à fréquenter un de leurs employés, car ils ont l'impression qu'ils ont réussi à établir une relation plus intime avec eux. Ensuite, une entrevue d'une vingtaine de minutes avec le Darren Star qui nous énonce ce que chacun des personnages représente pour lui, il nous explique aussi la difficulté que les acteurs ont parfois eue à interpréter deux rôles à l'intérieur d'une seule émission. Il est intéressant à écouter et on voit qu'il a pris un réel plaisir à tourner cette série. Finalement, il y a quelques bandes-annonces pour des émissions comme entres autres Dawson's Creek, NewsRadio et The King of Queens.
L'aspect technique de cette édition DVD est minimaliste. La piste audio est suffisante pour ce type d'émission ayant peu d'action et beaucoup de dialogues et le format de l'image est en plein écran. Les couleurs sont un peu fades par moments, mais en somme, rien qui n'affecte réellement la qualité du visionnement.
À cause de son potentiel d'audience limité, "Grosse Pointe" n'aura guère survécu parmi toutes les autres émissions et Darren Star n'aura pas eu suffisamment d'épisodes pour montrer tout son matériel. J'étais familière avec les émissions de Beverly Hills et Melrose Place, donc j'ai pu tout de même apprécier certaines références, mais ce produit vraiment pas pour tout le monde.
| Film | 6 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 6 |