Avec Batman et Superman, Wonder Woman est assurément le personnage de la compagnie DC Comics le plus connu. Sa première présence sur papier s'est faite dans les pages d'All Star Comic #8, où on la voyait évoluer avec le Captain Steve Tremor, lors de la Seconde Guerre mondiale. Par la suite, ses aventures se sont transportées dans les pages de "Sensation Comics" pour six mois, avant de finalement apparaître dans celles d'une publication éponyme. Pendant les six premières années, c'est le Dr Marston, sous le pseudonyme de Charles Moulton, qui en écrit les aventures, alors que H.G. Peters en adapte visuellement le scénario.
La saga de Wonder Woman est plus facilement explicable par celle de son créateur, William Moulton Marston. Docteur en psychologie de Harvard, cet homme extrêmement brillant s'est fait entre autres connaître par ses théories révolutionnaires sur le féminisme. Sa plus célèbre prône que la liberté masculine est basée sur la violence, alors que celle de la femme est basée sur l'amour. Homme consciencieux, il pousse même ses théories à l'extrême, certains diront d'une façon perverse, en épousant deux femmes en même temps. Ses contributions à la science de la psychologie sont nombreuses: une des plus célèbres, incidemment une application pratique, est le polygraphe (détecteur de mensonges). C'est à la fin de sa vie, à partir de 1941, qu'il est engagé par DC Comics en tant que consultant, pour ses compétences en psychologie. Après avoir constaté (avec raison!) que l'essentiel des superhéros du moment était masculin, il se met alors en tête de créer une superhéroïne, mettant ainsi à l'oeuvre toutes ses théories féministes.
Il est extrêmement intéressant de faire des parallèles avec le personnage de Wonder Woman et les théories de Marston. La plus évidente est certainement la transformation de son invention la plus célèbre, le polygraphe, en "lasso of truth". Ses théories de femme dominatrice sont aussi démontrées par le fait que Wonder Woman attache régulièrement ses antagonistes pour les interroger d'une façon autoritaire, mais douce. La grande force de l'héroïne démontre aussi la supériorité féminine à l'homme. Soulignons toutefois que, tout comme dans les thèses de Martson, la force n'est utilisée qu'en dernier recours: c'est toujours l'approche douce qui est privilégiée (d'ailleurs, la chanson thème est claire à ce sujet: "Make a hawk a dove, stop a war with love").
Malgré sa popularité historique, Wonder Woman n'a jamais été un comic très vendeur. Après la parution de la série télévisée, les ventes n'ont cessé de décroître. En fait, depuis plusieurs années, le comic est même plutôt laissé à lui-même, et ce, malgré de nombreuses tentatives pour rafraîchir l'image de Diana (par exemple, en la remplaçant par sa mère ou par une autre amazone, ou en changeant l'équipe créative). Normalement, un comic obtenant des résultats si médiocres aurait été annulé depuis longtemps. Cependant, Dr Marston, dans son infinie sagesse, avait réussi à se négocier des droits d'auteurs pour son personnage, chose qui ne se faisait aucunement à l'époque: on n'a qu'à penser aux créateurs de Superman qui ont eu peine et misère à faire reconnaître leurs droits, ou à Stan Lee qui ne touche aucun dividende pour ses multiples créations (il reçoit toutefois un montant forfaitaire depuis quelques années; puisque c'est lui qui a créé presque tout l'univers de Marvel, la compagnie s'en tire très bien...). Bref, en plus d'un pourcentage des ventes, il est écrit dans le contrat de Marston que si le comic n'est pas publié chaque mois, il récupère la totalité des droits (c'est maintenant sa famille qui en bénéficie). Avec tous les produits dérivés de Wonder Woman, ne serait-ce que la présente série télévisée, on comprend que DC Comics continue de publier inlassablement le comic...
Bien que la série dont ce texte critique la parution DVD soit certainement la plus célèbre, plusieurs incarnations de la Princesse Amazone ont vu le jour au fil des années. La toute première remonte à 1967, alors que William Dozier, le producteur de la série "Batman" et "The Green Hornet", tenta de tirer profit des superhéros ridicules avec une nouvelle série basée sur Wonder Woman. Par chance, cette série n'alla pas plus loin qu'un cinq minutes de test: Wonder Woman, dans la vingtaine avancée, habitait encore chez sa mère, et ce, sans aucune référence à la mythologie amazonienne. La tentative suivante pour porter Wonder Woman à l'écran eut lieu en 1974, avec une émission pilote mettant en vedette une Wonder Woman espionne, sans costume, sans pouvoir et encore sans référence mythologique. Encore une fois, la série n'alla pas plus loin. C'est donc en 1975 que le réseau ABC nous présenta une toute nouvelle incarnation, cette fois beaucoup plus fidèle à la bande dessinée. C'est Lynda Carter qui en interprétait le rôle-titre, et on y retrouvait Lyle Waggoner dans le rôle du Major Steve Trevor. L'action se déroulait pendant la Seconde Guerre mondiale, et Wonder Woman y combattait farouchement les Nazis. Malgré une saison très fructueuse en cotes d'écoute, ABC choisit tout de même de ne pas renouveler la série. Mais CBS, après avoir porté plusieurs changements à l'histoire et au costume, reprit le flambeau et nous présenta une toute nouvelle Wonder Woman. Celle-ci, plus séduisante, évoluait maintenant dans les années 70 (le "présent"), en compagnie de Steve Trevor Jr, le fils du Major, toujours interprété par Lyle Wagonner.
Malgré le changement abrupt au niveau de la direction de l'émission, CBS a tout de même pris soin de préserver une continuité entre les deux premières saisons. Ainsi, dans le premier épisode, on nous explique que Diana a choisi de renoncer à son rôle de Wonder Woman, et de retourner en permanence sur son île de Themyscira. Cependant, alors qu'un avion s'abîme sur l'île, avec à son bord Steve Trevor, elle se rend compte que le monde des mortels a encore besoin de son aide, et reprend donc du service. Pour ce faire, elle s'intègre "artificiellement" dans la super agence d'espionnage gouvernementale I.A.D.C., où elle répond directement de Steve Trevor Jr.
Même si un certain souci esthétique est présent pour cette émission, on est tout de même à des dizaines de lieues de la norme de qualité des émissions télévisées actuelles. Les scénarios sont criblés de trous, les histoires souvent insipides, les effets spéciaux complètement ratés, les costumes affreux, les dialogues ridicules, etc. Néanmoins, sans que ce soit réellement explicable, le tout reste agréable à écouter; évidemment, la prestation (ou la présence...) de la sublime Lynda Carter y est pour beaucoup... il est étonnant de constater ce qu'on est prêt à pardonner pour de beaux yeux... La série dans son ensemble est tout à fait typique des années 70; ceux qui sont nostalgiques de ces années seront enchantés de pouvoir y retrouver les vêtements et la musique de l'époque. Cet aspect en est certainement un autre attrait. Pour ce qui est des antagonistes, on en retrouve deux issus directement des comics: Pied Piper et Toy Master. Les autres (à ma connaissance) ont été inventés pour la série. Cette deuxième saison est aussi fertile en acteurs invités de renom: parmi les plus connus, on retrouve Greg Morris (Barney de la série télévisée Mission: Impossible de 1966), Gary Burghoff (Radar de M*A*S*H.) et Henry Gibson.
Pour ce qui est de la qualité technique du DVD, Warner nous présente un produit d'une très bonne qualité. Évidemment, étant donnée la vieillesse du matériel, on ne doit pas s'attendre à trop non plus. On note une bonne quantité de poussière, égratignures et débris. Bien qu'en général, le grain de la pellicule soit très apparent par endroits (par exemple, lors du générique en dessin animé), l'image n'est pas trop fourmillante. La quantité de détails est assez impressionnante: on y discerne même des choses qu'on ne devrait pas voir, par exemple les fils transparents qui retiennent le missile lors du dernier épisode. Les couleurs sont, en général, bien reproduites, même si l'aspect général donne un ton plutôt délavé. La profondeur des noirs n'est pas non plus optimale, penchant plutôt vers le gris foncé. Il est toutefois à noter que la qualité de ce coffret DVD est certainement meilleure que celle de la diffusion. Au niveau sonore, la piste originale mono, même si adéquate, comporte tout de même quelques lacunes. Par endroits, le son est étouffé, alors qu'à d'autres, il est caverneux. Les fréquences extrêmes souffrent aussi des limitations de l'époque. Il est toutefois important de préciser que les dialogues sont clairs et distincts, et que l'excellente musique (tout est relatif!) ne les enterre jamais.
Comme supplément, on ne nous offre qu'un simple et court documentaire sur le phénomène de Wonder Woman, intitulé "Revolutionizing a Classic: From Comic Book to TV". Principalement, on y entend des interviews de certains des derniers créateurs à avoir écrit ou dessiné le comic (Alex Ross, Phil Jimenez et Adam Hughes). On y voit aussi un des producteurs de la série télévisée, ainsi que, brièvement, Lynda Carter. Bien que le documentaire ne soit pas aussi intéressant que celui inclus sur le premier coffret (avec l'historien et spécialiste de Wonder Woman Les Daniels, l'auteur du livre Wonder Woman: The Complete History), il vaut toutefois la peine d'être écouté. Il est aussi dommage que Lynda Carter ne fasse pas un autre épisode commenté: plusieurs remarques auraient pu être faites au niveau des changements à l'histoire et aux personnages, causés par le transfert de réseau. Les menus des DVD sont statiques, sous une thématique de comics (dessins et phylactères). Sur le menu principal, en arrière-plan, on peut entendre l'"excellente" musique de la série.
Warner nous offre donc un produit de bonne qualité pour cette deuxième saison de Wonder Woman. Comme ce genre de réédition est rarement sans arrière-motif, on serait en droit de penser que quelque chose se trame au niveau de ce personnage. Et bien, tout récemment, le producteur Joe Silver a annoncé qu'un film mettant en vedette Wonder Woman était prévu pour 2006. C'est d'ailleurs Joss Whedon, le créateur de Buffy: The Vampire Slayer et d' Angel qui le réalisera, en plus d'en écrire le scénario. Quant au rôle principal, les rumeurs vont bon train: pour l'instant, ce serait Jessica Biel 7th Heaven ou Mischa Barton de The O.C..
Les épisodes de ce coffret sont:
| Film | 7 |
| Menu | 4 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 6 |