Lorsqu'on pense à Chris Carter, il est impossible de le dissocier de l'oeuvre qui l'a rendue célèbre, The X-Files. Cette série télévisée a été diffusée pendant neuf saisons, et une autre série en a même été tirée (Lone Gunmen). Mais malgré ces neuf années, Carter n'a pas eu le temps de terminer sa série, la fin ayant été précipitée (d'ailleurs à plusieurs reprises) par des menaces d'annulation. La même chose s'est produite pour Millennium, la série qu'il avait créée au moment où The X-Files était à son apogée. La série ayant été annulée avant la fin prévue en 2000, c'est à travers un épisode de The X-Files qu'il a pu la terminer. Mais ces deux séries ont tout de même eu un sort heureux en comparaison avec "Harsh Realm", sa troisième série, conçue tout juste après Millennium en 1999. Des neuf épisodes produits, seulement trois ont été diffusés à Fox. Les six autres épisodes, déjà complétés au moment de l'annulation, ont toutefois été diffusés sur le réseau F/X, quelque temps après. Malheureusement, avec neuf épisodes, on est loin d'avoir l'histoire complète. D'ailleurs, il est amusant de voir que la pochette du coffret DVD clame haut et fort que la série est complète (le sous-titre "The Incomplete Serie" aurait été plutôt de mise), et que six des épisodes n'ont jamais été diffusés "on network TV". Ce n'est pas mentir, mais ce n'est pas ce qu'il y a de plus transparent non plus...
L'histoire globale de la série est celle du lieutenant Tom Hobbes (Scott Bairstow), un soldat d'élite de l'armée américaine. Celui-ci est brusquement envoyé en mission spéciale, avec objectif d'éliminer le général Omar Santiago (Terry O'Quinn). Le seul problème est que la mission se déroule dans un simulateur de combat virtuel, que Santiago contrôle. Hobbes est donc "parachuté" dans cet univers, sans avertissement. Avec l'aide d'un autre soldat, Mike Pinnochio (D.B. Sweeney), lui aussi prisonnier de ce monde virtuel, il devra comprendre les règles du jeu s'il veut s'en sortir.
"Harsh Realm" est basée sur une série de six comics du même nom, publiés par Harris Comics en 1993, scénarisés par James D. Hudnall et dessinés par Andrew Paquette. Ces deniers ont poursuivi Fox quelques jours après la diffusion du premier épisode, puisque le générique initial se lisait: "Créé par Chris Carter", sans mention des deux vrais créateurs. Le jugement de la cour leur a d'ailleurs donné raison, et les épisodes subséquents ont une mention au générique initial comme quoi la série est inspirée des comics. De plus, si la série n'avait pas été annulée, "Inspirée de" aurait été remplacée par "Basée sur". Il semblerait que la différence est majeure.
L'histoire est littéralement un mélange d'Apocalypse Now, Mad Max et The Matrix. En effet, tout comme dans Apocalypse Now notre héros est sommé par ses supérieurs d'assassiner un général devenu rebelle et qui s'est monté sa propre armée et sa propre communauté. D'ailleurs, la scène où il prend connaissance de sa mission et celle où des soldats viennent le chercher sont volontairement calqués. Même si Chris Carter ne le mentionne pas dans son commentaire, le fait que la narration soit faite par le personnage principal est aussi identique au film de Coppola. Ensuite, la série se déroule dans une réalité virtuelle où les vivants sont inconscients et connectés, exactement comme dans The Matrix. De plus, Tom Hobbes est considéré comme étant le sauveur, voire le Messie (Carter prétend toutefois avoir écrit sa série télévisée avant la sortie de The Matrix). Finalement, dans le "Harsh Realm", les rebelles survivent de peine et de misère, telles des tribus de bandits, toujours en quête d'essence (comme dans Mad Max). Bref, "Harsh Realm" est une série basée sur une bande dessinée qui emprunte tous ses concepts à d'autres films. Il est à se demander ce que Carter a "créé" dans tout ça...
Le concept de "Harsh Realm" est tout de même intéressant; le problème se situe au niveau des nombreuses inconsistances au niveau du scénario. Par exemple, dans le premier épisode, il n'y a aucune raison pour que Tom Hobbes risque sa vie et sa mission pour la version irréelle de sa femme, puisqu'il sait parfaitement qu'il est dans un jeu vidéo. Les dialogues ne sont pas non plus très soignés; ils sont généralement insipides, et même ridicules par endroits. Anecdotiquement, on constate que Chris Carter a intégré deux des personnages principaux de ses autres séries: dans le premier épisode, on voit brièvement Lance Henriksen (Frank Black de Millennium) et on entend Gillian Anderson (Dana Scully de The X-Files).
Le volet sonore est assez bien réussi. On note un bon niveau d'extrême-grave, et ce, malgré l'absence d'un canal dédié à cet effet. L'ambiophonie générée par un décodage ProLogic est plutôt sommaire, sans réelle profondeur du champ sonore. Les dialogues sont très clairs; aucune parole n'est perdue, malgré les nombreuses scènes d'action. Du côté de la musique, on retrouve le même composteur que pour The X-Files, Mark Snow. La trame sonore est donc artificielle, insipide et même dérangeante par endroits. Du côté visuel, on est en présence d'un bon transfert. L'image en générale est très bonne, bien que plusieurs scènes présentent un haut niveau de fourmillement. Les noirs sont bien gradés, fait important puisqu'une bonne partie de la série se déroule dans la pénombre. On remarque par contre quelques points blancs par endroits, de même que quelques égratignures, mais rien de trop désagréable. Notons finalement que, malgré ce qu'indique le boîtier, la série nous est présentée en format panoramique 1.78:1 et non-pas plein-écran 1.33:1.
Comme suppléments, on retrouve deux pistes de commentaires. La première est faite par Chris Carter, le "créateur" de la série; la piste est assez aride, sporadique et surtout descriptive. La seconde est faite par Daniel Sackheim, le réalisateur; cette piste est nettement plus complète et informative. On retrouve ensuite un segment intitulé "Inside Harsh Realm" où les producteurs nous expliquent comment la série a vu le jour. Il est amusant de voir Carter prétendre que la série n'a rien à voir avec la série de comics. Pour le segment suivant, "Creating the Logo and Title Sequence", Justin Caroll nous présente brièvement la création du générique et du logo. Finalement, on retrouve quelques bandes-annonces de la série, ainsi que celles d'autres séries télévisées et films dont le DVD est produit par Fox. Le menu principal est sous fond musical et est précédé d'une animation. Les menus sont tous statiques et ils sont clairs et efficaces.
Pour la plupart des gens, ce coffret DVD permet de voir "entièrement" la défunte série télévisée. Par contre, le fait de voir ces derniers épisodes nous permet de comprendre pourquoi Fox a décidé de ne pas en continuer la diffusion...
| Film | 6 |
| Menu | 6 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |