Télésérie la plus discutée dans les chaumières québécoises en 2008 et grande gagnante de cinq prix Gémeaux, "Les Lavigueur, La vraie histoire" arrive déjà en format DVD dans un joli coffret aux nombreux suppléments. De quoi ravir les multiples personnes qui boycottent la télévision pour cause de publicités abusives.
Il fallait s'y attendre. Plus de 20 ans après les déboires de la famille Lavigueur, le petit écran a décidé de retracer en six épisodes les faits marquants de leurs succès et de leurs malheurs. Tout débute avec une famille éclatée qui est néanmoins unie. Jean-Guy (Pierre) et Micheline (Amélie Grenier) habitent le quartier d'Hochelaga à Montréal et ils cherchent à donner la meilleure éducation possible à leurs enfants. Entre Sylvie (Sophie Cadieux) qui a le sens des affaires, Yve (Patrice Bélanger) qui aime bien épater la galerie avec ses blagues et Michel (Dhanaé Audet-Beaulieu) qui a toujours été plus sensible que les autres, c'est Louise (Laurence Leboeuf) qui est le véritable mouton noir, trouvant toutes les occasions possibles et inimaginables pour faire fâcher son père. Un jour, ce clan remporte un important gros lot de Loto-Québec, ce qui leur apporte de nombreux millions, mais également des problèmes à la tonne. Tout le monde veut leur emprunter de l'argent, les journalistes commencent à poser des questions et il y a justement Louise qui décide de poursuivre ses proches afin de mettre la main sur sa part du magot...
Avec une histoire vraie aussi incroyable, il ne faut pas nécessairement s'attendre à voir et à entendre un produit qui décrit avec exactitude la réalité. C'est normal, cette série dure moins de cinq heures et elle a été romancée pour la télévision. Le tout est néanmoins basé sur le livre d'Yve Lavigueur qui a été associé à ce projet depuis plusieurs années. Le récit, mis en scène par Sylvain Archambault, vulgarise les faits généralement dramatiques pour créer une œuvre accessible qui fait réagir. Des dialogues un peu naïfs aux motivations qui laissent parfois pantois, l'exercice sert à redorer le blason d'une famille longtemps traînée dans la boue. Et cela fonctionne. Il est aisé de se prendre d'affection pour ces gens affectés par la (mal)chance et dont le diptyque argent et célébrité ne leur a pas apporté que du bonheur.
Bien entendu, il y a quelques écarts de conduite. Dans les derniers épisodes, le temps passe à toute vitesse, à tel point que les mauvaises nouvelles semblent continuellement se succéder. Cette multiplication des malheurs prend naissance dans les recoins sombres de l'existence (alcoolisme, drogue, domination sexuelle, maladie, etc.), et la grande part semble provenir des méchants médias, dont la majorités sont montrés comme des voraces assoiffés de scoops. Ces êtres sont tellement caricaturés que cela en devient parfois malhonnête. Les stéréotypes sont également présents au sein des autres personnages qui sont tracés à gros traits. En revanche, l'interprétation demeure plus que satisfaisante. La plupart des comédiens cernent avec exactitude les enjeux, et les plus convaincants s'avèrent Pierre Verville dans le difficile rôle principal et Laurence Leboeuf qui s'investit corps et âme dans l'entreprise.
La réalisation soignée d'Archambault bénéficie de très belles images aux teintes riches et réalistes. Les couleurs ressortent parfaitement et les contrastes sont suffisamment détaillés qu'ils éclipsent littéralement la présence de blocage. Lors de la pause télévisuelle, la scène devient momentanément en noir et blanc, un effet qui est loin d'être désagréable. L'utilisation abusive de la délicate musique de Michel Corriveau tend à alourdir quelques moments dramatiques, ce qui est toujours dommage. La piste sonore francophone en Dolby Digital 5.1 est de qualité enviable, faisant ressortir des enceintes des bruits de voitures, de klaxons et d'aboiements de chiens. Les voix s'entendent parfaitement et il y a même des sous-titres blancs en anglais.
Ces six épisodes répertoriés sur trois disques sont offerts dans un joli coffret à l'effigie de cette famille hors du commun. À l'intérieur du boîtier se trouve un livret résumant les épisodes ainsi qu'une courte biographie des personnages. Il y a également un coupon-rabais permettant de commander la trame sonore qui, outre les efforts de Michel Corriveau, comprend également deux pièces de Claude Dubois. Le menu principal des DVD propose une mélodie au piano sur un montage de quelques séquences. Les bonus, éparpillés sur les trois disques, apportent quelques précisions au récit sans nécessairement aller en profondeur. Outre la bande-annonce, il y a près de huit minutes d'auditions où les principaux artisans répètent quelques répliques. Le cinéaste se permet même de commenter le premier épisode et ses propos s'attardent autant aux détails historiques qu'aux connotations plus intrinsèques (le bon vieux symbolisme...). Le segment le plus intéressant demeure cette entrevue de 15 minutes qui permet à Yve Lavigueur de confier ses impressions et ses craintes sur ce projet. Il y a finalement six petits documentaires où différents intervenants (le metteur en scène, des comédiens, l'auteur, un ami d'enfance, des journalistes, etc.) livrent leurs impressions sur quelques questions simples (par exemple "est-ce que les journalistes et les humoristes ont exagérés?" ou si "cette histoire pourrait se reproduire aujourd'hui?"). Du bonbon qui se mâche malheureusement trop rapidement.
"Les Lavigueur, La vraie histoire" n'est pas une grande télésérie comme l'était Omerta ou La vie, la vie. Il s'agit cependant d'une émission très bien réalisée et interprétée qui aborde le passé sans aucune once de nostalgie. Si le propos et les personnages sont grossis, cela n'enlève rien à la densité dramatique de l'ensemble. Et rattraper le tout sans pauses commerciales, il n'y a rien de mieux.
| Film | 7 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |