Difficile de ne pas associer le nom d'Irwin Allen aux mots "science-fiction" et "effets spéciaux". Dans un de ses films les plus populaires, "Voyage to the Bottom of the Sea", un des créateurs de la série Lost in Space se prête au malin jeu du film catastrophe saturé d'enjeux qui, en 2007, sont plus que probables. Prophète de malheur?
La terre est en danger. Une ceinture de radiation réchauffe dangereusement la planète, faisant hausser rapidement la température. Sans obtenir l'aval de l'ONU, un sous-marin dirigé par l'amiral Nelson (Walter Pidgeon) traverse des milliers de kilomètres pour lancer des missiles dans la croûte terrestre et ainsi sauver l'humanité. Non seulement ce dangereux plan n'a pas été prouvé scientifiquement, mais il y a plusieurs autres intempéries qui se joindront au voyage comme une mutinerie, des incidents discutables et l'attaque d'une pieuvre géante.
Il y a deux façons de voir cette populaire œuvre réalisée en 1961 et qui a engendré de nombreux produits dérivés. Tout d'abord comme un immense film pop-corn, une science-fiction rétro et psychotronique où des héros doivent sauver l'humanité. Le récit, catastrophique avant son temps, est l'œuvre d'un cinéaste qui allait financer des longs-métrages tels The Poseidon Adventure et The Towering Inferno qui ont marqué leur époque. Sur le plan spectaculaire, la mission est remportée haut la main. Les effets visuels sont de bonne facture et, contrairement aux nanars plus actuels, ils ne prennent pas toute la place. Au contraire, un drame humain, certes limité, mais néanmoins captivant, se dessine et il devient crédible grâce à l'apport de l'interprétation. Walter Pidgeon, parfait en homme qui déplace beaucoup de poussière, est entouré de comédiens professionnels tels Joan Fontaine, Peter Lorre et Barbara Eden.
Il est également possible d'apprécier le tout pour son apport politico historique, comme quoi le prisme de l'administration américaine n'a pas dévié d'un iota depuis plus de quarante ans. Les séances de l'ONU ne sont prétextes qu'à des engueulades et une perte de temps incessante. Un amiral des États-Unis, sans l'accord du reste des dirigeants, s'engage dans une lutte à finir pour "délivrer" l'humanité. Cette guerre sainte était contestée dès les premières croisades, mais rira bien qui rira le dernier... Voir là une filiation plus qu'évidente avec les stratégies impérialistes établies en Irak et en Afghanistan n'est bien entendu qu'un hasard. Il y a également le thème central qui n'a jamais été aussi d'actualité. Ici, le réchauffement de la planète est accéléré, sauf que le constat est le même. L'Arctique fond et la Terre se transforme, ce qui peut résulter à une mutation dont les effets à moyen terme risquent de dérégler la balance des éléments.
Ce qu'il y a de plus extraordinaire dans cette aventure haut de gamme est sans doute le soin apporté aux images. Les couleurs sont vives et resplendissantes. Il y a différents tons de bleu, de sublimes plans marins et des contrastes efficaces qui permettent de donner des atmosphères lugubres encore plus morbides. Quelques textures plus blanchâtres peuvent survenir, mais elles sont immédiatement éradiquées par des éclairages spéciaux presque lunaires. La sublime trame sonore orchestrale se combine efficacement aux multiples situations, donnant une belle fouge aux explorations sous-marines. La piste sonore anglophone en Dolby Digital 4.0 offre quelques bruits supplémentaires de klaxon, de pièces jazzées et de sonar. Malheureusement, elle n'est pas toujours très active. L'honnête traduction francophone n'empiète pas les dialogues d'expressions saugrenues, les voix demeurent toujours audibles et les sous-titres blancs en anglais et en espagnol sont très visibles.
La jolie pochette est en forme de bande dessinée et elle combine efficacement visages des protagonistes, engin marin et combats tentaculaires. Un petit livret lève le voile sur quelques données techniques dont pouvait se vanter le film. Le menu principal du DVD multiplie des bulles en mouvement sur une délicate mélodie. L'effet est certain! La section des suppléments propose tout d'abord une entrevue avec Barbara Eden qui est séparée en sept sections. Il est possible d'en savoir davantage sur le réalisateur, l'histoire, les thèmes, les interprètes et la vision de son auteur. C'est court et relaxant, sans allusions futiles ou inappropriées. Il y a également un segment sur la fantaisie qui se transforme en réalité. Donc sur les pistes traitées dans les longs métrages de science-fiction et qui finissent, jusqu'à un certain point, par s'avérer véridiques. Une autre séance divertissante. Tellement plus que ce "Original Props". Tourner autour d'un sous-marin, d'une version réduite, d'une torpille et d'une mine de mer est une excellente idée, sauf qu'il n'y a aucune information pour compléter le périple. Le reste prend la direction de deux tangentes. La première, pour apprenti capitaine, est la présence de la bande-annonce originale et d'une galerie exhaustive d'images statiques et sans musique qui vont des croquis aux affiches en passant par des cartes à jouer, des photographies et même des notes du dossier de presse. Les plus aventureux préféreront revisiter l'œuvre en gardant uniquement la musique. Cette piste sans parole peut paraître longue lors de certains moments et terriblement riche lorsque la mer se déchaîne de bruits et d'instruments divers. Il y a finalement une piste de commentaires de Tim Colliver, l'auteur d'un livre sur le sujet. Sa voix portante multiplie les anecdotes savoureuses sur le récit, la distribution et la façon de travailler du cinéaste sans jamais lasser ou ennuyer.
En recyclant encore et toujours la matière première offerte par Jules Verne dans ses écrits, Irwin Allen dépoussière de vieux thèmes pour les remettre au goût du jour. "Voyage to the Bottom of the Sea" n'est certainement pas une odyssée intellectuelle ou même quelque chose de très profond. Il s'agit plutôt d'un divertissement agréable qui mélange admirablement bien des effets spéciaux, un casting quatre étoiles et des thèmes chauds. Lorsque le réel rejoint la fiction.
| Film | 7 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |