Et vous pensiez que votre vie était compliquée? Vous n'arrêtez pas de dire que tous les malheurs du monde vous tombent sur la tête? Alors, regardez la vie de Sophie Paquin pour vous dire que vous n'êtes pas seul. Maintenant, je ne pousserais pas le bouchon en disant que ce sera une thérapie, car en treize épisodes, notre héroïne va en vivre, des malheurs, mais aussi des bonheurs. "Les hauts et les bas de Sophie Paquin", en fait!
Sophie Paquin (Suzanne Clément) est une jeune femme au début de la trentaine. Elle a hérité de l'agence d'artiste de son père, à la mort de ce dernier. Une des clauses du testament est d'y garder Estelle Poliquin (Élise Guilbault), actrice sur le déclin et ancienne maîtresse du décédé. Au fil du temps, Sophie a partagé le travail de l'agence avec son compagnon Roch (Jean-Nicolas Verreault), aujourd'hui son associé. Elle est aussi une femme qui sait ce qu'elle veut, ce qui est important dans ce métier où les négociations sont une partie très importante. Mais il y a un domaine où Sophie ne peut guère négocier: sa vie de famille. Entre une mère qui oscille entre la folie et la manipulation excessive, Gisèle (Christiane Pasquier) et un frère, Damien (Émile Proulx-Cloutier), qui a semble-t-il hérité des gênes manipulateurs de sa mère, Sophie n'a pas beaucoup de champ de manœuvre. Elle doit faire avec, mais s'en éloigne le plus souvent. Elle se réfugie alors avec Martin Brodeur (Éric Bernier), son meilleur ami et confident des quinze dernières années, urgentologue passionné et homosexuel déclaré, qui ne vit que pour son métier et des rencontres intimes occasionnelles provoquées, car il ne croit plus à l'amour. Pourtant, qui sait ce que nous réserve la vie...
La série débute par une scène qui annonce la couleur. Sophie, sur les conseils, pas toujours très avisés, d'Estelle, se rend chez un voyant. Très convaincant, ce dernier lui annonce directement qu'elle va vivre la pire de ses années. Encourageant. Enceinte, et sur le point d'accoucher, que peut-il y avoir de plus beau que de donner la vie? Eh bien, la vie elle-même et son lot de surprises. Car dans le temps de le dire, son compagnon va la quitter pour vivre avec sa meilleure amie, qu'il fréquente depuis un bon moment déjà, sa fidèle secrétaire va le suivre et aussi une partie des artistes qu'elle avait, mais dont Roch s'occupait. Emportée par la situation, Sophie ne sait plus à qui se confier. Martin est au travail et ne peut pas vraiment l'aider. Elle décide de se rendre sur la tombe de son père, mais le stress aura le dessus et c'est à cet endroit que son bébé décidera qu'il est temps de voir le jour. Estelle, au courant de la situation, voudra faire son maximum pour aider Sophie. Alors qu'elle tente de la rejoindre, elle n'y arrive pas et pense alors au pire. Au même moment, Sophie accouche d'un beau bébé ... noir! Et Estelle fait fracasser la porte d'entrée de l'appartement de Sophie, croyant qu'elle veut mettre fin à ses jours. Et tout ça, dans la même journée. Alors que seront les 364 autres jours prédits par le voyant?
Christal Films nous offre un des plus beaux coffrets de télévision québécoise du moment. Les treize épisodes sont regroupés sur trois disques, eux-mêmes rangés dans trois boîtiers minces. La couleur rose domine, et l'intérieur des jaquettes est illustré d'une image, différente pour chaque boîtier. On a poussé l'esthétique en illustrant le disque avec la partie de l'image qu'il recouvre. Un détail très apprécié et qui montre un souci de belle présentation. Le coffret réunissant les boîtiers est aussi de couleur rose, avec des empreintes de lèvres brillantes et en relief. Pour ce qui est du côté technique, l'image proposée est au format panoramique anamorphique. Sa qualité est excellente, avec de belles couleurs et des scènes qui ressortent très bien. Les dialogues sont bien présents avec une piste Dolby stéréo jamais trop chargée, ce qui permet de bien faire ressortir les morceaux musicaux de Christian Clermont qui ponctuent très bien certaines scènes. À la manière du mur des artistes de Sophie, les pages de menus sont composées de tableaux avec des images de la série, certains même avec des extraits vidéo. On peut choisir les épisodes à l'aide d'un pointeur en forme de lèvres, reprenant le thème du graphisme. Une petite musique instrumentale, tirée de la série, nous accompagne le temps du choix.
Le seul supplément, mais qui est bien apprécié, est une piste de commentaires sur le premier épisode. On y retrouve l'auteur Richard Blaimert, le réalisateur Claude Desrosiers et la comédienne Suzanne Clément. Bien entendu, les discussions tournent principalement autour des images qui défilent, avec des anecdotes de tournage et des explications du réalisateur. Parfois, on s'aventure dans l'histoire plus générale des personnages en fonction de la scène diffusée. Claude Desrosiers commente aussi les petites trouvailles de montage et de réalisation qui donnent une ambiance nouvelle à l'ensemble, comme les bulles dans l'image qui permettent de voir plusieurs personnages en même temps, ou les scènes muettes qui semblent arrêter le temps. On regrettera éventuellement un rythme un peu lent dans les interventions.
Dans un entretien, le réalisateur Claude Desrosiers a dit que durant le tournage, et surtout le montage, il a surtout privilégié le jeu des acteurs par rapport à la scène elle-même. Donc, si les acteurs avaient le bon jeu, mais qu'un élément de la scène ne collait pas, il la gardait quand même. Cela peut alors expliquer de petits détails qui parfois peuvent déranger l'œil aguerri. Mais c'est très rare. La technique de tournage, caméra à l'épaule, permet justement de ne pas rester figé très longtemps sur le même plan et donc d'y déceler d'éventuels problèmes. Cela accentue l'effet de mouvements dans une série qui se veut justement assez trépidante.
Je dois bien dire que j'ai adoré cette série et que j'ai bien hâte d'en voir la suite. Malgré tout, je ne serais pas très honnête si je ne donnais pas complètement le fond de ma pensée. Il y a une remarque qui m'a trotté dans la tête très souvent lors du visionnement. Mais il est important que ce n'est pas une critique pour le jeu des acteurs, simplement une constatation: quand je voyais le personnage de Sophie Paquin, j'avais l'impression de voir Julie Snyder. Physique très proche (même certaines photos du coffret sont à s'y tromper), voix très proche et surtout façon de bouger très proche. Mais, je le répète, selon moi, ce n'est pas un défaut. Il se trouve que c'est comme ça que je le vois! Malgré tout, Suzanne Clément est extraordinaire dans le rôle qui semble lui aller mieux qu'un gant. Il faut dire qu'elle est aussi une comédienne qui s'impose de plus en plus, ce qui est une bonne chose. Dans un autre registre, la performance d'Élise Guilbault est aussi très recherchée. Dans la peau d'une actrice sur le déclin au bord de la folie, elle nous fait souvent rire, mais aussi réfléchir dans une superbe scène de désespoir.
"Les hauts et les bas de Sophie Paquin" est la série parfaite pour mieux faire avaler la pilule d'une vie qui n'est plus aussi facile, avec un humour recherché et des situations catastrophiques qui font sourire malgré tout. Le format d'une heure est excellent, car l'histoire est tellement fournie que trente minutes auraient pu trop facilement agacer d'avoir à attendre la semaine suivante pour connaître la suite. On s'attache aux personnages très vite, quels qu'ils soient d'ailleurs. Sophie Paquin sera de retour à l'automne pour une deuxième saison, au réseau de Radio-Canada. D'ici là, je pense bien que je reverrai avec plaisir cette série. Un antidépresseur bien naturel que je recommande sans retenue!
| Film | 9 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |