Les années se suivent et se ressemblent. Dans la course de plus en plus effrénée à choquer et surprendre le téléspectateur, un nouveau concurrent vient de cogner un grand coup. Après les inepties absolument brillantes de Drawn Together, place aux délires hallucinants de "Wonder Showzen".
Il est de plus en plus difficile d'être surpris à l'écoute d'émissions pour enfants. Des morales soulignées au crayon gras, des bons sentiments, une personne qui parle à la voix douce et gentille: plusieurs éléments indispensables au succès auprès des plus petits et de leurs parents. Il y a cependant des gens qui nagent à contre-courant pour déboussoler totalement les attentes. "Wonder Showzen" en est un exemple éloquent. Le carton bleu pastel du DVD est trompeur. Il y a une fille mignonne avec des cheveux qui dépassent et le titre aux couleurs de l'arc-en-ciel. La mention "Not for Children" est suffisamment grosse et rouge pour attirer l'attention. En tâtant bien, ce boîtier s'ouvre sur une marionnette presque nue, avec une rose dans la bouche et des accessoires aguichants. Finalement, ce n'était pas des cheveux qui ornaient la tête de l'enfant, mais bien une région pubienne assez abondante!
En lisant la description, tout devient plus évident. Le public aura droit à une version des Muppets sur l'acide totalement hors norme. Dans cette première saison, huit épisodes sont disponibles. D'une durée de vingt minutes, ils sont divisés en plusieurs thèmes uniques et incroyables. Il y a sans cesse une histoire avec différentes marionnettes en filigrane, mais également énormément d'interactions par des enfants. Ceux-ci posent des questions aux gens qui les entourent pour obtenir des réponses. Il y a des segments journalistiques, un éclaircissement sur le monde ambiant, des chansons ironiques et bien plus encore. Un Kermit bleu prénommé Clarence harcèle les gens dans la rue pour obtenir leur opinion. La boule de poils jaune Chauncey insulte tout le monde pour les faire réagir. Et c'est sans parler de leurs amis bizarres, des jeunes délurés et de nombreuses autres personnes rocambolesques.
L'objet de cette farce absolument brillante est de s'attaquer à tout le monde et son frère. Le ton est parfois douteux, dégueulasse et immonde. Mais il peut également être incroyablement pertinent, politisé et abrasif. Voici des courtes descriptions des épisodes qui se regardent au compte-gouttes tant les éléments jouissifs apparaissent à chaque instant. Dans "Birth", la lettre N se rebelle et un bébé a des cauchemars du Vietnam. Pendant "Space", Chauncey et une petite fille s'attaquent à Dieu en se moquant du racisme. Sur "Ocean", nos amis cherchent un trésor tout en se droguant au passage. Pour "Diversity", un combat terrible façon Roméo & Juliet entre les lettres et les chiffres se tient, alors qu'une jeune demoiselle va demander à des gens d'affaire "qui avez-vous exploité aujourd'hui". Ce n'est pas tout, loin de là! Mère nature veut changer de sexe sur "Nature", numéro deux veut devenir numéro un lors de "History", un garçon tue son professeur sur "Health" et le segment "Patience" prend des formes multiples et incroyables pour justement tester la patience de son spectateur.
Avec son rythme vif et direct, les images défilent rapidement. Habituellement, les couleurs sont belles et les détails demeurent très bien définis. Puisque différentes archives sont utilisées (par exemple, pour se moquer de la façon d'éduquer les enfants il y a de cela plusieurs années), le rendu s'avère inégal. Une scène sans tache peut être remplacée par une séquence en noire et blanc assez misérable, avec des lignes qui apparaissent ici et là. Ces anomalies sont toutefois loin d'être déplaisantes. Au contraire, elles renforcent le sentiment de changement entre les époques. Le son est également un élément humoristique de cette série. Il est parfois amplifié, tordu, altéré. La musique, souvent à saveur des années 1980, est forte sans défoncer les tympans. Les symphonies sont rigolotes à souhait. Les voix sont toujours très claires et audibles, en plus d'être très appropriées aux personnages. Les seuls bémols sont l'absence d'une piste sonore 5.1, qui aurait facilement pu décupler cette expérience viscérale, et des sous-titres qui ne sont pas inclus.
Cette odyssée fascinante ne se limite pas seulement aux huit épisodes. Le menu principal est un délice, avec la jeune fille comme figure de fond. Dès qu'une icône est sélectionnée, elle interagit avec le décor bleu pastel et la musique très présente. Dans les autres menus, la répétition des actions et des sons est une coutume, tout comme les images rapides qui cherchent à surprendre. Le premier DVD contient les cinq premiers épisodes ainsi que quelques commentaires audio. Un certain Steven J. Hawkins médite pendant "Space". Sa voix monocorde ressemble tellement à celle de la pièce "Fitter Happier" de Radiohead qu'elle en devient rapidement insupportable. Surtout qu'il dit un peu n'importe quoi. Celle de Dick Gregory, qui incarne Mr. Sun, est nettement plus belle sur "Nature" et ses propos, davantage éclairés et personnels. La plus grosse curiosité est la présence de PFFR sur "Diversity". Pendant les vingt minutes que se déroule l'épisode, il n'y a pas un mot. Seulement de la musique qui mélange le rock et le drum'n'bass. Ces airs mélodieux, à mi-chemin entre Aphex Twin et Add N to X, s'avèrent une trame sonore exceptionnelle.
C'est sur le deuxième DVD que se trouvent les autres suppléments. Il y a tout d'abord huit minutes d'auditions et de scènes coupées. Les enfants sont authentiques, ils se racontent des histoires drôles et le ton mignon laisse un sourire permanent. Des prises ratées pendant le segment "Beat Kids" sont également disponibles. Lors de ces parties, un jeune questionne des gens sur leurs emplois. Ces scènes ratées ne sont toutefois pas très intéressantes, surtout en comparaison de "Clarence Outtakes" qui montre d'autres engueulades ou des divagations entre la marionnette bleue et la population locale! Trop comique. Une piste de commentaires flous et quelconques de Gordon Lish ponctue l'ineffable "Patience", alors qu'un certain Fiava Flay raconte une histoire en demandant l'opinion aux jeunes spectateurs présents. Intéressant à défaut d'être très pertinent. Finalement, une longue bande-annonce présente la série, il y a un vidéo-clip psychédélique de PFFR et un extrait tordant de "S.O.S." qui doit être présenté lors de la prochaine saison. Il met en vedette des handicapés super héros qui sont incapables de sauver la planète...
"Wonder Showzen" ne s'adresse absolument pas aux enfants. Avec ses thématiques brûlantes et ses sujets politiquement incorrects, le ton est encore plus sardonique et absurde que toutes les émissions mettant en vedette les Marc Labrèche et Jean-René Dufort de la planète. Si tout est sujet à la rigolade, il est difficile de trouver quelque chose de plus surprenant et inquiétant. À côté de cela, Team America est une aventure docile et tranquille dans le bois.
| Film | 8 |
| Présentation | 10 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |